PLUS DE LECTURES DU 18 AVRIL 2005

Parmi les nombreuses BD que nous avons lu cette semaine, nous vous avons sélectionné : “ Les aventures de Philip et Francis T.1 : Menaces sur l’empire ” par Nicolas Barral et Pierre Veys aux éditions Dargaud, “ Central Park ” par Christian Durieux et Jean-Luc Cornette aux éditions Dupuis, “ Le bal des chimères T.1 : Anaïs ” par Fabien Lacaf et Nelly Moriquand aux éditions Albin Michel, “ Phénomenum T.3 : Opus 2 : Passé composé ” par Marc Védrines et Jérémie Kaminka aux éditions Glénat et “ Les tribulations de Pebble & Biozevitch T.1 : Le bras qui bouge ” par Jeff Pourquié et Guillaume Bouzard aux éditions AUDIE/Fluide Glacial.

 


“ Les aventures de Philip et Francis T.1 : Menaces sur l’empire ” par Nicolas Barral et Pierre Veys


Editions Dargaud (13 Euros)


Ce pastiche officiel et réussi de « Blake et Mortimer » connaît un démarrage à la mesure du succès de la BD dont il s’inspire puisqu’il fait déjà partie des meilleures ventes BD du mois. Riche en clins d’œil multiples tout en restant accessible au grand public, cette parodie vaut aussi par son histoire fort bien élaborée, laquelle n’est autre qu’une vaste digression autour de la misogynie présente dans la série mère créée par Edgar P. Jacobs, en 1946. Il faut dire que les auteurs (Nicolas Barral au dessin et Pierre Veys au scénario) avaient déjà eu une bonne expérience de cet exercice de style puisqu’ils avaient déjà parodiés, avec talent, Sherlock Holmes, dans leur série « Baker Street » (chez Delcourt). Ici, les deux facétieux responsables de cet exercice ludique, qui n’est pas uniquement réservé aux spécialistes, campent le professeur Mortimer en incorrigible glouton (le régime qu’il a entrepris est surveillé sans relâche par son fidèle majordome Nasir) et le capitaine Blake en gosse déluré qui joue encore à Zorro. Bien entendu, le redoutable Olrik est de la partie et sera démasqué pour la nième fois. Le flegme britannique est sérieusement bousculé et les situations, tout comme les dialogues, sont hilarants. Le scénariste (Pierre Veys) nous a concocté une de ses meilleures histoires où tout est tourné en dérision de façon réjouissante, et le dessinateur (Nicolas Barral) a su adapter au mieux son style humoristique et respectueux de la ligne claire jacobsienne : d’ailleurs certaines cases semblent sortir tout droit de «La marque jaune» ou de «S.O.S. météores». On en redemande !


 


“ Central Park ” par Christian Durieux et Jean-Luc Cornette


Editions Dupuis (9,50 Euros)


Les histoires décalées proposées par le scénariste Jean-Luc Cornette sont toujours étranges, intrigantes et très originales. Ce «one-shot» n’échappe pas à la règle. Lors d’un voyage à New York, deux jeunes amoureux européens plongent dans le célèbre poumon vert de la «city» : Central Park. Ils y sont accueilli par un clochard qui se présente comme le gardien du lieu et ils visitent le zoo ; c’est alors que le garçon se retrouve dans une autre réalité où les ours blancs parlent, où des blondes en bikini distribuent des rollers et où sa fiancée le quitte : histoire de nous rappeler que le bonheur peut, en effet, glisser entre nos doigts comme du sable et que le choc provoqué par cette perte peut nous faire divaguer. Ce voyage initiatique envoûtant, mais aussi un peu dérangeant, séduira facilement le lecteur qui voudra bien se laisser bercer par ses émotions ; d’autant plus que le dessin semi réaliste et les couleurs agréables de Christian Durieux facilitent ce passage de l’autre côté du miroir : il convient parfaitement à cet univers singulier, tendre et poétique qui nous rappelle un peu celui d’un Fred ou d’un Forest.


 


“ Le bal des chimères T.1 : Anaïs ” par Fabien Lacaf et Nelly Moriquand


Editions Albin Michel (13,90 Euros)


Cela faisait longtemps que ses copains dessinateurs (Régis Loisel en tête) lui disaient de faire évoluer son style graphique vers ce qu’il pratiquait, depuis quelques années, dans le story-board. Il a fallu attendre cette histoire de secret de famille située dans une impressionnante citadelle militaire fortifiée, à l’entrée des montagnes du Queyras (dans la Drôme), pour que Fabien Lacaf décide de franchir le cap. Le résultat est à la mesure des espérances mais il faut dire que le sympathique dessinateur a été motivé par le scénario écrit par sa compagne Nelly Moriquand (avec laquelle il avait déjà réalisé les excellents «Pêcheurs d’étoiles», série historique passée trop inaperçue dans la collection «Vécu» de chez Glénat) ; il la retrouve donc ici pour notre plus grand plaisir, après avoir fait cavalier seul sur le polar «Macadam» (toujours chez Glénat). Ses croquis nerveux mis à l’aquarelle restituent fort bien l’ambiance romantique fin du 19ème siècle et met en valeur le personnage de cette femme fragile qui revient sur les lieux de son enfance pour accompagner son époux nommé dans la garnison où son père fût commandant. Alors qu’elle lutte contre ses démons intérieurs, elle se retrouve soupçonnée des meurtres de deux jeunes militaires. Ce premier tome est un album exposant les lieux, les personnages et le début de l’intrigue : le lecteur captivé sera donc un peu frustré quand arrivera la dernière page car tout ne fait que commencer. Espérons que la suite arrivera vite…


 


“ Phénomenum T.3 : Opus 2 : Passé composé ” par Marc Védrines et Jérémie Kaminka


Editions Glénat (12 Euros)


Voilà la conclusion d’une série de science-fiction vraiment originale et étonnante qui mélange allègrement un suspense sur un rythme soutenu, des réflexions philosophiques ou historiques sur notre société et une ambiance fantastique teintée de spiritualité. Le héros se réveille 20 ans après avoir été plongé en hibernation et va apprendre à contrôler le pouvoir qu’il a en lui : celui de modifier la vitesse à laquelle fonctionne son organisme et donc d’appréhender le temps plus ou moins rapidement. Dans cet ultime opus, toutefois un peu déroutant, nous découvrons l’origine de ce don surnaturel et son influence universelle sur notre monde : cependant, la fin reste ouverte pour de futures intrigues prévues, du moins nous l’espérons, dans un prochain cycle à venir prochainement. Notons aussi la qualité du dessin, très influencé par les mangas et qu’on pourrait croire un peu décalé par rapport au propos ambitieux de la série, qui participe pleinement à la réussite de cette BD humaniste qui mérite le succès qu’ont obtenu les deux premiers tomes.


 


“ Les tribulations de Pebble & Biozevitch T.1 : Le bras qui bouge ” par Jeff Pourquié et Guillaume Bouzard


Editions AUDIE/Fluide Glacial (9,95 Euros)


Les prolifiques Jeff Pourquié (c’est le dessinateur et il vient de publier également une nouvelle série chez Casterman : «Abel Abigalus», sur des scénarios de Warfi) et Guillaume Bouzard (c’est le scénariste et il est aussi dessinateur comme le prouve l’autre jubilatoire album Fluide Glacial du mois : «Le club des quatre») grimpent petit à petit les échelons du 9ème art. Ils se sont spécialisé dans l’humour absurde ou décalé et leur nouvelle création (pré-publiée dans le célèbre mensuel créé par Gotlib) est une suite de péripéties plus cocasses les unes que les autres mettant en scène une espèce de docteur Frankenstein et son cobaye. Ce dernier, ancien international de rugby ukrainien, a perdu un bras lors d’un stupide accident. Or, un savant du nom de Pebble vient d’inventer quelque chose de révolutionnaire dans le monde de la science et de la médecine : le premier bras qui bouge ! Quelques tests, une greffe et des retouches plus tard, cette brute épaisse de Biozevitch va reprendre du service dans son sport préféré affrontant des hordes de rugbymen sous la douche. Mais le médecin, aussi fou que génial, rêve de devenir le maître du monde et entraîne sa créature dans des cambriolages délirants et dans des démêlés avec le KGB et la mafia. Bouzard et Pourquié donne un bon coup de pied dans le mythe propagé par Mary Shelley et espèrent ainsi devenir des incontournables de Fluide Glacial (ça tombe bien, les places de Maëster et de Coyote seront bientôt libres) : avec cet album, il semblerait bien qu’ils en ont pris le bon chemin !


 


Gilles RATIER


 


 

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