La « Casque d’or » de Kas et Galandon

Avec « La Fille de Paname », Laurent Galandon et Kas s’attachent au destin d’Amélie Elie, plus connue sous le surnom de Casque d’or, immortalisée à l’écran par Simone Signoret dans le célèbre film de Jean Becker.

« J’ai vu ce film il y a très longtemps, nous indique Laurent Galandon, et je n’en ai qu’un lointain souvenir. En fait, j’avais acheté un livre retraçant la biographie d’Amélie, à partir de témoignages de la jeune fille à un journaliste de son époque. J’avais été fasciné par le coté universel de ce récit et par ce personnage vivant dans l’illusion de pouvoir choisir sa vie. » Ainsi, quand les éditions Le Lombard, avec qui il est en contact, lui demande un scénario pour Kas, l’auteur de « L’Envolée sauvage » n’hésite pas une seconde et propose l’histoire de cette jeune fille tentant de trouver l’amour dans le Paris de la fin du XIXème siècle, où la rue est le domaine des jeunes délinquants surnommés les « apaches ». Prostituée par choix, Amélie Elie veut-elle avant tout s’en sortir ? : « En tout cas, elle sait ce qu’elle ne veut pas, explique Laurent Galandon, comme finir blanchisseuse et mourir comme sa mère. Elle cherche beaucoup plus l’amour que l’élévation sociale, mais elle le fait à l’endroit où cela lui est accessible, c’est-à-dire dans la rue et les bas fonds parisiens. Sa liberté est une illusion

Ce récit séduit immédiatement Kas : « Après « Halloween blues », j’avais envie de changer d’univers et d’approche scénaristique », nous dévoile-t-il. « J’ai été séduit par le scénario de « La Fille de Paname » sur beaucoup d’aspects, poursuit l’ancien dessinateur de « Hans » : l’époque traitée et l’ambiance, bien sur, mais aussi par un sujet ancré dans une réalité historique et prétexte à développer une fiction, ainsi que par les dimensions émotionnelles  et sentimentales qui s’en dégageaient. » Un vrai défi que Kas n’hésite pas à relever : « Je suis ouvert à tout ce qui peut bousculer mes habitudes, nous dit-il, sans vouloir toutefois me mettre en danger. Je cherche l’évolution, pas la révolution. »

Il convient  de constater la réussite graphique du challenge, « plus lié à la manière d’écrire de Laurent Galandon, qui induit un style enrobé et très expressif,  qu’à l’époque traitée, qui oblige, cependant, à déployer un dessin réaliste dans le cadre d’une histoire romanesque et de trouver une cohérence graphique entre les personnages et les sentiments véhiculés », rebondit Kas.

Le réalisme va jusqu’aux dialogues en argot, « très marrants à faire » et l’élaboration de superbes  vraies-fausses couvertures du supplément dominical du Petit Journal, spécialisé dans les faits divers de l’époque, en ouverture des différents chapitres composant le  récit, à l’image des romans populaires de l’époque. « Il était très important de reprendre l’esprit de cette presse populaire. Ces couvertures auraient très bien pu exister », nous explique Laurent Galandon qui, avec son dessinateur, tiennent toutefois, en chœur, à souligner le but premier de ce diptyque, dont le second volet paraîtra d’ici un an : « Distraire ! ».

Laurent TURPIN

« La Fille de Paname » T1 (« L’Homme aux couteaux ») par Kas et Laurent Galandon

Le Lombard, collection « Signé » (15,95 euros) – ISBN 978-2-8036-2957-2

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