Roulez jeunesse – 3ème et dernière partie

Suite et fin de la sélection des livres « pour enfants » avec ces neuf ouvrages pour les plus grands : Caméra café 3, Yoman kiffe le skate, Motomanio 6, Lucien 25 piges, Le Boss 7, Scott Zombi 3, Mort de trouille 4, Funcky cops, Ami ami à Frisc et Ric Hochet 69

3e partie : Pour les grands

 

 

 

Caméra café, t3, Conseil d’administration va déchirer ce soir, Van Linthout, Stibane, Didgé, Chez Casterman, 9,95 euros.

 

On ne présente plus la célèbre série télé qui s’est imposé en quelques années comme un des succès les plus évident du petit écran. On retrouve pour un second tome tout en dynamisme, les protagonistes de cette description acide du monde de l’entreprise. Sans rien trahir, en conservant les traits de caractère des personnages, et les ressorts humoristiques, cette série sait jouer du support bd pour accentuer ses effets (avec des scènes de baston saignante à la Achille Talon), se payant même le luxe de jouer sur les possibilités visuelles du quadrillage en case pour donner une page 45 digne de grand Fred et de son non sens. Une véritable bd, drôle et mordante, qui, plus qu’un produit dérivé, a su trouver un ton propre respectueux des spécificités de son support.

 

 

 

Yoman kiffe le skate, de Monsieur B, chez Albin Michel, 10 euros.

 

Monsieur B poursuit, dans sa veine caustique, l’exploration des univers cloisonnés de notre société. Avec Yoman, il s’en donne à coeur joie, mêlant les jeux verbaux sur le vocabulaire technique du skate board, et les gags visuels. Surtout, le rythme propre à cette bande rend parfaitement l’atmosphère fun et speed de cette jeunesse qui fait souvent rire à ses dépens. L’album, dont le graphisme a su emprunter sa vélocité aux mangas, se lit d’un trait. Et le plus épatant reste que l’on n’a pas fait que sourire, mais que l’on sait aussi instruit en se gavant de mots nouveaux comme le prouve le glossaire en dernière page, qui permet de vérifier ses acquis.

 

 

 

Motomanio, t6, Les aigles de la route, Holger Aue, Albim Michel, 10 euros.

 

Traduite de l’allemand, cette série qui parle plus directement aux motards sur le mode de l’autodérision, plaira également aux jeunes ados par son humour décapant et souvent direct, voire un tantinet outrancier. Il ne faut pas chercher le second degré dans cette série de gags tournant autour des excès de vitesse et autres travers des fondus de bécane. A offris aussi au Papa motard.

 

 

 

Lucien 25 piges, collectif, Casterman, 10 euros.

 

Pour fêter ce bel anniversaire, Frank Margerin a prêté le temps d’un album son personnage devenue une légende. Toute une équipe s’est donc mise de la partie, notamment Zep et Pétillon. Le résultat ne manque ni d’intérêt ni d’unité, ce qui prouve le sérieux avec lequel les auteurs se sont imprégnés des canons de l’oeuvre. Certains dont même plus vrais que nature (maestria picturale de Gui Davis, véritable faussaire de l’original). L’ensemble est toujours drôle, et prend davantage l’allure d’une série de clins d’oeil que de véritable parodie. Amusant et créatif.

 

 

 

Le Boss, t7, Délocalisation, Bercovici et Zidrou, Dupuis, 8,50 euros.

 

Avec une introduction en forme de clin d’oeil à Gotlib, et une mise en abyme du milieu de l’édition rappelant les grandes heures de Pilote, les auteurs ouvrent le bal avec une description minutieuse et caustique de l’enfer du sérail. LE monde de la bd n’est donc plus cet univers enchanté que l’on décrivait naguère ? Au demeurant, le titre l’indique, l’heure et aux grandes décisions stratégiques et toute la rédaction se délocalise au soleil de l’Amérique du Sud. Petite erreur de pronostic. Le Boss finira par décider d’en revenir aux bonnes vieilles méthodes. Décidément moins sympathique et débonnaire qu’autrefois, le Boss ressemble de plus en plus un grand patron tyrannique à l’américaine. Une allusion à de récents événements peut-être … L’ensemble, de facture résolument classique, parfaitement inscrit dans la tradition de la bd franco-belge humoristique, amuse aimablement tout en distillant quelques vérités bien senties qui donnent à l’ensemble des allures de réquisitoire doux amer sur l’évolution économique en cours. Un rire de plus en plus coloré de jaune si l’on ne fait pas l’économie d’une lecture au second niveau.

 

 

 

Scott Zombi, t3, L’amicale des réducteurs de têtes, Gabrion, Zidrou, Sato, chez Casterman,

 

La jolie et pétulante lieutenante Hélène Stromboli entre en éruption lorsqu’un nouveau corps décapité est retrouvé dans sa juridiction. Dans les taxis ou chez le coiffeur, les crimes se multiplient. Or, une mystérieuse organisation semble se cacher derrière cette macabre série. Revoici l’un des héros les plus improbables de la bd contemporaine : le défunt et néanmoins très actif Scott, fantaisiste zombi au masque de pierrot gentiment amusé dont le sourire éternellement figé contribue à définir le flegme facétieux, mais surtout fin limier non dépourvu d’humour malgré son état de décomposition avancée. Bien dans la veine des plaisanteries de cours d’écoles, rappelant l’engouement pour les abominables crados, cette série manipule avec complaisance et délectation toutes les références sépulcrales possibles et imaginables, dans un festival d’envolées sanguinaires et violentes de membres séparées de leurs corps d’origine. Servant un scénario flirtant avec le gore, le trait, extrêmement souple et expressif sur le mode habituellement aseptisé propre au franco-belge humoristique,, fonctionne ici à contre emploi et contribue largement à définir l’ambiance originale de la série. Atypique et néanmoins férocement drôle. A en perdre la tête.

 

 

 

Mort de trouille, t4, Dans l’ombre de la bête, Mauricet et Vanholme, Casterman, 8,95 euros.

 

Décidément, les vacances champêtres de Max et Robin ne s’annoncent pas de tout repos. Comment en irait-il autrement pour les deux copains dont l’un est le fils d’un médecin légiste et l’autre un véritable Sherlock Holmes en herbe, intrépide et intelligent ? Dans un village isolé de la France profonde, il va leur falloir faire la lumière sur une étrange affaire d’animaux abattus et dépecés. Une ombre aux allures de loup-garou, un prêtre mystique, une vieille bergère au passé mystérieux, et la peur irrationnelle qui s’abat sur des habitants enclins à la superstition, cet album met les nerfs de nos jeunes héros à rude épreuve et offre à leur curiosité inventive une énigme bien cachée. Mêlant comme à leur habitude un style réaliste créant l’effet de véracité et une trame émaillée d’indications fantastiques, les auteurs développent un récit à suspense bien dans la veine actuelle du paranormal. Mais le choix de l’explication rationnelle fait que cette histoire, qui n’est pas sans rappeler les succès de la bibliothèque verte d’antan, fonctionne comme une enquête policière bien amenée et riche en rebondissements. Du divertissement de qualité.

 

 

 

Funcky cops, Ami ami à Frisco, Allaix, Boidin, Heitz, Sapyn, édité par Antefilm production et Casterman.

 

Policiers non conformistes, dévastateurs et forts en gueule, les deux héros tout droit venus du petit écran (diffusion sur M6 le dimanche matin), Ace et Dick promènent leurs look de stars et leur voiture de sport au fils d’une série de courtes aventures détonantes. Un dessin croqué tout en vivacité, directement influencé par les mangas, et un scénario inspiré des séries télé américaines; voici un polar disco qui ne manque ni de tempo ni d’animation. Avec une propension pour les cadrages en plan serrés et contreplongées, et une densité d’action rendu par la saturation des couleurs, l’ensemble évoque l’univers gouailleur de Starsky et Hutch.

 

 

 

Ric Hochet, t69, L’homme de glace, Tibet, Duchâteau, F. et M. Brichau, Le Lombard, 8,30 euros

 

L’aventure rattrape Ric Hochet et ses amis jusqu’aux sports d’hiver. A la suite d’une tentative d’assassinat, ils sont amenés à enquêter sur une secte soupçonnée de se livrer à des expériences de clonage sous la conduite d’un illuminé prétendant descendre de Raspoutine. Arrivés au 69e épisode des aventures du célèbre journaliste à la porsche, dont le nom a été donné il y deux ans à une rue de Roquebrune-sur-Argens (Var), les auteurs peuvent légitimement considérer qu’ils lèguent à la BD franco-belge l’un des ses plus remarquables monuments. Cet opus s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la série, avec sa trame particulièrement rocambolesque et son atmosphère résolument et délectablement rétro. Le scénario multiplie les rebondissements, installant le suspense autour d’un complexe jeu de disparitions-réapparitions, d’enlèvements et d’évasions, de poursuites et d’assassinats, chaque occasion permettant à Ric de  manifester ses incroyables talents d’enquêteur, de conducteur ou de sportif accompli. Quant au dessin, avec sa prédilection pour les cadrages serrés et les décors simplifiés, il fleure bon la tradition des années 1960-1970, remise au goût du jour grâce à de spectaculaires scènes en plongée tout droit tirées du cinéma hollywoodien. Pour autant, l’album reste en phase avec les grands problèmes du moment (ici le clonage, en attendant l’euthanasie) et présente des qualités de dynamisme propres à captiver les jeunes adolescents.

 

 

 

BONNEE ANNEE BEDEPHILE A TOUS ET BONNE LECTURE

 

 

 

Joël DUBOS

 

 

 

 

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