PLUS DE LECTURES DE BD DU 8 MAI 2006

Voici nos 5 choix BD de la semaine : “ L’année dernière ” par Emmanuel Moynot et Marc Lizano, “ En mâles de nus ” par Virginie Greiner, “ Le sommeil du monstre T.3 : Rendez-vous à Paris ” par Enki Bilal, “ Les essuie-glaces” par Edmond Baudoin et “ Monsieur Blaireau et Madame Renarde T.1 : La rencontre ” par Eve Tharlet et Brigitte Luciani.

 


Cliquez sur l’appareil photo pour découvrir les albums chroniqués.


L’année dernière ” par Emmanuel Moynot et Marc Lizano


Editions Delcourt (14,95 Euros)


Délaissant la ligne claire imposée par sa reprise de «Nestor Burma» et son graphisme déjanté du «Démon» (réalisé avec Jean-Luc Cornette), Emmanuel Moynot revient à un style aquarellé lumineux, soutenu par un trait expressif, qu’il avait déjà expérimenté avec succès sur «Monsieur Khol» ou sur «Oscar & Monsieur O». Par contre, ici, il s’agit d’une chronique contemporaine, co-scénarisée par le prolifique dessinateur Marc Lizano. La narration de ce dernier semble être en totale symbiose avec les interrogations sociales d’Emmanuel Moynot. En effet, ce récit de 94 pages met l’accent sur la difficulté de gérer les relations conjugales : de trouver sa propre voie ! Sur la côte bretonne, Sébastien et ses deux filles reviennent, pour la dernière fois sans doute, sur le lieu habituel de leurs vacances. Jusqu’à l’année dernière, alors qu’il était en couple, ce dernier retrouvait ici ses amis d’enfance et se remémorait leurs bons temps passés ensemble. Mais, déjà, les relations du couple sont tendues, l’homme est distant car il est épris d’une autre et il ne pense qu’à échapper à un quotidien familial qui lui pèse. Toutefois, il s’interroge quand même sur ce qu’il veut réellement faire de sa vie… Une tranche de vie douce-amère, complètement optimiste !


 


En mâles de nus  ” par Virginie Greiner


Editions Attakus (29,90 Euros)


A travers de petits poèmes sensuels dédiés au corps masculin et de savoureux portraits d’artistes, Virginie Greiner nous démontre, une fois de plus, qu’elle possède parfaitement les différentes techniques de l’expression littéraire, quelque en soit la forme. Alors que d’habitude, son propos est plus marqué par les ambiances fantastiques (voir sa nouvelle dans le collectif «Fées, sorcières, diablesses» chez Flammarion ou sa BD «Willow place» chez Clair de Lune), nous découvrons ici, une Virginie coquine, une Virginie mutine, une Virginie badine mais aussi une Virginie taquine… 55 dessinateurs (dont de nombreuses femmes comme Algésiras, Virginie Augustin, Carole Beau, Annabel Blusseau, Daphné Collignon, Marianne Duvivier, Annie Goetzinger, Carine Grasset, Ana Mirallès, Cécilia Paraire, Béatrice Tillier, Anne Vanseveren, Claire Wendling…) ont relevé, avec brio, le défi de réaliser un nu… de mâle. Certains ont vraiment réalisé des illustrations étonnantes, assez éloignées de ce qu’ils font en BD : c’est le cas de Boiscommun, Rossi, Jurion, Maëster, Lacaf, Faure, Mitric, Lauffray, Prado, Grenson, Varanda, Plessix, Dany, Sicomoro… D’autres n’hésitent pas à être drôles ou parodiques : Mourier, Cassegrain, Coyote, Buchet, Brazao, Giroud (qui prouve à ceux qui ne le savaient pas qu’il sait aussi dessiner !), Vatine, Solé, Cuzor… Enfin, il y a aussi ceux qui ont joué, avec succès, la carte de l’émotion : la plupart des noms féminins déjà cités mais aussi Kéramidas, Pinelli, Dell’Otto, Griffo, Kalonji, Delaby, Crisse, Cabanes, Vicomte, Tarquin, Ryser, Meynet, Dumouilla, Lax, Lepage et même un certain Bilal ! En résumé, voici un superbe livre d’art (première production livresque sous le label Attakus, jusqu’à lors spécialiste des figurines de collection) qui plaira autant aux amateurs de belles images qu’à ceux des corps masculins nus : les femmes comme les hommes !


 


Le sommeil du monstre T.3 : Rendez-vous à Paris ” par Enki Bilal


Editions Casterman (13,95 Euros)


Et la trilogie sera 4 ! En utilisant un panel toujours aussi ahurissant, et difficile à appréhender, de différents procédés narratifs, brouillant les frontières en passant allégrement de l’anticipation à l’intime et du passé au futur, Enki Bilal continue de dénoncer la montée de l’obscurantisme. Pourtant, se laissant porter par un besoin de légèreté, après la densité et la noirceur de ses deux précédents albums («Le sommeil du monstre» et «32 décembre»), l’auteur de «La femme piège» et le dessinateur de «Partie de chasse» a souhaité aérer son propos et a scindé l’épisode final en 2. Comme les autres, ce 3ème volet fonctionne en totale autonomie et on y retrouve toutes les obsessions de son créateur : la quête totalitaire du pouvoir, la fascination pour la mort, l’explosion d’un pays (la Yougoslavie), l’intolérance des religions… Toutefois, si on y hume un climat familier d’après-apocalypse balkanique, cet homogène et baroque «Rendez-vous à Paris» est aussi l’histoire la plus intime qu’ait écrit celui qui est certainement l’un des créateurs de BD ayant le plus marqué son époque : les trajectoires amorcées, dans ce magma d’idées et d’envies de réaliser une œuvre avec des techniques moins convenues, semblant commencer, enfin, à converger… L’intrigue, foisonnante, pourrait se résumer en un étrange récit de science-fiction tournant autour de 3 orphelins nés, à quelques jours d’intervalle, en pleine guerre civile, dans un hôpital de Sarajevo. 33 ans plus tard, l’aîné tente de reconstituer ce trio improbable… Un fabuleux travail sur la mémoire individuelle ou collective !


 


Les essuie-glaces” par Edmond Baudoin


Editions Dupuis (13,50 Euros)


Pendant 3 ans, le dessinateur onirique, rêveur, solitaire et amoureux qu’est Edmond Baudoin a enseigné la BD dans une université du Québec (à Hull, près d’Ottawa, où il a été remplacé, depuis, par Jean-Louis Tripp). Peu de temps avant son départ, il entreprend un voyage d’adieu dans la Belle Province, en Gaspésie, avec quelques-uns de ses amis du cru : un ancien prêtre-ouvrier et poète, sa belle et mystérieuse femme psychiatre, et Laurence, son nouvel amour. C’est ce voyage intime, en quête de lui-même, qu’il nous raconte dans son troisième album en couleurs de la collection «Aire libre» : et c’est l’occasion de s’interroger sur le coup de foudre, sur les rapports amoureux et amicaux, sur les expériences passées… C’est alors que l’image, à moins que ce soit la disposition des textes en bas de chaque page, ou simplement les coups de crayon ou encore la douceur des aquarelles, nous amène tranquillement vers un état contemplatif, entre irréel et quotidien : une superbe ode à la nature et aux hommes ou aux femmes qui aiment la vie, tout simplement…


 


Monsieur Blaireau et Madame Renarde T.1 : La rencontre ” par Eve Tharlet et Brigitte Luciani


Editions Dargaud (15 Euros)


On se plaint toujours qu’il n’y a pas assez de BD pour les tout petits. Et bien, le premier tome de “Monsieur Blaireau et Madame Renarde”, publié aux éditions Dargaud, devrait parfaitement jouer le rôle de passerelle entre l’album pour enfant et le 9ème art ! D’abord, le livre est beau : une couverture cartonnée mousse, grand format, dessins aquarellés et lumineux, agréables au premier coup d’œil… S’il s’agit de son premier album BD, l’illustratrice (Eve Tharlet) n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a collaboré pendant 10 ans à la revue suisse Yakari ainsi que chez Milan Presse. Son style, tout en douceur, est idéal pour favoriser la lecture chez les petits… Quant aux textes, dus à Brigitte Luciani, une spécialiste de la littérature jeunesse qui a très bien assimilé les techniques narratives du média BD, ils nous racontent la gentille histoire d’une maman Renard et d’un papa Blaireau. Des aventures où l’amitié finit toujours par l’emporter sur les chamailleries de leurs enfants respectifs ! L’adulte, lui, y verra une invitation à la différence et une adaptation bien vue des évolutions sociales actuelles, entre familles recomposées et couples mixtes.


 


Gilles RATIER


 

Galerie

Les commentaires sont fermés.