Plus de lecture jeunesse – octobre 2006

Au programme de ce mois : les critiques d’Ulice le lapin et le cadeau, @ccros de msn, 42 agents intergalactiques, Monster allergy et Les profs.

 

 

Ulice le lapin et le cadeau, Omond et Reutimann, Paquet

 

 

 

 

 

Ulice a offert une jolie bague à sa fiancée, et lorsqu’elle lui apprend qu’elle a égaré le cadeau, il n’a de cesse de tout retourner pour le retrouver. En vain ! Il ne lui reste plus qu’à rendre visite à ses voisins pour leur demander s’ils n’ont pas retrouvé le bijou. Il découvre alors des gens tantôt étranges, tantôt communs, accueillants ou plus réservés, mais finalement tous compatissants et aimables, malgré leurs différences bien visibles.

 

 

 

La prouesse de cet album repose sur son statut de bande sans texte, genre désormais placé sous la référence obligée de Trondheim et de son Petit père Noël. Le sens, au demeurant parfaitement évident, passe par un dessin expressif, sachant placer les détails au service d’une idée principale : chaque personnage apparaît campé dans sa dimension essentielle et l’action avance sur un mode répétitif, au rythme d’une rencontre toute les deux pages. Ainsi, guidé de manière très spatiale, l’œil reste attiré par les couleurs vives et les cases grand format, alors que la diversité des personnages et un suspense efficace maintiennent l’esprit en éveil. Captant les essences sociales et psychologiques, les auteurs entraînent finalement le lecteur dans une trame romanesque simple et néanmoins fort attrayante, grâce à un dessin sympathique qui emprunte ses références à la nouvelle bd et marie les styles du cartoon et du dessin pour enfants. Une jolie réalisation qui charmera les petits et leur ouvrira les portes de la narration et de la bande dessinée, au seuil du livre et de l’écrit.

 

JOËL DUBOS

 

 

 

 

 

@ccros de msn, Lol, MDR, Soleil, 9,45 euros

 

 

 

 

 

Ils sont cinq ados qui se voient toute la journée à l’école mais pourtant passent encore souvent ensemble leurs soirées, week-ends et parfois la nuit même, pour tchater sur internet. Et sur la toile, il reproduise la vie de tous les jours, affrontant l’univers virtuel avec audace, naïveté ou férocité.

 

 

 

En strip ou en planche, les histoires présentées dans cet album traitent de la passion actuelle pour les conversations électroniques, toujours directes, souvent vaines, parfois creuses. Sur un mode humoristique et légèrement critique, les auteurs nous présentent des enfants qui s’initient à la vie à travers leur écran d’ordinateur, recréant une tribu avec ses codes (de quoi initier le lecteur aux abréviations et à l’orthographe du XXIe siècle) et ses hiérarchies (le pouvoir cybernétique serait-il en train de transformer en nouvelles élites autoproclamée les administrateurs et autres modérateurs de sites ?). Le trait, marqué par la création vidéo et synthétisant le manga et le cartoon, correspond bien au sujet, alors qu’une habile trouvaille (les têtes des internautes apparaissent dans les bulles) permet de suivre les dialogues comme si on se trouvait sur un forum. Bref, un premier album facile mais agréable, qui présente des gags parfois répétitifs, mais qui offre le mérite d’aborder un univers encore mal connu, quand les personnalités se mettent en scène dans un monde parallèle où les valeurs sont quotidiennement revisitées. Au final, derrière l’humour, pointe rapidement une interrogation qui confine au doute métaphysique : où cela mène-t-il ?

 

JOËL DUBOS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

42 agents intergalactiques, t1, Nitaar, Louis et Lamirand, Soleil, 12,90 euros

 

 

 

Tessa n’a pas le monopole de l’impulsivité : parmi les agents intergalactiques, la sensuelle Nitaar a autrefois présumé de ses capacités, et son refus hautain et brutal de l’option diplomatique a tourné au drame. Pour son éducation, le mentor de Tessa entreprend de lui narrer cet épisode édifiant, lorsque deux agents se sont trouvé engagés sur une planète en proie à une violente guerre interne et aux destructions des dragons.

 

 

 

Pour cet album, Mitric, habitué du travail en équipe et aux déclinaisons parallèles des univers de Kookaburra/Arkeod, a donc laissé Louis prendre seul les commandes (scénario et dessin) d’une série satellite des aventures de Tessa (où l’on en apprend un peu plus sur ce corps d’élite qui a accueilli la terrienne). Pour son premier scénario, Louis a réussi à conserver intact l’esprit et le vitalité de la série éponyme : action permanente, personnalités tranchées et défis impossibles restent dans le droit fil de la création de Mitric. En outre, Louis a bien capté les options des précédents albums reposant sur un découpage créatif, une mise en page dynamique et des angles de vue audacieux (avec le choix largement à contre-courant des tendances actuelles de cases petites et chargées). Le trait reste précis et attentif aux détails, les ambiances intensément expressionnistes (servies par la mise en couleur fine et soignée de Lamirand), les dialogues rapides et pleins d’humour, avec une tension dramatique affirmée pour un album destiné à un public plus adultes. En fin de compte, parmi la prolifération parfois désordonnées des déclinaisons plus ou moins adultérines constatée ailleurs, on trouve dans cette nouvelle option, malgré une mise en propos quelque peu artificielle, une approche réussie et en phase avec la série dont elle contribue à enrichir l’univers de façon cohérente et fidèle.

 

JOËL DUBOS

 

 

 

 

 

 

 

Monster allergy, t 13, Masque de feu, Centomo, Bartoli, Nardo, Soleil, 9,45 euros

 

 

 

Zick est parvenu à redonner taille normale à son père et à son pire ami Thérence. Tous se lancent alors sur les traces du masque de feu et de son armée de monstres.

 

 

 

Une fois n’est pas coutume : j’aborderai cette critique sous un jours plus personnel que d’habitude pour avouer mon scepticisme, tant il m’a semblé ardu d’évaluer l’album indépendamment d’une série dans laquelle j’avais déjà eu quelque mal à entrer. Le manque d’unité de ton, les temps morts humoristiques qui n’apportent rien à l’action, le dessin cursif directement influencé par les styles anime et cartoon, l’originalité curieuse des rapports entre les dompteurs, les monstres et leurs tuteurs, autant de caractéristiques d’une série moderne, originale et destinée à un public ciblé, que l’on retrouve dans cet album qui peut sembler formaté, mais qui réjouira probablement les jeunes fans de la série, notamment pour les révélations que l’on y trouve. Un travail d’équipe au long cours pour amateurs du genre.

 

JOËL DUBOS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les profs, t9, Rythme scolaire, Pica, Erroc, Bamboo

 

 

 

Que ce soit dans leurs salles de cours, autour de la machine à café ou pendant les grandes vacances, les profs conservent leurs traits principaux, tour à tour sympathiques et agaçants, obsédés par le programme à boucler et accablés par les copies à corriger, hésitant entre le sens du service public et la révolte syndicale. Sur un ton bon enfant, légèrement moqueur mais informé, la série décline bien des poncifs sur la profession, tels que la représentation commune (mais aussi l’expérience !) les produit. Continuant à appliquer les recette qui ont permis de gros chiffres de vente populaire, malgré le regard condescendent de la critique, ce genre de la bd catégorielle et facétieuse, que l’on offre à son copain ou à son papa, pour rire de lui-même et retrouver l’ambiance (gentiment édulcorée) du boulot, trouve ici ses limites. Certes, l’album ne fait pas honte à la série mais il marque un certain épuisement, manquant de punch et peinant à se renouveler. Reste une idée facile de cadeau pour Noël…

 

JOËL DUBOS

 

 

 

 

 

 

 

 

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