PLUS DE LECTURES DU 4 DECEMBRE 2006

“ Le concombre masqué T. 12 : Le bain de minuit ” par Nikita Mandryka, “ Intégrale Franquin T.1 et 2 ” par André Franquin, “ Bouncer T.5 : La proie des louves ” par François Boucq et Alexandro Jodorowsky, “ S. ” par Gipi et “ Clifton T.20 : Elémentaire, mon cher Clifton ” par Michel Rodrigue et Bob de Groot

 


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Décembre est déjà arrivé que nous n’avons pas encore eu le temps de lire toutes les BD que nous avons reçu en novembre, mais en voici quand même 5 qui ont nous su nous charmer :


 


Le concombre masqué T. 12 : Le bain de minuit ” par Nikita Mandryka


Editions Dargaud (13 Euros)


C’est quelque part au bout du monde, là où le soleil s’endort sur une falaise de gruyère extra, que se trouve le «cactus-blockhaus», la célèbre forteresse du Concombre masqué… Cela faisait pas mal d’années (depuis 1992, exactement) que nous n’avions plus de nouvelles de «ce» cucurbitacée, philosophe bavard, qui repoussait, album après album, les limites de l’absurde et de la déraison. En effet, son génial créateur se consacrait plutôt à la publicité, à la BD pour enfants, au théâtre, et surtout à Internet avec son site : http://www.leconcombre.com. Pourtant, après un étonnant «Prix du Patrimoine» à Angoulême (que lui a valu une belle intégrale des pages publiées dans Pilote, en 2004), les journalistes de tous poils sont venus frapper à la porte du fabuleux légume, le dérangeant en plein rangement… Et c’est le départ d’une nouvelle aventure, délirante et onirique, remplie de jeux de mots infâmes : histoire d’aller au fond des choses, de les mettre à plat et de tout reprendre à zéro… Entre lacanisme, anarchisme, bouddhisme et humanisme, le maître du monde improvise, ridiculise, mais ne minimise rien ! Pour un personnage créé, en 1965, dans les pages de l’hebdomadaire Vaillant, le fringuant patrimonial nonsensique a encore pas mal d’énergie ! Nom d’un Bretzel liquide ! ! !


 


Intégrale Franquin T.1 et 2 ” par André Franquin


Editions Dupuis (16 Euros l’une)


Enfin un «gros» éditeur qui joue la carte de la valorisation de son fonds… à fond ! Ces deux premiers volumes de l’intégrale de «Spirou et Fantasio» d’André Franquin, présentés dans l’ordre chronologique de parution en presse, sont formidables ! Dans le tome 1 (intitulé «Les débuts d’un dessinateur») nous redécouvrons les charmantes œuvres de jeunesse de ce génial auteur. Il s’agit de celles qui furent compilées, dans un premier temps, dans les albums «L’héritage», «Radar le robot», «4 aventures de Spirou» et «Les chapeaux noirs», ici agrémentées de nombreux dessins et pages sabordés dans ces éditions, de textes de présentation érudits, et même de 16 pages de gags ou récits complets complètement inédits, réalisés entre 1946 et 1950 ! Quant au 2ème opus («De Champignac au Marsupilami»), il reprend 3 épisodes mythiques («Il y a un sorcier à Champignac» d’après un scénario de Jean Darc, «Spirou et les héritiers» et «Les voleurs du Marsupilami») et, là aussi, l’éditeur a rajouté des BD et dessins peu connus (en particulier des pages annonces) où le style de Franquin commence vraiment à se libérer de l’influence de Jijé. Inutile de vous en dire plus, ces ouvrages sont indispensables à tous véritables amateurs de bandes dessinées… !


 


Bouncer T.5 : La proie des louves ” par François Boucq et Alexandro Jodorowsky


Editions Humanoïdes associés (12,90 Euros)


Voici donc la conclusion magistrale du 2ème cycle du manchot « Bouncer«  : l’heure des règlements de comptes a sonné et tout le linge sale va se régler en famille ! Ce drame shakespearien, proche de la tragédie grecque, renouvelle habilement  le genre western, tout en le revitalisant de façon étonnante ! Alexandro Jodorowsky y est en très grande forme : dans son scénario en béton, l’action prend le dessus et la violence est à son paroxysme, même dans les scènes d’amour entre notre héros et son amante, la femme-bourreau. Et puis, les pages dessinées par François Boucq, de plus en plus virtuose, sont remarquablement découpées et mises en scène. On ne se lasse pas des nombreux passages qui se déroulent sur fond des magnifiques paysages de l’Ouest américain, lesquels sont mêmes, quelques fois, apaisants. On pourrait même s’avancer à dire qu’avec cette série grandiose, le western hollywoodien prend vraiment un coup de vieux !


 


S. ” par Gipi


Editions Vertige Graphic-Coconino Press (17 Euros)


Après son remarquable, et très remarqué, «Notes pour une histoire de guerre», voici le nouveau récit de l’Italien Gipi (Gian Alfonso Pacinnetti), lequel est désormais considéré comme une figure majeure de la BD indépendante transalpine. Employant toujours un graphisme proche de celui de Baru, mais ici superbement enluminé par des petites touches d’aquarelles, il nous entraîne sur les traces d’évènements vécus par  son père, récemment décédé. Sa narration complexe, mais très bien maîtrisée, est alimentée par différents sentiments, quelquefois contradictoires, que ravivent les souvenirs et les témoignages. Nous sommes en 1943, en Toscane, en pleine seconde Guerre mondiale, alors que la gare de Pise est prise pour cible par les bombardements de l’armée américaine. Or, c’est justement le quartier où vit la fiancée de  S. : ce dernier, noué par l’angoisse, court vers sa promise, ayant très peur de trouver sa maison écroulée ! Et, effectivement, la maison était démolie… Cette touchante description de la vie quotidienne d’une famille italienne de la seconde moitié du XXème siècle multiplie les passages abrupts entre les différentes époques, l’auteur tentant de présenter, à chaque fois, les évènements sous des angles différends. Certes, l’exercice n’est pas facile d’accès, mais il est foncièrement émouvant !


 


Clifton T.20 : Elémentaire, mon cher Clifton ” par Michel Rodrigue et Bob de Groot


Editions Lombard (8,70 Euros)


J’avoue avoir gardé une tendresse infinie pour cette série, créée en 1959 dans le journal Tintin. Elle met en scène les enquêtes flegmatiques, et souvent très amusantes, du colonel Harold Wilberforce Clifton, bouillant retraité anglais installé à Puddington, petite ville des environs de Londres. Après trois épisodes dessinés par Raymond Macherot et qui font parti des classiques de la BD «franco-belge» (Le Lombard vient d’ailleurs de les rééditer dans leur très belle collection «Millésimes», à l’occasion de la célébration de leur 60ème anniversaire), le dessinateur Jo-ël Azara, avec la complicité du scénariste Michel Greg, proposera, en 1968, un épisode au style bien différent, mais, oh ! combien, attachant («Les lutins diaboliques»). Ensuite, en 1972, c’est le tandem Turk et Bob de Groot qui poursuivra les aventures, non dénuées de fantaisie, de notre détective : leur version se voulant plus fidèle à la création de Macherot. En 1985, Bédu succède graphiquement à Turk pour 7 épisodes, le scénariste Bob de Groot lui laissant même sa place pour les 3 derniers. En 2003, c’est Michel Rodrigue, de nouveau avec de Groot, qui relance la série. Alors qu’il se cherchait encore sur les 2 premiers épisodes qu’il a dessinés, on sent qu’ici, Rodrigue commence à être beaucoup plus à l’aise, d’autant plus qu’il est l’auteur du très original synopsis de ce 20ème album. Son histoire tient fort bien la route et est dynamisée par les dialogues énergiques, et toujours drôles, de Bob de Groot… Après un désolant accident de voiture, un voyou enlève Jade, la jolie assistante de l’impétueux enquêteur moustachu. Mais cette situation se complique surtout quand un médecin, venu de l’année 1912 grâce à une machine à remonter le temps, prétend savoir où se trouve son amie. Une histoire rocambolesque (ou plutôt sherlockholmesque) remplie de virevoltantes tribulations, dans la grande tradition de la BD populaire !


 


 


Gilles RATIER


 


 

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