Buddy Longway, c’est fini !

Alors, ça y est, c’est terminé. Avec le vingtième album se clôt l’une des plus belles réussites que la bd nous ait offerte. Elle nous aura tenu en haleine pendant presque 35 ans, s’imposant, par sa thématique originale de western écologique autant que par sa dimension familiale et sa temporalité évolutive, comme une œuvre sans équivalent (si ce n’est peut être Thorgal arrivé plus tard).

 


Mais finalement, Derib n’aura laissé aucune échappatoire : son œuvre magistrale ne se poursuivra pas au-delà du 20e tome. Comme pressé d’en finir, cet album, publié après une très longue interruption, juxtapose des scènes brèves, scandant le voyage de Buddy et de Chinook sur les traces de leur jeunesse. Eprouvant le besoin de reprendre la piste pour remonter vers les terres sauvages du Nord où tout a commencé, ils sont rattrapés par les survivants d’un passé tragique. En effet, que de chemin parcouru depuis les temps heureux et la naissance de l’aventure en 1972. La nature est toujours superbement préservée, mais les Indiens ne quittent plus guère leurs réserves, et les vieux trappeurs disparaissent bêtement, dans une indifférence presque générale. Le propos, de plus en plus elliptique, se révèle in fine presque désabusé devant la fragilité de la vie et l’impuissance d’une humanité marquée par son infinie capacité à souffrir.


En conséquence, cette incroyable et magnifique saga, qui a décrit le monde indien et la nature sur un mode authentique, avec une maestria du trait et de la mise en page qui a fait école et sert à présent d’exemple dans les ouvrages techniques, cette saga donc s’achève sur un album plein de nostalgie. Mais n’est ce pas plutôt la notre, qui ressort bien mieux encore à la relecture, que celle de Derib ? Car, au bout du compte, cette fin s’inscrit bien dans le droit fil de la série, déjà marquée du sceau d’un réalisme sans fioriture qui a su ployer la dimension aventurière du récit à la dure réalité humaine et qui a continuellement évolué en portant un regard sobrement poignant sur la destinée de ses héros. De fait, avec la fin de Buddy Longway, c’est d’abord notre enfance qui s’enfonce un peu plus dans les profondeurs d’un passé révolu dont ne subsiste plus que le souvenir de plaisirs éteints.


Pourtant, alors que s’achève le récit de Buddy, le journal de sa fille Kathleen prend le relais, dans un style différent, caractérisé par un réalisme pictural très moderne, définitivement éloigné des canons classiques franco-belges qui trahissaient encore leur influence dans la série, et ce malgré une évolution déjà très marquée par la prééminence de l’image sur le texte et l’abandon progressif des codes classiques hérités d’Hergé et de Jijé. Comme une annonce ou un appel, pour une suite malgré tout ?


Joël Dubos


Derib, Buddy Longway, t20, La source, Lombard, 9,80 euros


 

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