PLUS DE LECTURES DU 31 JANVIER 2005

Au lendemain du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, nous avons sélectionné quelques albums parus en janvier et qui méritent vraiment le détour : “ La voix des anges T.3 : Bonheur-Park ” par Alain Bignon et Rodolphe aux éditions Dargaud, “ Le trio Bonaventure T.2 : Le pays tout en haut ” par Edith et Corcal aux éditions Delcourt, “ Le Serin est un pigeon comme un autre ” par Germain Boudier aux éditions La Boîte à bulles, “ Mes années de jeunesse ” par He Youzhi aux éditions de L’An 2 et “ American Seasons T.1 : 1963 Clara et les nains ” par Romain Renard et Yves Vasseur aux éditions Casterman.

 


La voix des anges T.3 : Bonheur-Park ” par Alain Bignon et Rodolphe


Editions Dargaud (13 Euros)


«Bonheur-Park», troisième et dernier volume de  La voix des anges”, scénarisé par Rodolphe, pour les éditions Dargaud, fait partie de ces albums parus en ce début d’année et qui méritent une lecture attentive. Il  témoigne de l’immense variété des genres de la BD actuelle dont le véritable point commun est de réussir à nous distraire et à nous séduire tout en s’amusant à nous faire réfléchir.. Ce thriller futuriste qui met en avant ce culte hystérique d’un bonheur vide de sens, qui sévit déjà, hélas, dans notre présent, n’a pu être achevé par son créateur graphique Alain Bignon. En effet, il lui restait encore 8 planches à terminer quand la mort, brutale, est venue le faucher le 17 octobre 2003. Sous l’impulsion du scénariste et de l’éditeur, quelques-uns de ses amis dessinateurs (Rossi, Goetzinger, Ferrandez, Juillard, Léo, Mézières, Cabanes, Guarnido, Maucler…), dont le graphisme pouvaient s’accorder au sujet, ont achevé cet album posthume qui se révèle être aussi une belle leçon d’amitié !


 


Le trio Bonaventure T.2 : Le pays tout en haut ” par Edith et Corcal


Editions Delcourt (8,90 Euros)


Trois enfants ont fondé une société secrète et se réunissent, la nuit, sous la table ronde du salon afin d’explorer des mondes inconnus. Lors d’une nouvelle escapade, ils découvrent, dans une vieille malle ayant appartenu à la sœur décédée de leur concierge, des déguisements du moyen âge, un vieux grimoire et la momie d’un être étrange… Les voilà aussitôt proclamés chevaliers et partis à la quête des derniers lupins : l’aventure est au rendez-vous…, dans l’escalier de leur immeuble ! Cette fraîche série destinée principalement aux plus petits (mais que les grands apprécieront également) a notamment reçu le prix BD jeunesse du festival « BD Boum » de Blois, en 2003 : une récompense amplement méritée ! Ce deuxième album confirme toutes les qualités du premier opus : une ambiance onirique, des dialogues enlevés, un ancrage pittoresque dans le quotidien, un coup de crayon chaud et énergique et un travail en couleurs directes qui se marie à merveille avec l’ambiance feutrée de ces histoires d’enfances.


 


Le Serin est un pigeon comme un autre ” par Germain Boudier


Editions La Boîte à bulles (12,50 Euros)


Voilà le type même du premier album, à la sauce franco-belge, qu’il faut encourager : le graphisme évolue de page en page et, si tout est loin d’être parfait, on sent qu’il y a du potentiel, de la personnalité et une technique prometteuse. C’est un polar nonchalant qui se situe dans la banlieue nord de Paris. Le personnage principal est une sorte de détective privé un peu marginal, installé dans une caravane, dans la cour de la maison d’une vielle dame à qui il rend quelques services. Un jour, une prétendue amie de sa sœur vient le voir et évoque « Les galettes de Pont-Aven« . Ce film, auquel le Serin voue un véritable culte, est interprété, entre autres, par Jean-Pierre Marielle qui est, soi-disant, le père de la jolie visiteuse. Comme elle est victime d’un chantage, notre anti-héros (un véritable crétin inconscient) croit tenir l’affaire de sa vie et commence son enquête… foireuse ! La narration est efficace, les personnages sont attachants, le découpage est varié et le dessin (proche du style de Christophe Chabouté) est habilement contrasté : tous ces ingrédients devraient nous amener à prédire un bel avenir à ce jeune auteur diplômé en architecture et déjà récompensé par divers prix aux festivals de Saint-Malo et de Perros-Guirec.


 


Mes années de jeunesse ” par He Youzhi


Editions de L’An 2 (14 Euros)


Né en 1922, à Shangaï, He Youzhi est considéré comme l’un des plus grands auteurs de récits en images de ce vaste pays. Son graphisme, parfaitement identifiable, mêle un trait linéaire très lisible et des compositions traditionnelles, mais, il est pratiquement inconnu en France. Seul l’ouvrage «Bandes dessinées chinoises», édité par le Centre Georges Pompidou, en 1982, publia une de ses courtes BD qu’il réalisa en 1978 : «La combe Chaoyang». En Chine, ses histoires, constituées de dessins se succédant chacun sur une page avec des textes d’accompagnement présentés à l’extérieur du cadre, sont appelées des «lianhuanhua», ce que l’on pourrait traduire littéralement par «images enchaînées» : c’est d’ailleurs cette formulation qui a servi de titre pour la première publication (dans un catalogue d’exposition tiré à très peu d’exemplaires pour le festival d’Angoulême de 1988) de ce recueil autobiographique commandé, en 1987, par les Amitiés franco-chinoises. En 2000, lors d’un séjour en France, il pu rencontrer les élèves de l’ Ecole de l’image d’Angoulême et ses travaux furent exposés. On peut donc dire que cet ouvrage, publié par les angoumoisines éditions de L’An 2, est son premier album véritablement édité en France et qu’il va peut-être lui permettre d ?accéder à une audience moins ciblée. C’est donc une autobiographie mais c’est aussi un témoignage saisissant et riche sur la dureté des conditions de vie pendant les années 1930 à 1940, dans une Chine d’avant la Révolution de 1949, période que l’auteur élude prudemment. Bonne nouvelle, L’An 2 prévoit d’éditer d’autres ouvrages du maître.


 


American Seasons T.1 : 1963 Clara et les nains ” par Romain Renard et Yves Vasseur


Editions Casterman (9,50 Euros)


C’est la première BD du fils de Claude Renard, ancien complice de François Schuiten (lequel signe la post-face de cet album) et professeur de BD au célèbre institut Saint Luc de Bruxelles. Le jeune homme a donc de qui tenir et on sent d’entrée une certaine maturité dans son graphisme proche de l’illustration, produit par un épais crayon noir colorisé ensuite à l’ordinateur. Cet éclairage particulier du trait nous plonge dans une ambiance lourde et obscure qui renoue avec les meilleurs romans noirs de la grande période hollywoodienne. Le héros de ce polar flirtant avec le roman d’espionnage est un enquêteur d’une société américaine d’assurances dans les années 60, alors que nous sommes en pleine crise des missiles. A la veille de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, il est confronté au décès étrange d’un acrobate nain du cirque d’Etat de la République soviétique d’Ukraine, officiellement tombé à l’entraînement. Or, le corps n’a pas de contusions et aucune autopsie n’a été faite. Pour rendre l’affaire encore plus mystérieuse, le policier chargé de l’enquête a quitté la ville, avec femmes et enfants… Le FBI, qui ne dit mot, serait-il dans le coup ? Le scénariste, également un nouveau venu, mélange allégrement la fiction et les faits réels et nous a concocté un cocktail passionnant !


 


Gilles RATIER


 

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