PLUS DE LECTURES DU 25 SEPTEMBRE 2006

Cette semaine, 5 albums parmi les plus intéressants de la rentrée : Pourquoi j’ai tué Pierre , Un ciel radieux , Henri Désiré Landru, La Marie en plastique T.1 et Quintett T.4 : Histoire de Nafsika Vasli

Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués.


Pourquoi j’ai tué Pierre ” par Alfred et Olivier Ka


Editions Delcourt (14,95 Euros)


Guy Delcourt, l’un des 5 plus grands éditeurs de bandes dessinées en France, vient de fêter les 20 ans de la maison qui porte son nom. N’hésitant pas à faire le grand écart entre les séries «grand public» (surtout axées sur le fantastique) et la BD d’auteur, son bilan est, au final, assez réjouissant. Fier de son parcours et de son catalogue (200 auteurs pour plus de 1 200 titres), il multiplie aujourd’hui les collections («Impact», la dernière en date, est dirigée par le scénariste David Chauvel et se consacre au thriller contemporain, avec une haute fréquence de parution), mais aussi les prises de risques : tel le label «Mirages», avec quelques curiosités à ne pas rater comme «Pourquoi j’ai tué Pierre», une autobiographie d’Olivier Ka, adaptée et mise en images par Alfred. Nous sommes au cœur des années 1970… Un jovial curé «de gauche» a créé une colonie de vacances et propose d’y emmener le petit de 7 ans d’une famille de babas cool dont il est devenu l’ami. Sous des aspects sympathiques, cet homme perturbé, en quête d’attouchements sexuels, va traumatiser l’enfant à tout jamais : et c’est bouleversant ! Grâce à une narration charpentée en petits chapitres, grâce à une fin émouvante, mais aussi grâce à des noirs très encrés et des couleurs pastel, Alfred («Le désespoir du singe», «Octave», «Abraxas» etc.) retranscrit parfaitement le récit d’Olivier Ka, lequel n’est autre que le fils du dessinateur (et responsable du Psikopat) Paul Carali et de l’écrivain(e) pour enfants Gudule, donc le frère de la dessinatrice Mélaka et le neveu du célèbre Edika !


 


Un ciel radieux ” par Jirô Taniguchi


Editions Casterman (15,95 Euros)


Ce nouveau roman graphique, imposant pavé de 300 pages, reprend les thèmes favoris du mangaka Jirô Taniguchi (le temps, la famille, les remords…) et mérite vraiment votre attention, même si l’émotion est peut-être un peu moins forte qu’à la lecture de «Quartier lointain», du «Journal de mon père» ou de «L’orme du Caucase» : autres BD japonaises où cet auteur, brillant fabricant de passerelles essentielles entre mangas et 9ème art franco-belge, utilise un schéma narratif assez proche. Ne serait-ce que pour l’exploitation réussie d’une idée assez originale du passage de l’esprit d’un homme dans le corps d’un autre… Un employé surmené de 42 ans, père de famille, percute, avec sa fourgonnette, un jeune motard de 17 ans,  dans une rue de la banlieue de Tokyo. Dix jours plus tard, le conducteur le plus âgé meurt sans avoir repris connaissance, alors que le plus jeune, en état de mort cérébrale, montre à nouveau des signes d’activité. Ce dernier finit par s’en sortir, miraculeusement, mais quand il se réveille, il se rend compte que c’est la conscience de l’homme qu’il a tué accidentellement qui l’habite. Comme si c’était une ultime occasion de comprendre ce qui comptait réellement dans sa vie qui lui était offerte, il décide de transmettre, coûte que coûte, son amour et ses regrets pour les avoir trop souvent négligées, à sa femme et sa petite fille de 8 ans : mais la cohabitation des deux âmes dans un seul corps s’annonce difficile… Un point de départ fantastique pour un traitement absolument réaliste, traité avec infiniment de délicatesse !


 


Henri Désiré Landru ” par Christophe Chabouté


Editions Vents d’Ouest (18 Euros)


Avec son magnifique dessin en noir et blanc (qui se personnalise de plus en plus, s’éloignant tranquillement des influences premières de Comès, de Pratt ou de Tardi), Christophe Chabouté nous propose de revisiter la sombre histoire de cet homme qui défraya la chronique, au début des années 1920, tout en essayant de démonter la version officielle. Reconnu coupable, devant la cour d’assises, de l’assassinat de dix femmes et d’un jeune homme, malgré des preuves matérielles assez minces, Henri Désiré Landru a été condamné à mort le 1er décembre 1921. Sous couvert de faux noms, cet inquiétant bonhomme à la barbichette et au chapeau melon (attributs immortalisés dans de nombreux films ou téléfilms, ainsi que dans une autre étonnante BD, en noir et blanc, de René Novi, sur le même sujet : «Landru», publiée dans Circus, puis en album chez Glénat en 1981, et injustement oubliée depuis) avait pour habitude de rencontrer ses riches victimes par petites annonces. Se faisant passer pour un veuf cherchant l’âme sœur, il les séduisait et les attirait dans sa maison de campagne en Seine-et-Oise. Ensuite, Landru se débarrassait des corps en les faisant disparaître en fumée, dans la chaudière de la villa. Ayant pris son temps pour bien se documenter, Chabouté nous narre cette biographie romancée, en 138 pages, comme un véritable et passionnant polar noir, étroitement lié aux horreurs de la Première guerre mondiale : du beau boulot !


 


La Marie en plastique T.1 ” par David Prudhomme et Pascal Rabaté


Editions Futuropolis (13,50 Euros)


Alors que Pascal Rabaté avait annoncé, il y a quelque temps, qu’il pensait arrêter la BD, voilà qu’il est, au contraire, hyperactif en ce domaine, en cette année 2006. Après son formidable «Les petits ruisseaux», il s’adonne au seul scénario (comme cela lui était déjà arrivé pour Bibeur-Lu ou Virginie Broquet) avec son copain David Prudhomme, lequel a définitivement abandonné le style ligne claire à la Juillard qu’il pratiquait sur «Ninon secrète», pour expérimenter des voies graphiques beaucoup plus sensibles, voire hasardeuses. Il n’empêche que le résultat est fort prometteur, même s’il n’est pas complètement à la hauteur de nos espérances : le fait que l’histoire soit coupée en deux, sur le plan éditorial, y est certainement pour beaucoup. Il ne s’agit donc que d’une 1ère partie et cet album d’exposition et de mise en bouche permet à Rabaté de renouer avec la chronique rurale (genre où il excelle), en s’attardant sur le quotidien d’une famille, où trois générations cohabitent dans une maisonnette à la campagne. Les plus durs à supporter sont les anciens : le grand-père communiste s’affrontant régulièrement avec la grand-mère, croyante pratiquante. Cette dernière vient de ramener de Lourdes une vierge Marie, en plastique, et dépose son trophée sur la télé : provocation ultime ! Outre une formidable galerie de portraits et des dialogues truculents, cette comédie multiplie les détails savoureux et ironiques qui forcent l’admiration. On se dit alors, qu’après tout, le couple Rabaté-Prudhomme ne fonctionne pas si mal que ça, et, qu’en fait, le dessin, jamais anodin, colle fort bien à l’humour et à la tendresse du scénario.


 


Quintett T.4 : Histoire de Nafsika Vasli ” par Jean-Charles Kraehn et Frank Giroud


Editions Dupuis (13,50 Euros)


Cette avant-dernière vision d’une même et formidable histoire se déroulant en Macédoine, à la fin de 1916, bénéficie ici de l’illustration de Jean-Charles Kraehn, excellent scénariste qui revient à ses premières amours, le dessin, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs ! Ici, le talentueux et prolifique scénariste Frank Giroud s’attarde sur la vie d’un autre membre du «Quintett», Nafsika Vasli, serveuse à l’auberge de Pavlos. Elle joue aussi du tambouras et est amoureuse du beau Stelios, inconscient trafiquant notoire… Or, les «affaires» de ce dernier le mènent dans un traquenard… La sauce monte et on attend avec impatience le dénouement qui, nous n’en doutons pas, sera grandiose. En attendant, cet épisode romantique, narré sans temps mort, est fort bien servi par le trait classique et sensuel du dessinateur de «Bout d’homme» (et des premiers «Aigles décapitées») !


 


Gilles RATIER


 


 

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