PLUS DE LECTURES DU 10 JANVIER 2005

En ce début d’année 2005, après quelques jours de vacances bien mérités, revoici votre rubrique régulière du lundi ! Avec ces «Plus de lectures» nous vous conseillons quelques albums qui nous ont séduits et nous essayons d’être de plus en plus sélectifs pour vous guider dans la masse de plus en plus importante des BD publiées en Europe francophone. Cette semaine, nos choix se sont portés sur : “ L’Epervier T.6 : Les larmes de Tlaloc ” par Patrice Pellerin aux éditions Dupuis, “ Nestor Burma T.5 : La nuit de Saint-Germain-des-Prés ” par Emmanuel Moynot aux éditions Casterman, “ Olympus T.1 : La boîte de Pandore ” par Butch Guice, Geoff Johns et Kris Grimminger aux éditions Humanoïdes associés, “ Sharaz-De T.2 ” par Sergio Toppi aux éditions Mosquito et “ L’expert T.2 : L’étole du chaman ” par Brada et Frank Giroud aux éditions Glénat.

 


L’Epervier T.6 : Les larmes de Tlaloc ” par Patrice Pellerin


Editions Dupuis (9,80 Euros)


Au XVIIIème siècle, le corsaire noble et breton Yann de Kermeur a été accusé injustement de l’assassinat du vieux comte de Kermellec. Il échappe à la pendaison mais, pourchassé et abandonné par tous, il est contraint de quitter la France à bord d’un navire en direction de Cayenne. Celui qui fut un ancien pirate surnommé L’Epervier compte pourtant bien plaider son innocence avec l’aide d’Agnès, sa compagne d’infortune et petite-fille du comte assassiné, laquelle semble connaître le vrai coupable… Avec ce sixième opus se conclue magistralement le premier cycle de ces aventures au long cours richement documentées et créées dans l’hebdomadaire Spirou en 1994. Pour en goûter tout le sel, nous vous conseillons toutefois de relire l’ensemble de cette série dont combats de flibustiers et chasses au trésor ne sont pas les seuls atouts (le premier tome vous est d’ailleurs offert en achetant celui-ci). Avec son dessin fouillé et très précis, rehaussé par un choix de couleurs et d’ombres approprié, Patrice Pellerin est l’un de nos meilleurs dessinateurs réalistes et historiques ; et ce n’est pas la seule qualité de cet amoureux de la mer puisque sa narration est, dans la lignée d’un Charlier (avec qui il a d’ailleurs travaillé sur deux épisodes de «Barbe Rouge»), d’une fluidité exemplaire. Ce conteur populaire à l’imagination fertile ne prend jamais ses lecteurs pour des imbéciles : tout en étant extrêmement clair dans ses propos, il nous propose des histoires aussi foisonnantes que passionnantes !


 


Nestor Burma T.5 : La nuit de Saint-Germain-des-Prés   par Emmanuel Moynot


Editions Casterman (14,75 Euros)


Reprendre l’adaptation BD, après Jacques Tardi, des célèbres enquêtes du «détective qui met le mystère KO» était un sacré défi ! L’auteur des trop méconnus «Pendant que tu dors, mon amour» et «A quoi tu penses ?» (albums également disponibles chez Casterman) s’en tire fort honorablement en nous montrant qu’il peut assurer la relève dans la continuité. Suivant donc les traces du créateur d’ «Adèle Blanc-Sec» (qui reste avec Eisner et Alexis, l’une de ses principales influences), Emmanuel Moynot a su composer avec son propre style et celui de Tardi ; ce dernier reste directeur artistique du projet (se réservant le droit de reprendre, par la suite, un des épisodes de la série) mais a seulement donné quelques indications à son successeur avant de le laisser continuer librement. Il faut dire que le nouveau dessinateur et adaptateur connaît bien, lui aussi, l’œuvre de Léo Malet (le créateur de Nestor Burma), laquelle est considérée comme l’un des classiques de la littérature policière française du XXème siècle. C’est donc sans aucune difficulté que Moynot a embrassé cet univers débarrassé de quelques uns de ses aspects (comme ce racisme ambiant des plus discutables que l’on retrouvait dans les romans) et s’est ancré dans la réalité du Paris d’autrefois afin d’en exalter la poésie urbaine. A la poursuite d’un voleur de bijoux, Nestor Burma traîne sa pipe et son galurin dans le 6ème arrondissement, parmi les cercles artistiques et intellectuels qui semblent avoir élu domicile là où les meurtres se suivent mais ne se ressemblent pas…


 


Olympus T.1 : La boîte de Pandore ” par Butch Guice, Geoff Johns et Kris Grimminger


Editions Humanoïdes associés (12,60 Euros)


Depuis la résurrection du magazine Métal Hurlant et devant l’importance prise par la BD étrangère (particulièrement américaine en ce qui les concerne), les Humanoïdes associés, comme pas mal d’autres éditeurs européens ont tissé des liens suscitant une collaboration entre des artistes venus d’horizons différents. Cet original (et un brin loufoque) récit d’aventure a été réalisé dans ce cadre éditorial et fait partie des bons résultats obtenus par ces expériences. De jeunes étudiants américains s’accordent, pour leur dernière journée de stage d’archéologie, une séance de plongée dans les profondeurs de la mer Egée. A l’intérieur d’une épave non répertoriée, ils découvrent une étrange urne qui pourrait bien être la fameuse boîte de Pandore. Et voilà que débarque une bande de mercenaires suivis de près par les principaux protagonistes des mythes et légendes de la Grèce ancienne. Certes, le délire fantastique n’est pas à prendre au sérieux mais, comme de nombreuses séries Z des années cinquante, la série possède un charme évident et dégage un surréalisme de bon aloi. Le tout est efficacement mis en image par le style photographique de Butch Guice (le dessinateur réaliste et un brin statique de «Ruse», chez Semic) : son classicisme graphique est défait par une mise en page étonnante alors que son trait qui rejoint l’école d’Alex Raymond est parfumé par des embruns irréalistes empruntés aux maîtres des comics de super-héros des années 80 : John Byrne, Alan Davis, Dave Cockrum… Cette bizarrerie mérite donc le détour, surtout que le suspense «insoutenable» dans lequel nous laisse ce premier tome ne devrait pas durer trop longtemps : l’éditeur annonce déjà le deuxième épisode pour le mois prochain !


 


Sharaz-De T.2 ” par Sergio Toppi


Editions Mosquito (12,50 Euros)


Alors qu’il se limite, depuis quelques années, à des travaux de commandes dans son pays, Sergio Toppi, l’un des plus grands dessinateurs italiens, sort enfin, à 72 ans, la suite de «Sharaz-De», sa magistrale adaptation des «Mille et une nuits», pour le compte de l’éditeur Grenoblois Mosquito. Ce deuxième volume contient trois courts récits où ce maître transalpin du noir et blanc étonne par son style hachuré se rapprochant de la gravure et utilise aussi la couleur de façon fabuleuse : l’une de ces histoires racontées par l’envoûtante courtisane que le roi, avide de nouveaux contes, épargne chaque nuit, en est un témoin incontestable. Manipulant les textes d’origine, Toppi s’amuse aussi avec les décors de cet Orient de pacotille et avec la mise en page, n’hésitant pas à utiliser une pleine page pour un seul dessin : mais quel dessin ! Les originaux, présentés dans une superbe exposition au Festival «Quai des bulles» de Saint Malo, ont laissé pantois tous les visiteurs émerveillés par tant de virtuosité graphique. Espérons que le livre séduira autant ses lecteurs et connaîtra le succès qu’il mérite…


 


“ L’expert T.2 : L’étole du chaman ” par Brada et Frank Giroud


Editions Glénat (12 Euros)


Avec son sens des dialogues et de l’histoire (avec un grand H) auquel il nous a habitué, l’excellent scénariste du «Décalogue» continue, dans le cadre de la mystique collection «Loge noire» dirigée par le sympathique et très compétent Didier Convard, une série qui mélange allègrement enquête policière et roman historique. Comme dans le précédent tome, le lecteur passe du Moyen-Âge (dans la Lituanie du XVème siècle, exactement) au présent, à travers deux histoires qui vont lentement, mais sûrement, se rejoindre. Ce véritable voyage à travers le temps nous raconte les déboires d’un expert artistique de renom qui est mis en défaut par une spécialiste de l’Europe Slave du bas Moyen-âge : le tableau qu’il expose est, d’après elle, un faux grossier car il présente un anachronisme en contradiction flagrante avec la réalité historique. Or, notre expert-collectionneur s’aperçoit qu’il descend de l’un des personnages représentés dans la peinture prise en faux. Au même moment, il devient la cible d’un mystérieux tueur à l’arbalète qui décime tous les descendants de seigneurs félons, responsables d’une tragique épopée. En historien érudit, Frank Giroud précise les faits habilement, jouant sur l’aller-retour entre les deux périodes ; ces dernières sont fort bien illustrées par le Yougoslave Brada, lequel est en grand progrès (en comparaison avec le premier opus). On appréciera particulièrement ses efforts pour rendre plus crédible la partie moderne : son trait convenant déjà parfaitement à la mise en valeur de la période moyenâgeuse.


 


Gilles RATIER


 

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