PLUS DE LECTURES DU 6 OCTOBRE 2008

Notre sélection hebdomadaire : ? Pandemonium T.2 : Le tunnel ? par Stefano Raffaele et Christophe Bec, ? Tout seul ? par Christophe Chabouté, et ? L’héritage du colonel ? par Lucas Varela et Carlos Trillo.

? Pandemonium T.2 : Le tunnel ? par Stefano Raffaele et Christophe Bec – Editions Soleil (12,90 Euros)

Ce deuxième tome d’un triptyque qui s’annonce passionnant confirme les qualités du premier opus où une ancienne pensionnaire du sanatorium de Waverly Hills, au passé extrêmement lourd, avait amené faire soigner sa petite fille malade de la tuberculose dans cet établissement où les enfants peuvent voir des choses qui échappent aux adultes… Cet hôpital, qui est le plus réputé des États-Unis en matière de traitement de la tuberculose, va-t-il devenir pour elles, en cette année 1951, l’antichambre de la mort ? Ici inspiré par une histoire vraie, le dessinateur de « Sanctuaire » et du « Temps des loups » (mais aussi le scénariste de « Carême » et de « Carthago ») sait efficacement installer une ambiance fantastique aux intrigues glauques, où la tension monte de page en page. Il semble, qu’en plus, il ait trouvé en l’Italien Stefano Rafaele l’illustrateur idéal pour ses histoires d’horreur : ce dessinateur, qui a beaucoup travaillé pour les super-héros américains, avait été remarqué en France sur l’étrange série « Fragile » qui mettait déjà en scène des morts-vivants, et il s’est à nouveau associé à Christophe Bec sur son dernier récit d’épouvante : « Sarah ». Son trait hyperréaliste et dynamique (qui évite les effets esthétisants, ce qui rend son style totalement effrayant) dégage une vraie force et de grandes émotions, particulièrement dans les nombreuses scènes muettes qui parsèment agréablement cet album à ne pas lire la nuit.

? Tout seul ? par Christophe Chabouté – Editions Vents d’Ouest (25 Euros)

La solitude semble l’un des thèmes privilégiés de Christophe Chabouté, et cela semble plutôt lui réussir, puisque, après son étonnante adaptation d’une nouvelle de Jack London (« Construire un feu », également chez Vents d’Ouest), il nous assène un roman graphique, au découpage cinématographique d’une rare force évocatrice, sur un gardien de phare que nul n’a jamais vu, pas même les marins chargés du ravitaillement. Cependant, sur son chalutier, un ex-taulard intrigué se pose beaucoup de questions et voudrait bien essayer d’entrer en contact avec cet homme complètement tenu à l’écart de la société… En 368 pages puissantes et envoûtantes, dont une bonne partie ne comporte aucun texte ni dialogue, le sensible auteur réussit à nous faire croire à cette histoire, pourtant assez invraisemblable, d’un étrange personnage difforme, isolé au beau milieu de l’océan. D’autant plus que ce beau récit contemplatif et optimiste, où humanisme et poésie sont une nouvelle fois au rendez-vous, est lentement rythmé par le fracas des vagues sur les récifs, par le ronronnement du moteur des bateaux et par les cris des mouettes : une symphonie de bruits routiniers qu’arrive à nous faire entendre le noir et blanc, rude mais somptueux, de l’auteur de « Pleine lune », de « Purgatoire » ou de « Henri Désiré Landru », lequel se détache de plus en plus de ses influences premières (Comès et Tardi, pour ne pas les nommer) : un récit fort et abouti, mais aussi une grande leçon de narration figurative !

? L’héritage du colonel ? par Lucas Varela et Carlos Trillo – Editions Delcourt (14,95 Euros)

Le prolifique scénariste argentin Carlos Trillo est encore peu connu en France malgré les nombreuses traductions de ses meilleures œuvres en collaboration avec Alberto (« Buscavidas ») et Enrique Breccia (« Alvar Major »), Horacio Altuna (« Merdichesky »), Jordi Bernet (« Le cri du vampire »), Diego Mandrafina (« La grande arnaque »), Eduardo Risso (« Je suis un vampire »), Juan Gimenez (« Gangrène »), Walter Fahrer (« Mon nom n’est pas Wilson »), Horacio Domingues (« Angustias »), Juan Bobillo (« Anton Blake »), ou encore le regretté Carlos Meglia (« Cybersix »). Pourtant, à chaque fois, ses récits noirs non dénués d’un certain humour méritent le détour et celui-ci, où ce grand amateur de polars règle ses comptes avec les violences de la dictature argentine des années 1970, ne fait pas exception. Bien au contraire, en choisissant de nous narrer un conte fantastique aux accents délirants, cette originale et incontournable figure de la bande dessinée d’Amérique du Sud fait encore mouche… Dans une Argentine redevenue plus ou moins démocratique, un petit fonctionnaire vit une passion sans bornes pour une poupée blonde qui orne la devanture d’un antiquaire. Elle lui rappelle la jeune femme que torturait son colonel de père, au bon vieux temps de la junte militaire… Ce récit décalé bénéficie également d’une illustration tendance « ligne claire » fort à propos : elle est signée par un jeune infographiste et illustrateur qui travaille régulièrement pour le supplément du dimanche du grand quotidien La Nacion et dont on ne connaît, en langue française, qu’un seul album pour les plus jeunes (toujours avec Trillo au scénario), lequel est assez peu représentatif de son talent (« La corne écarlate », chez Erko, en 2005).

Gilles RATIER

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