PLUS DE LECTURES DU 29 AOÛT 2005

Voici encore 5 albums que nous vous avons sélectionné et qui sont parus avant la déferlante de la rentrée de septembre : « Quintett T.1 : Histoire de Dora Mars » par Cyril Bonin et Frank Giroud aux éditions Dupuis, “ La loi du Kanun T.1 : Dette de sang ” par Michel Chevereau et Jack Manini aux éditions Glénat, “ Baobab T.1 ” par Igort aux éditions Vertige Graphic, “ Le petit critique illustré : guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée ” par Harry Morgan et Manuel Hirtz aux éditions P.L.G. et “ Le chocolat magique ” par Bast et Christian Barranger aux éditions Le Cycliste.



 


« Quintett T.1 : Histoire de Dora Mars » par Cyril Bonin et Frank Giroud


Editions Dupuis (13,95 euros)


Après son exceptionnel «Décalogue», le scénariste et chef d’orchestre Frank Giroud s’est attelé à d’autres projets aussi ambitieux, comme ses «Secrets» (également aux éditions Dupuis) et ce «Quintett», dont la première partition est parfaitement interprétée, avec une grande sensibilité. En 1916, lors d’une folle nuit parisienne, une jeune chanteuse de cabaret tombe amoureuse d’un bel aviateur. Ce dernier doit rejoindre sa base à Pavlos, en Grèce, abandonnant la romantique artiste à ses illusions. Quand l’armée lui propose d’aller chanter sur le front, dans une base perdue des Balkans, elle y voit l’occasion de retrouver le chevalier du ciel qui lui a ravi son coeur. Elle déchante très vite car le bellâtre l’a déjà remplacée par une pétillante pilote de chasse. Tout en assurant les répétitions au sein du «Quintett» formé avec trois autres musiciens, notre héroïne à la voix d’or prend alors des leçons d’aviation. En voulant aller au secours de son ex-amant, son avion s’écrase et elle se retrouve prisonnière des Allemands… Il y aura cinq albums de cette nouvelle série de la collection «Empreinte(s)» et chacun sera dessiné par des auteurs différents. Le style expressif et subtil de Cyril Bonin, le premier soliste graphiste de ce cycle passionnant et original (lequel sera complet en moins de deux ans), contribue à l’ambiance romantique créée autour de ces personnages aux relations humaines tendues, voire même, inconcevables.


 


La loi du Kanun T.1 : Dette de sang ” par Michel Chevereau et Jack Manini


Editions Glénat (12 Euros)


L’enfant d’un fonctionnaire russe qui a quitté le sol de l’Albanie est recueilli par un vieil ivrogne, exclu du parti pour ses tendances homosexuelles. A ses côtés, l’orphelin mène une existence plutôt misérable, vivant de rapines diverses, voire de vente d’enfants, et assiste à l’application de la loi du Kanun, encore en vigueur dans le nord de ce pays : loi équivalent, plus ou moins, à la vendetta sicilienne. Heureusement, il rencontre la fille d’un médecin qui va l’initier culturellement, par le biais du cinéma américain et de l’escrime. Des images réalistes de belle facture mettent en valeur un scénario irréprochable !


 


Baobab T.1 ” par Igort


Editions Vertige Graphic (9 Euros)


Pour prolonger la version française de Black, une revue d’origine italienne consacrée à la BD d’avant-garde, les éditions Vertige Graphic et le groupe Coconino Press lancent la collection «Ignaz» : l’internationale de la nouvelle narration. Entre classiques et modernes, les premières révélations de ce label (dont le titre fait référence à la série «Krazy Kat» de George Herriman, le créateur de la BD poétique) tentent de dépasser les frontières tout en conservant une spécificité locale. Ainsi y retrouve-t-on le français David B., le texan Matt Broersma, l’espagnol Marti ou les italiens Gipi, Gabriella Giandelli et Igort. Ce dernier, connu aujourd’hui comme agitateur du panorama artistique parisien, vient d’y publier le début d’un long récit oscillant entre le Japon et l’Amérique du Sud du début du siècle dernier : «Baobab». Un trait délicat, rehaussé par une mélancolique bichromie bleue et grise, met fort bien en valeur deux histoires racontées, en parallèle, avec une légèreté apparente. De ce mélange de quotidien, d’imaginaire et de références culturelles naît, tranquillement, un souffle épique assez novateur.


 


Le petit critique illustré : guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée ” par Harry Morgan et Manuel Hirtz


Editions P.L.G. (29 Euros)


La seconde édition, entièrement revue et complétée du «Petit critique illustré : guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée» d’Harry Morgan et Manuel Hirtz, vient de paraître aux éditions P.L.G. Critiquant, souvent de façon vipérine, l’abondante littérature consacrée au domaine, ce bel ouvrage, très bien illustré par les couvertures de quelques-uns de ces livres soumis à leur tour à la critique et par quelques illustrations de Lewis Trondheim, consiste en un listage pratiquement exhaustif de tous les ouvrages ou numéros spéciaux des revues parlant de BD, en France et ailleurs… : un fascinant travail de collectage bénédictin. Si les chroniques sont un peu moins acerbes que dans la première édition, elles continuent toutefois à démolir injustement certains pionniers spécialisés dans ce secteur. Certes, ces derniers ne sont pas exempts de reproches (leurs inexactitudes sont même devenues légendaires), mais cette première génération de passionnés a fait beaucoup plus pour l’honorabilité du 9ème art que certains chroniqueurs actuels («branchés» ou rebelles, mais accumulant les approximations historiques ou économiques), avec qui les auteurs de ce pavé, que l’on jugera tout de même indispensable, sont beaucoup moins condescendants.


 


Le chocolat magique ” par Bast et Christian Barranger


Editions Le Cycliste (11 Euros)


Le dessinateur et scénariste Christian Barranger (honte sur vous si vous n’avez pas encore lu son fascinant «Cas Girardon», chez le même éditeur) n’a pas pu se résoudre à illustrer cet album basé sur ses propres souvenirs d’enfance. Son collègue «cycliste», qui signe Bast, lui a alors proposé de mettre en images ces anecdotes de gamin vivant à la campagne (dans le Lot et Garonne) et inventant nombre de jeux, avec les moyens du bord, comme le fameux Chocolat Magique, afin d’épater son petit frère Denis. L’enthousiasme de ce dessinateur, au trait simple et touchant, permet de nous plonger avec délicatesse dans le passé du narrateur, lequel mêle, avec brio, nostalgie, humour et tragédie. Certes, cette autobiographie à quatre mains n’est pas à prendre sur le mode de l’originalité ou de la création novatrice mais sa lecture en est pourtant fort agréable : alors, que demander de plus ?


 


Gilles RATIER

Galerie

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