PLUS DE LECTURES DE BD DU 18 DECEMBRE 2006

“ Triomphe à Hollywood ” par Jean-Marc Rochette et René Pétillon, “ Le chat du rabbin T.5 : Jérusalem d’Afrique ” par Joann Sfar, “ Songes T.1 : Coraline ” par Terry Dodson et Denis-Pierre Filippi, “ Secrets : L’écharde T.2 ” par Marianne Duvivier et Frank Giroud et “ Générations Hergé ” par Olivier Delcroix.

 


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Vous n’avez pas encore fait vos emplettes de fin d’année ? Alors voici quelques idées de cadeaux destinés à ceux qui apprécient les livres et la bande dessinée :


 


Triomphe à Hollywood ” par Jean-Marc Rochette et René Pétillon


Editions Albin Michel (12,50 Euros)


Entre action, sexe, drogue et dérision, le duo Pétillon (au scénario déjanté et aux dialogues savoureux) et Rochette (aux dessins décontractés et efficaces) traînent ces Français tout droit sortis de l’asile, que sont Louis Le Vetilleux et Dico, à Hollywood. Après Londres et New York, l’«authentique véritable et unique souverain de Jersey et Guernesey», flanqué de son complice qui change régulièrement de personnalité, partent à la conquête de la Mecque du cinéma. Le mytho veut réaliser un film et le grand dadais séduit, malgré lui, la grande vedette féminine du moment… C’est alors que défile une suite de clichés sur le milieu, mais des clichés qui seraient passés dans la machine à rire des deux talentueux auteurs : les producteurs sont accros à la cocaïne, les femmes sont fatales et ambitieuses, les acteurs sont bons pour passer leur vie chez le psy… Les rebondissements absurdes se multiplient et la critique du monde cinématographique est acerbe : un bon moment de parodie !


 


Le chat du rabbin T.5 : Jérusalem d’Afrique ” par Joann Sfar


Editions Dargaud (12,50 Euros)


Pour Joann Sfar,  la BD est avant tout un mode d’écriture car le dessin de BD est une écriture ! Il nous le démontre une fois de plus tout au long des 80 pages de ce récit rempli de considérations philosophiques, glissées au milieu d’une bonne dose d’aventures et d’humour. Pour enrichir sa synagogue, le mari de Zlabya a commandé toute une caisse de livres aux juifs russes contraints, par le pouvoir communiste, de fermer leurs lieux de cultes. Or, dans cette livraison, en lieu et place des ouvrages tant attendus, nos amis découvrent un peintre ashkénaze qui parle en cyrillique. Personne ne le comprend mais, heureusement, il existe, à Alger, un vieux Russe blanc qui finit par découvrir que le nouvel arrivant voulait se réfugier à Jérusalem, en Ethiopie, et qu’il a donc atterri en Afrique du Nord par erreur… Avec son dessin virevoltant, privilégiant le premier jet, Joann Sfar est toujours en quête de l’art idéal : lequel serait, d’après Bachelard qui décrivait très exactement la BD sans le savoir, celui dans lequel on tomberait, d’une image à une autre image, et où le véritable moment de jouissance serait le voyage induit par la seule volonté musculaire où l’on passe de l’une à l’autre. Il navigue donc sans filet (sans crayonné) et on a l’impression qu’il va se casser la gueule à tout moment. Et puis non, on arrive au bout de sa réflexion sans ennui, car on sent qu’il nous a quand même raconté une histoire structurée et qu’il ne s’est pas juste contenté de s’accrocher à une idée : le contraire du principe de l’essai philosophique, en quelque sorte !


 


Songes T.1 : Coraline ” par Terry Dodson et Denis-Pierre Filippi


Editions Humanoïdes Associés (12,90 Euros)


 Venue pour postuler à un poste de préceptrice dans un manoir, la jolie Coraline est loin de se douter de ce qu’il attend au service de Mr Vernère : un jeune garçon au caractère hautain qui passe son temps à inventer des machines extraordinaires dignes de Leonard de Vinci ou de Jules Verne. Pour sa première soirée, à peine installée dans sa chambre, voilà que notre charmante héroïne entend un bruit dans sa penderie et va se retrouver embarquée sur un navire de la marine anglaise attaqué par des pirates… Quand à la nuit suivante, elle se retrouve sur une île, suite à un naufrage, et elle manque de se faire dévorer par des cannibales. Etonnant, non ? Et si on rajoute le fait qu’elle ait une forte tendance à perdre ses petites culottes, on comprend fort bien qu’elle arrive à distraire le jeune maître des lieux…, et le lecteur par la même occasion ! L’association du prolifique scénariste français Denis-Pierre Filippi et du dessinateur américain Terry Dodson (déjà vu sur «Star Wars» et sur «Spider-Man») fonctionne plutôt bien : le premier ayant composé un récit qui suscite notre curiosité et qui met en valeur les courbes généreuses des  belles femmes : le point fort du trait élégant de cet illustrateur que les amateurs de comics avaient surtout repéré sur son étonnant «Trouble» scénarisé par Mark Millar. Notons aussi la très belle couverture, aux couleurs chatoyantes qui, avec son faux air de Mucha, attire immédiatement le chaland !


 


 


Secrets : L’écharde T.2 ” par Marianne Duvivier et Frank Giroud


Editions Dupuis (13 Euros)


 «L’écharde» fut la première des histoires de Frank Giroud publiées dans la collection «Secrets», laquelle est axée sur ces silences ou ces mensonges qui ont subi les soubresauts de l’Histoire et qui sont enfouis dans les mémoires familiales. Avec ce deuxième et ultime volume, voici enfin la conclusion que nous attendions impatiemment depuis plus de 2 ans. Cette dernière apporte sa touche supplémentaire d’émotion, au cours d’une intrigue rondement menée. Un mois avant la période mouvementée du «joli mois» de mai 68, une étudiante découvre son père pendu dans son atelier… Traumatisée par ce suicide incompréhensible, elle va mener son enquête, ouvrant les archives et obligeant les langues à se délier. En remuant le passé pour découvrir la vérité, elle va raviver certains souvenirs douloureux d’une époque sombre de notre histoire : l’Occupation, les lettres de dénonciation, les rafles des juifs, le camp de Drancy… Dès les premières pages de ce second tome, on rentre dans le vif du sujet, le scénariste dévoilant la vérité sur les origines de sa principale héroïne. Il réussit toutefois à susciter notre intérêt jusqu’au bout de ce drame où les nombreux personnages féminins sont plus authentiques et plus bouleversants les uns que les autres. Enfin, les dessins, tout en finesse et en sensibilité, illuminent ce passionnant secret inavouable : bref, voici une œuvre très recommandable qui participe aussi au travail de mémoire et au devoir du souvenir !


 


Générations Hergé ” par Olivier Delcroix


Editions des Equateurs (16,90 Euros)


Il y avait déjà pléthore de livres sur «Tintin» ou sur son créateur, mais en cette année du centenaire d’Hergé, nous avons droit à un déferlement d’hommages, de catalogues ou de panégyriques, la plupart réalisés sous la houlette de la société Moulinsart, laquelle gère depuis plus de 15 ans le développement de l’œuvre de feu Georges Remi. On aurait donc pu craindre que « Générations Hergé » d’Olivier Delcroix («le» spécialiste BD du Figaro Littéraire), lequel est devenu journaliste par admiration pour «Tintin», soit le livre de trop sur le célèbre reporter du XXème siècle : et bien, c’est loin d’être le cas ! Outre le fait que l’ouvrage, publié aux éditions des Equateurs, soit fort bien écrit, il aborde le mythe (et oui, c’est bien un mythe même si certains ne veulent pas l’admettre ou le comprendre) de façon originale, en proposant une sorte d’enquête sur les lieux et les coulisses qui ont permis l’établissement de la légende ! C’est ainsi que même ceux qui pensaient ne plus rien ignorer de la vie du créateur de «Tintin», vont découvrir des facettes instructives et peu connues d’Hergé, par le biais de rencontres avec des personnages aussi incontournables que Raymond Leblanc, Jacques Martin, Tchang Tchong-Jen, Fanny Rodwell (et son second mari), Numa Sadoul, Michel Serres, Albert II, et même le propriétaire actuel du château de Moulinsart, lesquels ont tous approché l’inventeur de la «ligne claire». Ce petit livre, souvent drôle, est écrit avec sensibilité et fait le tour d’une passion, tout en rendant hommage aux passeurs : ceux qui, comme le père d’Olivier, ont su communiquer et tisser des liens avec les autres, espérant ainsi transmettre le flambeau…


 


Gilles RATIER


 

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