« Hamelin » par André Houot

Direction Hamelin, en Allemagne, dans un village qu’on écrit là-bas « Hameln ». Situé en Basse-Saxe, le bourg est au Moyen-Age sans grand intérêt et le serait sûrement resté longtemps si la ville n’était devenue célèbre pour ses rats, plus exactement pour son « meneur de rats », plus exactement encore pour la légende d’un flûtiste exceptionnel, que les frères Grimm ont popularisé à travers le monde sous le titre «  Der Rattenfänger von Hameln  » (L’Attrapeur de rats de Hamelin), en 1816…

Normal que la couverture de l’album ne mentionne pas les deux frères car nombreux sont les auteurs à s’être appropriés cette intrigue (voir la page très complète sur les différentes versions de la légende. C’est pourtant bien à eux qu’on doit la connaissance universelle de cette histoire et qu’Hameln doit sa postérité touristique. « Bien que Hamelin possède un vieux centre médiéval aux constructions remarquablement préservées, l’attraction principale de la ville reste la légende qui y est attachée, nous dit-on sur Internet. Pendant l’été, celle-ci est jouée dans la ville par une troupe d’acteurs ». C’est au 13ème siècle, en effet, qu’un dératiseur habile débarrasse les rues et les maisons infestées de rats en les menant et en les noyant dans la Weser, qui traverse le village. On lui a promis une prime de cent ducats mais la ville n’honore pas sa promesse et le sauveur est même jeté hors du village comme un malpropre. Il revient quelques semaines plus tard et, pour se venger, vide le bourg de tous ses enfants !

À cette situation bien connue, Houot ajoute une trame amoureuse où une jeune fille apparaît comme responsable de la situation. Elle est bientôt traitée comme une sorcière et doit fuir. Cette facette de l’album est bien venue car elle ajoute ainsi une héroïne parfaitement identifiable (et charmante !), étoffant le discours sur l’intolérance (celle des nantis bouffis de mépris face aux pauvres affamés) et sur les croyances ancestrales.

Quelle que soit l’interprétation que l’on donne à ce conte (semeur de mort, croisade d’enfants, etc.), il faut reconnaître à la version dessinée d’André Houot, un impact certain dû à la reconstitution minutieuse, maniaque même, d’un bourg médiéval. Car le voyage est là, dans ces dessins où notre œil circule, arpente, s’approprie les décors, les fouille, les dissèque et, surtout, les admire.

À l’évidence Houot n’a pas choisi les monuments actuels de Hameln et s’est composé un village imaginaire aux constructions éblouissantes. On le sent fasciné par ces façades à colombage, ces boiseries sculptées, ces balustrades finement tournées, ces maisons à plusieurs étages, ces clochers pointant vers le ciel, ces murailles aux portes étonnantes… Les rues sont boueuses, crasseuses et infectes, certes, mais le musée à ciel ouvert qu’il déploie sous nos yeux est un remarquable condensé d’art médiéval où mille détails de la vie quotidienne sont également reportés. Le dessin pointilleux et rigoureux fait indéniablement penser à Bourgeon (et même aux « Compagnons du Crépuscule« ) mais il enchante aussi par la diversité des points de vue et des cadrages.

Bref, on serait bien rat de ne pas y voir un très bel album !

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et sur Facebook !)

 » Hamelin  » par André Houot
Éditions Glénat (13,50 €)

NB : On peut découvrir au passage l’animation créée pour les 725 ans de la légende (en anglais et allemand).

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