Plus de lectures n°21 – 9 février 2004

L’homme sans talent » par Tsuge, « Roscoe Stenton T.1 : Shangai » par Micheluzzi, « Un privé à la cambrousse T.8 : Chambre froide » par Heitz, « Les nouvelles aventures de Carland Cross T.1 : L’ombre de l’éventreur » par Wens et Oleffe, « Les Farfelingues T.3 : Les vignes de l’empereur » par Guilmard et Loisel

 


« L’homme sans talent » par Yoshiharu Tsuge


Editions Ego comme X (25 Euros)


Frédéric Boilet en parlait depuis longtemps ! Pour lui c’était même le livre qui lui avait donné envie de continuer à faire de la BD ! A force d’opiniâtreté, il a enfin trouvé un éditeur courageux, prêt à s’investir dans la publication difficile de ce pavé de plus de 200 pages et a lui même traduit ce curieux manga psychanalytique, réalisé par un être hors normes, au parcours difficile. Elevé dans la guerre, l’occupation, la misère sociale et économique…, Yoshiharu Tsuge multipliera les dépressions allant même jusqu’à vouloir mettre fin à sa vie. On ne s’étonnera donc pas qu’il nous donne une vision terrifiante de la nature humaine dans cette sorte d’autobiographie qui est surtout l’aboutissement de la quête de sa propre personnalité. Mettant en scène ses états d?âme tourmentés d’artiste raté avec un cheminement qui accumule les petits riens, l’auteur devrait s’imposer au public francophone comme un poète du désespoir.


 


 « Roscoe Stenton T.1 : Shangai » par Attilio Micheluzzi


Editions Mosquito (12,50 Euros)


Après nous avoir fait (re)découvrir l’œuvre monumentale de Battaglia et de Toppi, les éditions Mosquito poursuivent leur action salvatrice en rééditant un autre grand auteur italien un peu oublié : Attilio Micheluzzi. Dans un premier temps, elles nous ont proposé un inédit inachevé mais fort intéressant («Afghanistan») et, désormais, elles s’attellent à une série mettant en scène un marin scaphandrier appartenant à la flotte américaine du Pacifique, vers la fin des années 1930. Notre héros, un rouquin costaud et baratineur, caricature du beau marin yankee (comme Steve McQueen dans «La canonnière du Yang-tsé» de Robert Wise), court les bars et les bordels des villes escales, s’attirant pas mal d’ennuis avec la population asiatique. On se croirait dans «Terry et les pirates» et même, par moments, dans «Corto Maltese» ! De la bonne BD d’aventure sans grande prétention sauf celle de nous détendre, même si on peut, parfois, y trouver un second degré surréaliste de bon aloi. Notons que cet épisode a connu en France deux éditions en noir et blanc : aux éditions du Cygne en 1983 et chez Magic-Strip en 1990. Ceci dit, cette réédition, en couleur, bénéficie aussi d’une nouvelle traduction (signée Michel Jans) beaucoup plus respectueuse de l’original.


 


« Un privé à la cambrousse T.8 : Chambre froide » par Bruno Heitz


Editions Seuil (10 Euros)


Avec son trait tout simple et ses histoires drôles mais bien charpentées, Bruno Heitz continue à nous donner une vision sans concession (ce qui n’exclut pas beaucoup de tendresse) des mentalités de nos campagnes françaises. Dans cet épisode aussi réussi que les précédents, notre héros, livreur dans une épicerie (dont il est devenu le propriétaire) et détective à ses heures, est embauché par un boucher-charcutier menacé de mort. Le prospère commerçant vient justement de trouver un singulier morceau de viande dans sa chambre froide : savoureux !


 


 


« Les nouvelles aventures de Carland Cross T.1 : L’ombre de l’éventreur » par Isaac Wens et Michel Oleffe


Editions Soleil (9,45 Euros)


Créé au départ comme un ersatz de «Harry Dickson», le célèbre détective de l’étrange imaginé par Jean Ray, «Carland Cross» évolue dans l’ambiance un peu fantastique du Londres des années 30. La série (originellement parue chez Lefrancq de 1991 à 1998) est en cours de réédition au Soleil mais, pour ces nouvelles et étranges enquêtes, le talentueux Olivier Grenson a passé ses crayons au prometteur Isaac Wens, déjà remarqué sur deux petits ouvrages chez Mosquito. Michel Oleffe, un passionné du créateur d’«Harry Dickson», est toujours au commandes du scénario : il nous propose un habile mélange de suspense classique mâtiné de fantastique et d?ésotérisme. Il met ici en scène une nouvelle interprétation des prouesses de Jack l’éventreur (très éloignée de celle d’Alan Moore dans «From Hell») où le repreneur graphique impose d’emblée sa marque, jouant sur des couleurs aussi oppressantes que convaincantes.


 


« Les Farfelingues T.3 : Les vignes de l’empereur » par Pierre Guilmard et Régis Loisel


Editions Vents d’Ouest (12 Euros)


Bien que signée Loisel pour le scénario, cette série pimpante et bucolique est principalement l’œuvre de Pierre Guilmard, un dessinateur dont le talent est hélas trop méconnu. Langage fleuri et situations friponnes permettent, sous couvert d’un propos léger et d’un graphisme grand public, d’aborder des réalités cinglantes. Dans cette troisième aventure, le grand cirque Pazini, résistant à l’éternelle bouderie des spectateurs, s’installe dans une petite commune réputée pour son vin. C’est le début des embrouilles et c’est complètement farfelingue !


 


Gilles RATIER


 

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