Roulez jeunesse – 2ème partie

16 chroniques d’un coup ! Après avoir analysé le marché des livres de jeunesse en BD puis proposé une première sélection « pour les petits », Joël Dubos s’intéresse ici aux moyens

 

 

Marion Duval,n° 14, Chantier interdit – La bande à Fred – Tom-Tom et Nana, Subliiiimes ! – Théo Toutou, Cavalcade – Moustic, t5, Ernest le héros – Gargouilles, té, La clé du temps - Mélusine, t 12, La belle et la Bête – Game over, t1, Block raider – Charly, t11, Une vie éternelle – Arthur et le secret de la Mamie, t1 – Gowap n° 7, Gowap à gogo  - L’élève Ducobu, n° 10, Miss Dix sur dix  - Angèle et René n° 8, Qui vivra verra  - Tuff et Koala, t2, La maxi trouille d’Halloween  - Tuff et Koala, t2, La maxi trouille d’Halloween  - Astrid, t1, La barbare academy

 

 

 

 

2e partie : Pour les moyens

 

 

 

Marion Duval,n° 14, Chantier interdit, Pommaux et Masson, chez Bayard, 8,90 euros.

 

Séquestration, effractions, courses poursuites, la courageuse et sympathique Marion Duval mène une vie trépidante et représente l’une de ces jeunes héroïnes à laquelle peuvent s’identifier, l’espace d’une lecture, les adolescentes en mal d’aventures ou d’amitiés. Confrontée aux difficultés d’une famille éclatée, flanquée d’un ami avec qui elle entretient une complicité franche, la jeune fille sait faire face à toutes les situations sans renoncer à suivre sa voie. Il en va ainsi dans cette nouvelle aventure.

 

Alors que son père s’est absenté pour quelques jours, Marion et son copain Gaël découvrent par hasard dans une chapelle en ruine promise à la démolition un passage secret qui conduit à une superbe crypte. Ils se mettent alors en devoir, avec l’aide de l’historien M Caudex, de la sauver des pelleteuses. Rappelant par certains épisodes, les séries cultes de la bibliothèque rose (comme Le club des cinq), cette nouvelle aventure mélange les références culturelles, les réalités très modernes des impératifs financiers et une part de merveilleux. C’est toujours habilement fait, dynamique et captivant, avec en prime une morale édifiante, mais sans pesanteur ni artifice, pour les jeunes lecteurs.

 

 

 

La bande à Fred, Tero, chez Bayard, 8,90 euros.

 

Dans la bande à Fred, il y a de drôle de gamins avec de drôle de problèmes. Entre Noémie la girafe qui ne trouve aucun petit ami à sa taille, Thierry Grobide toujours en train de bâfrer ou Sébastien dit TicTic à cause de ses manies, les déceptions et autres vexations abondent. Heureusement, Fred est là, avec son désir de rendre service et ses solutions parfois géniales, souvent loufoque, régulièrement catastrophique. Le tout donne un album particulièrement drôle, qui alterne humour visuel et jeux de mots, dans un univers où les coups pleuvent, où les grands martyrisent les petits, où les filles font marcher les garçons, mais où finalement le rire triomphe toujours pour relativiser les petits et grands handicaps de l’enfance. Un album sympathique qui n’amusera pas que les plus jeunes.

 

 

 

Tom-Tom et Nana, Subliiiimes!, Cohen, Reberg, Després, Bayard poche.

 

Neuf récits courts nous permettent de retrouver ces deux gamins à l’ancienne qui affrontent les problèmes habituels des adolescents : une mère qui veut choisir la coupe de cheveux de Tom, le problème des mauvaises notes, les invitations aux anniversaires des copains ou le choix des cadeaux de Noël. Enfants espiègles et remuants mais finalement tout à fait dans la tradition, Tom-Tom et Nana sont les héros d’une série rétro à plus d’un titre, avec son dessin en ligne nette, ses scènes de poursuite ou ses problématiques hors du temps. Une sympathique production, qui met en scène une enfance éternelle qui peut aussi bien correspondre à celle des parents actuels. A noter, que, à l’occasion du numéro 32 de la célèbre série, Bayard édite un jeu de 100 cartes pour jouer avec les deux héros, en espérant égaléer le phénomène Pokemon.

 

 

 

Théo Toutou, Cavalcade, D’Yvan Pommaux, chez Bayard, 8,90 euros.

 

Qu’il soit confronté à une mystérieuse disparition de statuettes dans une pièce apparemment inviolable, qu’il doive sauver sa tendre Natacha ou simplement récupérer un livre volé par un vieil ennemi, jamais le chien écrivain ne perd son sang-froid et son astuce. Jouant plus que de coutume sur les effets visuels (dans le musée de cire ou sur le toit d’un immeuble), l’auteur maintient une tension dramatique très théâtralisée qui plaira aux enfants. Bien que les ressorts soit dans cet album un peu tiré pas les cheveux, la recette fonctionne à la mode des romans populaires ou des anciens films. Avec en prime deux pages de non en quête en guise de joyeux Noël.

 

 

 

Moustic, t5, Ernest le héros, par Moski, chez Dargaud, 8,20 euros.

 

Ernest est un petit garçon qui souffre de sa petite taille mais surtout d’un père chômeur. Sauve une première fois pas Moustic et ses amis, il les amène chez lui et leur montre son épée Gigantibur. Par un malheureux accident, l’épée fait soudain apparaître une série de monstres féroces. Ernest se transforme lui aussi en géant pour combattre les forces maléfiques, entraînant Moustic dans une croisade contre le mal dont il aura du mal à sortir. Pastiche des récits d’heroïc fantasy, cette histoire particulièrement animée révèle aussi le danger pour les faibles à vouloir se transformer en redresseur de tort jusqu’à goûter aux plaisirs pernicieux du pouvoir. Drôle, moralisant, parodique, cet album aux traits souples et démonstratif, qui peut se passer de l’écrit (ainsi p 40, montée de manière particulièrement percutante), allie action et réflexion en un aimable mélange. En bonus, dans un genre apaisé mais caustique, une petite histoire finale en 7 pages.

 

 

 

 

 

Gargouilles, t2, La clé du temps, Filippi et Camboni, aux Humanoïdes associés, 12,60 euros

 

Grégoire est un petit garçon intrépide de notre époque, un peu cancre et frondeur, doté de pouvoirs magiques qui le projettent dans le XVIIe siècle, mais le mettent aussi en contact avec les adeptes de la magie blanche et leurs adversaires défenseurs de la force obscure. Chargé de retrouver le chat-muse capable de passer d’un monde à l’autre, avant que sa maléfique tante ne le capture, il doit jongler avec ses divers emplois du temps et aussi commencer son apprentissage de mage. Cette série au premier tome extrêmement prometteur, continue à produire une thématique riche et à dérouler un scénario plein d’imprévus et de rebondissements. Mais, justement, cet album, malgré ses qualités divertissantes et son dynamisme, a du mal à trouver un rythme propre et semble souvent se perdre dans un scénario compliqué par la multiplication des petites péripéties hors d’un fil directeur clair. On peut y voir le résultat de sérieuses contingences. De fait, il ne faut pas négliger la difficulté liée au changement de dessinateur, Cambino prenant au pied levé la succession d’Etienne, et apportant, avec son trait rond et joyeux, une note proche des dessins animés de Disney, effet accentué par l’encrage artificiel de Moulart qui apporte une touche onirique et merveilleuse à ce conte moderne. L’ensemble se révèle drôle, très vif, inventif et d’un grand potentiel narratif, mais quelque peu décousu. Il restera donc, après ce second opus qui offre parfois les aspects d’un tome d’attente et de transition, à retrouver une trame forte et le souffle créatif du premier numéro, sans trop se perdre dans une énumération d’événements qui captent certes l’attention du lecteur, mais au prix d’une frénésie évoquant les productions télévisuelles ou vidéos ennemies du tout temps mort. Le troisième tome sera donc déterminant pour le devenir de la série qui possède, soit dit en passant, toutes les caractéristiques d’un excellent jeu multimedia.

 

 

 

 

 

Mélusine, t 12, La belle et la Bête, Clarke et Gilson, Dupuis, 8,20.

 

Comme chaque année, Mélusine a fait une réapparition remarquée pour Alloween. Toujours flanquée de la pauvre et peu douée Cancrelune, fait fasse aux problèmes de son âge : entre des professeurs tous plus ou moins spéciaux, et une collection impressionnante de voisin et parents tous farfelus à des degrés divers, la jolie étudiante a bien du mal, malgré tous ses dons, à se concentrer sur ses études. Album après album, l’univers de l’apprentie sorcière s’étoffe, respectant avec un humour parodique les codes des contes de fées et autres histoires de vampires, pour mieux en tirer des gags d’une grande unité. C’est toujours drôle et particulièrement sympathique.

 

 

 

Game over, t1, Block raider, Midam, Adam, Augustin, Thiriet, Bercovici, Dupuis, 8,20 euros.

 

Après le succès de Kid Paddel, ce gamin accro de jeux vidéos, voici les aventures de son alter ego virtuel : le personnage de jeu évoluant dans un univers médiéval peuplé de pièges et de monstres qu’il fait évoluer pendant ses interminables parties avec ses potes. voici incontestablement l’une des créations les plus percutante de l’automne, totalement en phase avec l’état d’esprit et les références des cours de récréé. Hilarant, impitoyablement drôle et décalé, produisant un humour corrosif et trash mais toujours cocasse, désopilant et parfaitement révélateur des frustrations vécues par le joueur. Ou les mille et une façons de se faire atrocement avoir. Game over.

 

 

 

Charly, t11, Une vie éternelle, Magda, Lapierre, Dupuis, 9,50 euros

 

En voyage touristique en Egypte, Charly est victime d’un attentat. Il croit alors entrer en contact avec une danseuse antique disparue dans des circonstances tragiques et condamnée depuis à errer entre la vie et la mort. Comme tout bon récit fantastique, cet album peut se lire à deux niveaux : de manière rationnelle, ou au contraire en acceptant l’intrusion de l’étrange dans notre monde contemporain. Conduit de manière sobre et fluide, avec un grand réalisme tant dans le trait que dans le scénario, les dialogues et les psychologies, cet album en prise avec les événements contemporains liés au terrorisme moyen-oriental, a tout pour séduire un lectorat adolescent à même de s’identifier au héros : à la fois acteur essentiel de l’aventure et ado réservé subissant le cours surprenant des choses, Charly, n’étaient ses pouvoirs médiumniques et le cadre de ses exploits, connaît les doutes et les interrogations propres à son âge. Sur une trame rappelant Théophile Gautier, cet album décline au présent une tradition fantastico-romantique qui conjugue le souci du beau, du mystère et de l’exotisme, à la fascination de la mort et d’une certaine volupté tragique, maintenant ainsi la qualité d’une série divertissante parfaitement maîtrisée.

 

 

 

Arthur et le secret de la Mamie, t1, Sevestre, Fouchier, Gibie, Delcourt jeunesse, 8,90 euros.

 

Alors qu’elle va entrer à l’hôpital, sa mamie confie à Arthur un secret et une mission. Le secret concerne l’existence de Théodore, un gentil génie en forme de Baleine. La mission consiste à lui permettre de rentrer chez lui en retrouvant le coffret d’où il est sorti. Voici comment débute cette jolie fable sur l’amitié et les liens qui peuvent unir les enfants et leurs grands-parents. C’est plein de tendresse, cohérent et tout à fait attachant. Les dialogues sonnent juste et le dessin rend bien les interrogations et le ressenti parfois hors de proportion propre à ces âges. Un conte moderne qui renouvelle les anciens thèmes et présente aussi une réflexion sur les rapports humains perçus du point de vue d’une jeune enfant. Avec une chute qui laisse espérer de nouvels épisodes pour cette série fort bien conduite.

 

 

 

Gowap n° 7, Gowap à gogo, Ridel et Mythic, au Lombart, 7,95 euros.

 

Le Gowap, c’est cette drôle de créature domestique, jamais à court d’idées révolutionnaires et toujours source de catastrophes sans nom, mais qui est aussi capable de lire le Finances tribunes.  Inventif et non conformiste, il apporte un vent de folie dans famille bourgoise qui l’accueille. Non sens, gags visuels, jeux de mots, rajeunissement de gags classiques, en strip, récits d’une planche ou en gros dessins d’une page entière, les auteurs s’en donnent à coeur joie. Avec son dessin à l’américaine, Ridel sublime les trait d’humour les plus faibles ou les plus convenus, donnant du rythme et une atmosphère chic et choc à cette série à l’inépuisable inventivité.

 

 

 

L’élève Ducobu, n° 10, Miss Dix sur dix, Godi et Zidrou, au Lombard, 8,30 euros.

 

Avec son pull à rayures jaunes et noires, est ce que l’on appelait autrefois un cancre, facétieux, paresseux, revendicatif, au point de donner des crises de ducobuphobie à son instituteur, bref un incorrigible qui n’a pour seul projet d’avenir que d’être lui-même (belle résolution au demeurant) et adore par dessus tout faire sortir les professeurs de leurs gonds.  Hors voila que la nouvelle élève de la classe, forte en thème qui ne s’en laisse pas compter, s’attache à lui au point de ne plus le quitter de tout l’album. Figurant parmi les derniers représentants d’un genre aujourd’hui quasiment disparu, cette série d’humour potache fleure bon les encrier, les tablier gris et les parties de billes sous les marronniers3.

 

 

 

Angèle et René n° 8, Qui vivra verra, Curd Ridel, Le Lombard, 8,90 euros.

 

Angèle est une adorable petite fille aux cheveux bouclés et aux grands yeux bleus, qui a pour animal de compagnie un sympathique et rondouillard cochonnet qui rappelle les Naf-Naf de Disney. La gentille petite fille sait pourtant ruser pour obtenir ce qu’elle veut et ne recule pas devant quelques solides bêtises. Dans la veine de l’humour enfantin et familial, Angèle occupe une place à part grâce à l’originalité des ressorts comiques produits par son inséparable compagnon à la queue en tire bouchon et son intelligence vive. Un album pétillant. Groin, groin.

 

 

 

Chico Mandarine, Seul contre tous, Azam, Milan, 9,50 euros

 

Chico, déjà encombré d’une mère scientifique à domicile, d’un Papa téléphonique et d’une petite soeur obsédée de ménage, provoque une série de bouleversements domestiques en échangeant sa tortue contre une charolaise qui aime le jus d’orange. L’ensemble tarde à trouver son unité autour de gags assez faibles, au traitement dilué, et s’essouffle entre un humour au 1er degré et une thématique tournant autour des dérives de la sciences ou de la communication moderne, et ce malgré un trait inspiré des dessins de presse qui semble appeler un scénario plus percutant.

 

 

 

 

 

Tuff et Koala, t2, La maxi trouille d’Halloween, Soleil, 9,45 euros

 

De retour de la tournée aux bonbons d’Halloween, Tuff est réveillé en sursaut par des cris lugubres. Ce sont les monstres qui lancent la grande parade destinée à se venger des adultes qui ont mal accueilli les enfants. Mais des méchants ont décidé d’entraver leurs projets. Chaleureusement présenté par Albert Uderzo soi même, ce second opus de la série conserve l’esprit général du premier tome marqué par un rythme nerveux et un humour doux. Avec son trait rond, bien servi par un encrage en couleurs vives et contrastées, ses onomatopées, sa forte expressivité et ses nombreuses péripéties, l’ensemble, qui n’est pas sans rappeler Titeuf autant que Disney, répond aux codes actuels de la BD destinée à la jeunesse. Il n’est jusqu’à l’exploitation de la thématique monstrueuse qui ne corresponde à une tendance actuelle très en vogue chez les petits. Au total, les auteurs nous livrent un album dynamique, à la lisibilité parfaite et d’une vraie richesse sémantique à travers ses jeux de mots et les noms bizarroïdes des protagonistes. Le tout se révèle parfaitement adapté à son public et à l’ambiance hivernale du mois.

 

 

 

Astrid, t1, La barbare academy, Runberg, Friha, Soleil, 9,45 euros

 

Pendant que son jumeau de frère préfère les agréments intellectuels, la petite Astrid, fille d’un chef Vandale, ne rêve que d’exploits guerriers, faisant le désespoir de ses parents. Son impétuosité provoque mille péripéties réjouissantes. Voici un premier tome qui possède toutes les qualités pour lancer une série à succès : un fil directeur clair et riche de potentialités (le garçon manqué), une galerie de personnages dès à présent bien posée (le chef, le sorcier, les proches, les animaux), des ressorts humoristiques aisément reconductibles (jumeaux antinomiques, misogynie à courte vue, choc des générations, etc.) et surtout un ton endiablé et drôle. La composition, couplant les strips brefs avec une trame serrée autour d’une réelle unité thématique, joue de ses qualités : dessin expressif, dialogues vifs et héroïne sympathiquement impétueuse. Entre gags visuels, jeux de mots, pastiches de l’actualité télé ou comique de situation, la gamme couverte est large, gentiment ironique et totalement en phase avec les goûts actuels Cet album, qui part fort avant de faiblir quelque peu, sans jamais ennuyer pour autant, annonce une oeuvre en devenir mais déjà tout à fait prometteuse, de celle que les parents offrent à leurs enfants, pour mieux s’en régaler ensuite.

 

 

 

 

 

BONNEE ANNEE BEDEPHILE A TOUS ET BONNE LECTURE

 

 

 

Joël DUBOS

 

 

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