Trait de Craie

Les éditions Casterman proposent une nouvelle édition du chef d’œuvre à tiroirs de Miguelanxo Prado, paru pour la première fois en album il y a déjà 10 ans.

 


« Il ne s’est pratiquement jamais trouvé trois bateaux pour mouiller en même temps sur cette île… Et quand ça s’est produit, ça a toujours été présage de malheur ». Sara, la seule habitante, avec son fils, d’une minuscule île perdue en pleine mer, conte en ces termes cette étrange prophétie à Ana, une jeune femme déjà passée dans ce lieu il y a tout juste un an et qui prétend y attendre quelqu’un.


C’est sur cet îlot, où les constructions sont réduites à un phare désaffecté, une auberge tenue par Sara, une jetée où mouillent les bateaux et enfin un mur qui recueille les impressions des rares personnes arrivées jusque-là, que Raul décide également de faire escale en ce mois de juin. Doucement, Raul et Ana apprennent à se connaître et à s’apprécier dans ce décor intimiste et silencieux. Jusqu’au moment où un troisième bateau arrive, avec deux hommes à son bord. Ceux-ci, soûls, n’hésitent pas à violer Sara avant de repartir. Ce drame précipitera le départ de Raul, puis de Sara.


Quand Raul se décidera à revenir sur ses pas, rien ne sera plus comme avant.


Entre la réalité et l’imaginaire, Miguelanxo Prado joue sur plusieurs niveaux de lecture et incite celui qui découvre son œuvre à s’accrocher aux moindres détails de l’histoire pour en saisir les clefs. Son travail graphique, qui rend ses contours troubles et dessine sur des planches de couleurs, renforce l’aspect sombre et onirique de la narration, introduisant une dimension supplémentaire dans ce récit où pointe l’influence – revendiquée – de Jorge Luis Borges.


Unanimement considérée comme une œuvre majeure de la bande dessinée, Trait de craie paraît en album aux éditions Casterman, en 1993, après une prépublication dans la revue (À Suivre) entre le n°174 de juillet 1992 et le n°180 de janvier 1993. Cette nouvelle édition, publiée dans la collection « Un Monde », est complétée d’une postface de l’auteur, accompagnée d’une planche parue dans (A Suivre) en 1995, en hommage à Pratt et de deux autres parues dans le dernier numéro d’(A Suivre), en décembre 1997.


 


Laurent Turpin


 

 

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