PLUS DE LECTURES DU 27 JUIN 2005

Quelques BD à emporter pour vos vacances, ou a consommer sans délai : “ BD Africa : les africains dessinent l’Afrique ” présenté par Ptiluc aux éditions Albin Michel, “ L’aigle sans orteils ” par Christian Lax aux éditions Dupuis, “ Isaac le pirate T.5 : Jacques ” par Christophe Blain aux éditions Dargaud, “ L’esprit de Warren T.4 : Encore quelques heures à vivre ” par Servain et Luc Brunschwig aux éditions Delcourt et “ Démons T.2 : On a toute la vie… ” par Emmanuel Moynot et Jean-Luc Cornette aux éditions Glénat.

 


BD Africa : les africains dessinent l’Afrique ” présenté par Ptiluc


Editions Albin Michel (12,50 Euros)


Lors de ses nombreux voyages en Afrique, traçant souvent seul la route sur sa moto, le dessinateur Ptiluc (l’auteur de « Pacush blues», de «Rats» etc.) a pu vérifier que la bande dessinée existait bel et bien sur le continent noir. Il y a rencontré des artistes talentueux et a eu envie de les faire découvrir au public européen. Seize auteurs nous sont ainsi  aujourd’hui présentés  dans un album florilège : «BD Africa : les africains dessinent l’Afrique», aux éditions Albin Michel. Cette compilation de saynètes aussi instructives que divertissantes nous montre l’Afrique sous toutes ses coutures et nous fait voyager du Congo à Madagascar en passant par le Malawi, le Bénin, le Cameroun et l’Afrique du Sud. Les planches joyeuses, foisonnantes et étonnantes de Laubé, Hector Sonon, Pat Masioni, Al’Mata, Pat Mombili, Kash, Norematoa ou Daan nous parlent de la vie de tous les jours, de la vie, de la mort, de la guerre et de l’amour. Comme dit Ptiluc dans sa préface : «A coups de crayon, finalement, on parle tous le même langage !».


 


L’aigle sans orteils ” par Christian Lax


Editions Dupuis (12,94 Euros)


Au début du siècle passé, un jeune soldat ravitaille, à dos d’homme et jour après jour, un observatoire niché au sommet du Pic du Midi. Il souhaite ainsi se constituer un pécule suffisant pour se payer un vélo et pouvoir participer au déjà célèbre Tour de France : la plus grande épreuve cycliste au monde ! Accumulant les risques, notre sportif est accidenté et reste bloqué toute une nuit dans la montagne gelée. Il devra se faire amputer de tous ses orteils ce qui ne l’empêchera pas pourtant de parvenir à ses fins et de s’engager sur le Tour, en tant que coureur isolé, en 1912. Renouant avec le dessin fin et en couleur directes qu’il avait utilisé pour «Azrayen’», Christian Lax nous raconte avec émotion, de façon sobre et simple, la vie d’un de ces cyclistes de la grande boucle qui n’appartenaient à aucune équipe et devaient se charger eux-mêmes de leur ravitaillement, de leurs soins et de leur hébergement à chacune des étapes. Cet homme handicapé, qui ne peut recevoir de l’aide de personne sous peine de lourdes pénalités dans la course, va toutefois devenir l’égal des plus grands. Ce destin épique et touchant se révèle être une véritable ode à l’héroïsme de ces cyclistes «à l’ancienne» qui ont fait la légende du Tour. La passion de l’auteur pour le vélo nous gagne dès la première page de ce bel album généreux, intégré dans la toujours passionnante collection «Aire Libre».


 


Isaac le pirate T.5 : Jacques ” par Christophe Blain


Editions Dargaud (9,80 Euros)


Modeste peintre du XVIIe siècle et passionné par les récits maritimes, Isaac s’embarque pour un long voyage et devient pirate malgré lui. Lassé des multiples déconvenues de cette vie aventureuse, il reprend goût à la peinture et retourne à Paris afin de retrouver sa fiancée. Hélas, sa belle amie ne l’a point attendu : elle s’est mariée à un frêle nobliau et elle est en partance, à son tour, pour l’autre bout du globe. Pendant ce temps, l’ami Jacques, recherché par toutes les polices de la capitale, tombe éperdument amoureux d?une jolie aristocrate et occupe une place prépondérante dans ce nouvel album. Christophe Blain poursuit donc son ambitieuse fresque épique, expérimentale et initiatique, sous les atours d’un récit classique, avec son habituel sens aigu de la narration. Le découpage efficace, les dialogues ciselés et souvent drôles ainsi que les multiples rebondissements picaresques sont fort bien mis en valeur par son graphisme énergique, d’une désinvolture maîtrisée, et par ses couleurs sombres et envoûtantes.


 


L’esprit de Warren T.4 : Encore quelques heures à vivre ” par Servain et Luc Brunschwig


Editions Delcourt (12,50 Euros)


Plus de six ans après le chapitre précédent, voici enfin la conclusion de cet excellent thriller de politique fiction. Un sérial-killer prétend être la réincarnation d’un héros de la cause indienne qui fût, à l’époque, exécuté, et il entreprend de se venger en tuant implacablement tous les jurés du procès. Un acteur et réalisateur à la mode réalise alors un film sur cette histoire ; mais, lors de la «première», les Indiens manifestent contre cette entreprise qui, selon eux, fait du tort à leur mythique défenseur. Ce polar moderne mêle, avec brio, horreur et suspense, grâce à des dialogues justes et à une mise en scène cinématographique de bon aloi. Outre les qualités narratives de Luc Brunschwig (qui officie désormais comme conseiller littéraire pour la nouvelle mouture de Futuropolis, avec Sébastien Gnaedig), il faut souligner l’intérêt du dessin réaliste de Stéphane Servais alias Servain. Ce dessinateur réussi à être aussi convainquant que sur «L’histoire de Siloë» (avec Serge Le Tendre) : une série dont on attend aussi, avec impatience,  le dénouement.


 


Démons T.2 : On a toute la vie… ” par Emmanuel Moynot et Jean-Luc Cornette


Editions Glénat (12 Euros)


Lors de sa parution en janvier 2004, le premier tome de ce conte surréaliste, et quelque peu dérangeant, avait fait causer dans le Landerneau de la BD. En effet, la première partie de ce triptyque atypique, à l’humour décalé, racontait les aventures d’un timide scientifique en mal de relations amoureuses, passionné par les mouches, et entouré de personnages à l’apparence monstrueuse : il nous faisait pénétrer dans un univers loufoque et sans tabous où les jeunes dames passaient leur temps, entre autres,  à aller aux toilettes. Le ton de cet opus de transition, où notre héros poursuit ses recherches sur un droséra géant, est encore plus extravagant : les dialogues de Jean-Luc Cornette sont de plus en plus décalés, drôles et surprenants, et le graphisme étonnamment minimaliste d’Emmanuel Moynot se libère pour s’éloigner complètement de la ligne claire Tardiesque qu’il a su faire sienne, lors de la reprise des enquêtes de «Nestor Burma».


 


Gilles RATIER


 


 

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