PLUS DE LECTURES DU 29 MAI 2006

Pour bien commencer à faire la Fête de la BD, voici notre sélection hebdomadaire de 5 albums BD à lire sans attendre : “ 80 jours ” par Vadot et Guéret, “ Gil St André T.8 : Le sacrifice ” par Vallée et Kraehn, “ Angela ” par Vatine et Pecqueur, “ Jules T.5 : La question du père ” par Bravo et “ François Bourgeon : l’envers du décor ” par Mevel et collectif.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les couvertures des albums chroniqués


80 jours ” par Nicolas Vadot et Olivier Guéret


Editions Casterman (14,75 Euros)


Après «Norbert l’imaginaire» (aux éditions du Lombard), leur excellente trilogie sur un monde parallèle vivant dans notre cerveau et expliquant tout notre fonctionnement amoureux, on attendait au tournant le duo Nicolas Vadot et Olivier Guéret. Et bien, nous ne sommes pas déçus, bien au contraire ! «80 jours», histoire fantastique, sensible et touchante, repose sur l’étrange relation qui se noue entre un vieil homme malade de 80 ans et une jeune et belle femme qui est un peu son infirmière à domicile. Depuis qu’elle le veille, le vieillard diabétique rajeuni d’un an chaque jour : mais que va-t-il se passer au bout de ces 80 jours de rajeunissement ? L’osmose entre le dessin brut et charbonneux de Nicolas Vadot (le style de cet auteur, qui vit désormais à Canberra en Australie, est de moins en moins caricatural, alors, qu’à l’origine, ce talentueux illustrateur s’était spécialisé dans le dessin de presse et d’humour) et la narration elliptique et efficace de l’homme de cinéma et de télévision qu’est Olivier Guéret est évidente : tout est pensé pour émouvoir et étonner le lecteur, sans jamais tomber dans les bons sentiments de façade. Cette course contre le temps est donc parfaitement orchestrée grâce à d’habiles flash-back, lesquels nous permettent d’explorer le passé du personnage central, et à une ambiance onirique et romantique de bon aloi. Enfin, notons la bonne utilisation de quelques compositions pleine page qui, loin de gêner la lisibilité du récit, s’intègre fort bien dans l’ensemble et apporte une note assez originale : une belle réussite !


 


Gil St André T.8 : Le sacrifice ” par Sylvain Vallée et Jean-Charles Kraehn


Editions Glénat (9,40 Euros)


Scénariste inspiré et dessinateur de plus en plus rare, Jean-Charles Kraehn nous propose ce polar, aux rouages parfaitement huilés, qui fut publié, à l’origine, sous le titre de «L’homme qui aimait les poupées», dès 1996. Il illustra lui-même les deux premiers épisodes, secondé par Dominique Drillet puis par Sylvain Vallée, lequel deviendra l’efficace dessinateur officiel de la série qui rencontre un succès mérité, au sein de la collection «Bulle noire» des éditions Glénat. Un deuxième cycle est entamé avec le 6ème épisode, en 2003, relançant de plus belle notre intérêt pour cette BD aux allures classique, mais qui a su tenir compte des exigences du lectorat moderne. Cet album conclu un double imbroglio où Gil St André doit tirer sa belle-sœur, ancienne prostituée et actrice de porno, des griffes de proxénètes belges, et sauver la jeune sœur de son amie Djida, emmenée dans son pays d’origine pour y contracter un mariage forcé. Avec intelligence, Jean-Charles Kraehn a mitonné une passionnante enquête trépidante (avec une fin émouvante) qui aborde le sujet de la tolérance et de l’intégrisme religieux. Une série, au dessin de plus en plus léché, qui allie avec bonheur le feuilleton populaire et la tragédie humaine !


 


Angela ” par Olivier Vatine et Daniel Pecqueur


Editions Delcourt (12,90 Euros)


Ce très bon western, se situant entre le «Blueberry» des origines (avec Charlier au scénario) et le «Bouncer» de Boucq et Jodorowsky, nous fait regretter la rareté des productions BD d’Olivier Vatine. En effet, même si ce dernier ne ménage pas sa peine en tant que directeur de collection sur le label «Série B» de chez Delcourt, sa dernière véritable BD remonte à son incursion dans le monde de «Star Wars», entre 1995 et 1996, si on excepte le story-board réalisé pour le dernier «Aquablue». Pourtant, il n’y a pas de problème, Vatine sait toujours aussi bien dessiner ; il a même épuré, à bon escient, son style cinématographique toujours aussi proche de certains dessinateurs de comics : pour vous en convaincre, jetez un coup d’œil à la version luxe, en noir en blanc ! Ceci dit, les couleurs d’Isabelle Rabarot (et d’Olivier Vatine lui-même) apportent une telle luminosité et une telle lisibilité à l’ensemble qu’il serait dommage de vous priver de l’album classique ! Avec l’aide de Daniel Pecqueur au scénario, ce «one-shot» (annoncé depuis 1998 !!!) nous plonge dans la seconde partie du XIXème siècle, en plein cœur d’une Amérique en pleine croissance : alors qu’il a été envoyé au bagne, 12 ans plus tôt, un ancien petit ami de la femme d’un instituteur apprécié et respecté de tous, revient reconquérir la belle. Or, cette dernière ne l’a pas oublié et est toujours amoureuse du voyou. Les retrouvailles dégénèrent et tournent au drame. La vie d’Angela, la fille de cette femme qui a choisi de rejoindre son amant, change alors du tout au tout : elle grandit dans un milieu d’hommes, se comportant comme un homme, au sein d’une concession minière de l’Arizona.


 


Jules T.5 : La question du père ” par Emile Bravo


Editions Dargaud (9,80 Euros)


Les épatantes aventures de «Jules» sont vraiment formidables ! Outre le fait qu’elles soient fort bien léchées graphiquement (dans un style ligne claire légèrement crade) et que la narration soit tout à fait efficace (apprécions particulièrement la saveur des dialogues, lesquels sont plein de verve), elles réussissent à captiver et amuser le lecteur de tout âge. Ce qui ne l’empêche pas de lui donner, l’air de rien, des principes didactiques de base sur la philosophie ou les sciences. Dans cet épisode très dense, Jules, qui est un jeune garçon éveillé et inventif, continue à vivre des péripéties aux nombreux rebondissements alors que nous avons droit à un éclaircissement sur la génétique et sur nos diverses religions, entre une partie de chasse catastrophique, un stage de voile nautique organisé par une école catholique et un sauvetage extra-terrestre ! On vous l’a déjà dit, c’est formidable !


 


François Bourgeon : l’envers du décor ” par Patricia Mevel et collectif


Editions Bibliothèque municipale de Brest (15 Euros)


Profitant de la mise en place d’une superbe et très riche exposition rétrospective consacrée à l’univers de l’auteur des «Passagers du vent», des «Compagnons du crépuscule» et du «Cycle de Cyan» (laquelle se tient jusqu’au 29 juillet), la municipalité de Brest a édité un magnifique catalogue. Doté d’une riche iconographie et d’une précise bibliographie, cet ouvrage de 130 pages nous propose surtout un long et passionnant entretien entre François Bourgeon et Patricia Mevel, ainsi que divers articles, plus érudits les uns que les autres, dus aux spécialistes BD que sont Alain Bessec, Michel Daubert, Brieg F. Haslé ou Michel Thiébaut. Cette superbe et très utile monographie est indispensable à tout vrai amateur de BD et toutes les mairies de France et de Navarre devraient suivre l’initiative patrimoniale de cette grande ville bretonne : en effet, on pourrait rêver que chaque auteur de BD soit consacré de la même belle façon (exposition et catalogue à la clef) par une ville qui lui permettrait ainsi de mettre en avant son travail !


 


Gilles RATIER


 

Galerie

Les commentaires sont fermés.