PLUS DE LECTURES DU 23 MAI 2005

Voici encore cinq albums qui, cette semaine, ont retenu notre attention : “ Travaux ” par Alessandro Baggi aux éditions Mosquito, “ Une aventure de Simon Nian T.1 : Décime-moi un maton ” par Yves Rodier et François Corteggiani aux éditions Glénat, “ Chroniques immortels T.1 : Au bord du gouffre ” par Thomas von Kummant et Benjamin von Eckartsberg aux éditions Paquet, “ André-Paul Duchâteau : gentleman conteur ” par Patrick Gaumer aux éditions Le Lombard et “ Barbara T.1 ” par Osamû Tezuka aux éditions Delcourt

 


Travaux ” par Alessandro Baggi


Editions Mosquito (12,50 Euros)


Alessandro Baggi fait partie de cette génération talentueuse de dessinateurs transalpins qui travaille de façon stakhanoviste pour les petits formats de l’éditeur italien Bonelli : on lui doit, entre autres, la série «Dampyr» que l’on serait bien inspiré de traduire chez nous. Soucieux de se confronter à un public français plus exigent, ce grand admirateur des maîtres américains (Joe Kubert, Neal Adams…) avait déjà réalisé, pour les éditions Mosquito (qui sont de plus en plus actives en ce qui concerne la mise en valeur des auteurs italiens), une BD inédite, entre horreur et humour : «L’affaire Loretta Stevens», en 2002. Le revoici avec un récit kafkaïen en diable : s’apprêtant à retourner enfin au boulot après un long congé de maladie, un brave homme est contraint de rester dans son minable immeuble de banlieue, lequel est en train d’être rénové par une curieuse entreprise de chantier. Ce cauchemar, dessiné tout en trames et en quadrillages avec un noir et blanc fort réussi, rappelle les récits d’horreur des E.C. Comics et particulièrement ceux que signa l’original, mais trop rare, Bernie Krigstein ; ce dernier privilégiait souvent, avec bonheur, la recherche graphique à toute forme narrative. S’il continue dans ce style, Alessandro Baggi risque, tel ce dessinateur culte, de devenir un modèle du genre ; d’autant plus que sa narration est d’une limpidité sans faille !


 


Une aventure de Simon Nian T.1 : Décime-moi un maton ” par Yves Rodier et François Corteggiani


Editions Glénat (8,99 Euros)


Cette nouvelle série franco-belge est un évident hommage au regretté Maurice Tillieux (l’auteur de «Gil Jourdan», «Félix», «César», «Marc Jaguar», etc.) : ce premier album est préfacé par la fille de cet immense auteur encore trop méconnu par les nouvelles générations, la couverture fait référence à celle d’un épisode de «Gil Jourdan», le style graphique du québécois Yves Rodier renoue avec celui des ténors de Marcinelle ou de Bruxelles, et les dialogues de François Corteggianni sont bourrés de jeux de mots infâmes que même un Libellule (l’un des comparses de «Gil Jourdan») n’aurait pas oser faire. Le scénariste est d’ailleurs bien plus à l’aise ici que dans les séries réalistes où il tente de retrouver la flamme épique d’un Charlier ou d’un Greg. Dans un album publié par Soleil, en 1989, («Les enquêtes de leurs amis»), il avait déjà réussi, avec l’aide de son complice dessinateur Pierre Tranchand, un pastiche révérencieux du talent de Tillieux. Ici, il confirme l’essai avec un scénario bien dense, rempli de clin d’œils : un fugitif des pays de l’Est est tué dans sa fuite ; il s’agit d’un dessinateur de bandes dessinées très côté dont chacun se dispute l’héritage. Le monde de la BD, dont on s’amuse à décrypter les différents acteurs dissimulés sous des patronymes assez évidents pour les connaisseurs, est passé au crible et Corteggiani n’épargne personne ! Notons que pour leur héros, les auteurs se sont inspiré d’un véritable avocat amoureux du 9ème art : Georges Simonian, spécialisé dans le droit immobilier et pilier des éditions Toth (ceux qui rééditent « Arthur le fantôme » de Jean Cézard) ou de la revue Papiers Nickelés dirigée par Yves Frémion.


 


La chronique des immortels T.1 : Au bord du gouffre ” par Thomas von Kummant et Benjamin von Eckartsberg


Editions Paquet (12 Euros)


Il faut bien avouer que même ceux qui ne goûtent guère le genre fantastique (ce qui est mon cas) seront surpris d’apprécier cette mise en bulles et en cases d’un roman allemand écrit par Wolfgang Hohlbein. Deux de ses jeunes compatriotes se sont attelés à cette tâche et, ma foi, ils s’en sortent plutôt bien. Certes, il s’agit encore d’un récit initiatique où un jeune disciple suit un maître en quête de vengeance : le fils de ce dernier a été torturé pendant son absence, due à la guerre, et il a du mettre fin à l’agonie de sa progéniture ; un jeune garçon assiste à la scène et lui narre le massacre des habitants du village par des soldats fanatisés à la solde de l’Inquisition ; tout ça pour une simple accusation de sorcellerie ! Ceci dit, la narration est fluide et agréable : ce qui est assez rare dans ce style fantastico-médiéval. Quant au dessin, qui est fort honorable, s’il bénéficie des apports techniques des logiciels d’ordinateurs et d’un mise en couleur sombre mais assez belle, il est dans la lignée de ce que fait actuellement toute une génération d’auteurs (trop ?) présents dans le catalogue d’éditions comme Soleil ou Delcourt. Au bout du compte, cette BD mérite votre attention et risque même de devenir une référence et un modèle dans un genre qu’elle tente de renouveler un petit peu !


 


André-Paul Duchâteau : gentleman conteur ” par Patrick Gaumer


Editions Le Lombard (22,50 euros)


Le journaliste reporter «Ric Hochet », a été créé en 1955, dans les pages du journal Tintin. Il fête donc ses 50 ans d’existence aux éditions du Lombard qui publient son 70ème album : «Silence de mort». Patrick Gaumer, par ailleurs auteur de l’indispensable «Larousse de la BD», avait déjà consacré une monographie à Tibet, le dessinateur de cette série culte ; il en préparait également une sur son scénariste, «André-Paul Duchâteau : gentleman conteur», laquelle vient enfin fleurir les rayons de nos librairies pour l’occasion : elle coïncide aussi avec l’anniversaire d’A.-P. Duchâteau, un jeune homme de tout juste 80 ans... Cet ouvrage nous éclaire sur la vie d’un homme érudit aux différentes facettes : du roman policier aux nouvelles radiophoniques, en passant par la direction de magazines sans oublier, bien entendu, la bande dessinée. Un entretien émouvant et très complet, de nombreuses illustrations souvent inédites ainsi qu’une copieuse bibliographie sont au sommaire de cette remarquable somme qui s’intègre parfaitement dans la collection «Auteurs Lombard».


 


Barbara T.1 ” par Osamû Tezuka


Editions Delcourt (7,95 euros)


L’œuvre gigantesque du maître japonais Osamu Tezuka, l’inventeur du manga moderne, est de plus en plus traduite en français. Après «Ayako», magnifique saga familiale située dans le Japon de l’après-guerre, les éditions Delcourt, à travers leur label Akata dirigé par Dominique Véret («la» référence sur le manga en France), nous proposent aujourd’hui les deux recueils de «Barbara». Cette œuvre atypique était considérée comme «légère» par le célèbre mangaka, lequel s’inspire ici des «Contes d’Hoffmann» et d’Edgar Allan Poe. Pourtant, cette confrontation presque surréaliste entre un écrivain séduisant et une jeune hippie alcoolique est loin d’être innocente : c’est une réelle introspection des tumultueuses années soixante-dix… Barbara est donc une gamine paumée, limite clodo, recueillie par un romancier en panne d’inspiration. Cette jeune fille libérée lui attire nombre d’ennuis mais elle lui permet aussi de créer, de connaître le succès et d’être apprécié dans les salons, devenant ainsi sa muse,. Avec cette œuvre à la limite du fantastique (que nous sommes, hélas, contraints de lire de droite à gauche), Tezuka multiplie les recherches narratives et graphiques, tout au long de neuf chapitres autonomes. L’auteur y tente d’expliquer certains mécanisme de la création artistique avec un jeu de métaphores illustrées par de nombreuses références aux grands classiques de la littérature occidentale : étonnant !


 


Gilles RATIER


 


 

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