PLUS DE LECTURES DU 14 AOUT 2006

Après des vacances bien méritées, revoici notre sélection hebdomadaire de 5 albums BD parus récemment : “ Double Gauche T.1 : Dustin ” par Gilles Formosa et Corbeyran, “ Les fils de l’aventure T.1 et 2 ” par François Jarry, “ La liste 66 T.1 : Illinois ” par Eric Stalner, “ Antoine Sèvres T.2 : Aux portes de l’enfer ” par Alessio Lapo et Laurent Rullier et “ Les Passe-Murailles T.2 : A tort et à travers ” par Stéphane Oiry et Jean-Luc Cornette.

 


Double Gauche T.1 : Dustin ” par Gilles Formosa et Corbeyran


Editions Dargaud (13 euros)


Le talentueux Gilles Formosa maîtrise un graphisme fort expressif et élégant, très marqué par les comics américains. Malgré les quelques incursions bédéesques qui ont jonché son parcours d’illustrateur publicitaire et de dessins animés, il n’a jamais vraiment été reconnu à sa juste valeur. Avec «Double Gauche», écrit par l’infatigable scénariste éclectique qu’est Corbeyran, aurait-il enfin trouvé la série qui va le consacrer comme incontournable pour les amateurs du 9ème art ? Cela en prend bien le chemin  car ce premier tome, vraiment touchant et palpitant, aborde un thème très intéressant : la difficulté d’intégration pour quelqu’un de différent. Car Dustin, le héros cynique et influent de ce polar fantastique, est né avec deux mains gauches. Il va d’ailleurs souffrir de cette tare génétique pendant toute son enfance, martyrisé par le couple qui l’a pris en charge après la mort accidentelle de ses parents, ceci avant d’être recueilli par une prostituée au grand cœur. Cependant, cette différence physique est aussi la source d’un terrible pouvoir, lequel est convoité par un directeur de cirque sans scrupule…


 


Les fils de l’aventure T.1 et 2 ” par François Jarry


Editions Théloma (12,90 Euros l’un)


Les amateurs des petits formats des années 1940-50 vont être aux anges : voici les 2 premiers albums d’une série feuilletonesque comme on en fait plus ! Tous les poncifs du roman d’aventure (avec son lot de pirates, chasses au trésor, naufrages et abordages) se retrouvent réunis dans cette incroyable épopée, riche en rebondissements, dont la parution des 12 tomes (soit plus de 500 pages) est annoncée dans les 2 ans à venir. Pour couronner le tout, le graphisme (dû à un jeune auteur… de 70 ans) est tout à fait dans la lignée de ce qui se faisait à l’époque, et cela nous rappelle les belles pages signées par René Giffey, René Pellos, Rémy Bourles et autres Auguste Liquois. Rien d’étonnant à cela, François Jarry, ancien architecte passionné de BD, a mis 15 ans pour donner vie aux tribulations héroïques du comte de Lambert et de son maître d’armes partis à la recherche d’une beauté sauvagement enlevée par un perfide nobliau, au temps de Louis XIV. Ce gigantesque ouvrage a été réalisé en catimini, alors que l’auteur était à la retraite et qu’il ne se souciait guère de savoir s’il serait un jour possible d’éditer ce travail. C’est sa libraire, intriguée par l’étonnant personnage, qui prévient le scénariste François Corteggiani afin que cela ne reste pas lettre morte. Le résultat est aujourd’hui là, grâce aux éditions Théloma : c’est complètement kitch, en dehors des modes, mais ça vaut le coup d’œil!


 


La liste 66 T.1 : Illinois ” par Eric Stalner


Editions Dargaud (13 Euros)


Nous sommes en 1961, à l’enterrement d’une jeune femme de 32 ans tuée dans un mystérieux accident de la route. Constamment surveillé, alors qu’il n’est qu’un ingénieur sans problème et un citoyen modèle, son mari, la nuit venue, réveille son fils de 8 ans pour se lancer dans une étrange cavale sur la célèbre route 66. D’autre part, un serial killer vient de faire une quatrième victime… Entre road-movie et récit d’espionnage, cette nouvelle série, prévue en 8 tomes, démarre sur les chapeaux de roues ! Même si elle est assez classique dans sa conception, les principaux personnages sont complexes et attachants, les dialogues bien vus et le tempo fort bien rythmé. Pour parachever le tout, le graphisme réaliste «à l’américaine» d’Eric Stalner contribue à cette ambiance stressante, digne des meilleurs feuilletons télés, voulue par le dessinateur de «La croix de Cazenac» (mais aussi de «Blues 46», du «Roman de Malemort» et de «Ange-Marie»), lequel est ici son propre scénariste. Soulignons, par ailleurs, l’excellent travail de Jean-Jacques Chagnaud, dont les couleurs un peu «passéistes» amplifient le côté nostalgique pour les années sixties.


 


Antoine Sèvres T.2 : Aux portes de l’enfer ” par Alessio Lapo et Laurent Rullier


Editions Humanoïdes associés (10,40 Euros)


En poursuivant sa route sur les chemins de la Dordogne, le moine inquisiteur et itinérant, Antoine Sèvres, tombe dans un trou rocheux et doit passer la nuit avec une nonne cistercienne, tout ce qu’il y a de plus morte ! Après s’être fait remonter par une troupe de chiffonniers de passage,  il se rend au village de Saint-Marcellin géré par les religieuses d’un couvent, afin d’annoncer la triste nouvelle. L’assassin de sœur Flavianne, disparue depuis plus d’un an, sera rapidement démasqué, mais l’enquête va se doubler d’une autre énigme, en rapport avec les grottes préhistoriques, l’une des particularités de cette région. Une intrigue rondement menée, des dialogues soignés, et un graphisme sobre et original à la fois, permettent de rendre passionnant et enthousiasmant ce second tome qui se lit indépendamment du précédent : une série d’enquêtes moyenâgeuses, dans la lignée du «Nom de la rose» d’Umberto Ecco,  qui contribue à la réussite de la collection «Dédales», consacrée aux polars historiques !


 


Les Passe-Murailles T.2 : A tort et à travers ” par Stéphane Oiry et Jean-Luc Cornette


Editions Humanoïdes associés (10 Euros)


Voilà une BD, évident hommage au mélange de fantastique et de réalisme que l’on retrouve dans les romans et nouvelles de Marcel Aymé, qui est pour le moins originale ! Dans ce deuxième recueil de quatre chroniques contemporaines, légères et cocasses, nous retrouvons quelques-uns de ces personnages qui peuvent passer à travers les objets. Don surnaturel bien pratique pour récupérer la veste de son ami qu’un gros python a avalé, par exemple ! Il semblerait, qu’ici, l’imagination féconde du scénariste atypique, qu’est Jean-Luc Cornette, soit sans bornes et qu’elle engendre de plus en plus de récits décalés, pimentés de fantaisie et de poésie. Entre sarcasme et tendresse, ces tranches de vie quotidienne sont, d’autre part, très bien mises en images par Stéphane Oiry, lequel nous assène un trait brut et élégant, proche de celui des ténors de la «nouvelle BD», tout en réussissant à insuffler un certain réalisme qui permet de rendre crédible ces situations incongrues. Vous avez dit original ?


 


Gilles RATIER

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