« Bienvenue à Hoxford » par Ben Templesmith

Cette semaine, Ben Templesmith vous dit « Bienvenue à Hoxford ». Bienvenue bienvenue, entrez donc, n’ayez pas peur, ce ne sont que quelques psychopathes déchaînés et une poignée de loups-garous monstrueux. Entrez donc, vous dis-je… Vous n’avez rien à craindrrrrrrrrrrrrre…

« Bienvenue à Hoxford » par Ben Templesmith

Ben Templesmith est de retour, et avec lui sa cohorte de monstruosités en clair-obscur, son humour décalé et ses ambiances de fou… Son penchant pour l’horreur n’étant plus à démontrer, il n’est pas étonnant de constater combien il s’est amusé à décliner le genre dans ce « Bienvenue à Hoxford », un comic qui s’attaque à la folie et aux loups-garous en milieu carcéral : tout un programme ! Après les vampires du Grand Nord et un gentleman zombie, c’est donc la lycanthropie qu’explore ici Templesmith, et ce malgré une certaine réticence de départ qu’il nous explique lui-même dans son introduction. Le loup-garou n’est finalement pas le sujet ou l’acteur principal ni l’acmé de cette œuvre, mais une émanation maléfique intervenant dans un milieu précis. Le loup-garou n’est qu’une figure, elle aurait pu être autre, si ce n’est que cette icône du fantastique recèle tout de même des trésors de symbolique, avec toutes les ramifications que cela comprend vis-à-vis de l’histoire humaine et de notre animalité. Non, le vrai sujet de « Bienvenue à Hoxford », c’est surtout le psychopathe Raymond Delgado, et la question de la folie, de la possibilité ou non de la soigner, ainsi que la condition de vie en milieu carcéral. Raymond Delgado fait partie des dangereux psychopathes qu’on transfère dans le terrible pénitencier d’État appelé Hoxford. Une ultra prison impitoyable semblant être tenue par des personnes aussi psychopathes que les détenus… Lorsque le Docteur Jessica Ainley demande au directeur d’Hoxford la permission de voir Delgado, son patient, elle se heurte à un refus malsain. Elle va très vite se rendre compte que quelque chose ne tourne vraiment pas rond à Hoxford, et que des créatures maléfiques sont présentes en ses murs… Avec Delgado, Jessica va essayer de sortir vivante de cet enfer…

Je n’ai pas trop envie de vous en dévoiler plus, car Templesmith n’a pas tiré sur la ficelle et nous offre une œuvre assez courte, dense sans être trop touffue ; je ne voudrais donc pas trop déflorer la simplicité qu’il a installée. On aurait pu se dire qu’avec un tel sujet, il y aurait beaucoup à imaginer afin de nous plonger dans des méandres complexes et angoissants. Templesmith a plutôt fait le choix d’une certaine ascèse, ne profitant pas du contexte pour aller dans la surenchère. On pouvait s’attendre à ce que Delgado dégénère terriblement dans un délire malsain étouffant le lecteur, que l’héroïne serait violée, ou réduite en charpie par les monstres, que l’hémoglobine règnerait jusqu’à noyer l’obscurité en nous enfonçant dans l’effroi le plus absolu. C’est sûr, je vous mentirais en vous disant qu’il n’y a aucune violence dans cette œuvre, qu’aucune atrocité n’y est perpétrée et qu’« Hoxford » est une promenade de santé… Mais je trouve que Templesmith a abordé son thème avec une vraie nuance. Car ce que l’on retient de cet album, ce ne sont ni les décapitations (ouille !) ni les monstrueux lycanthropes (aïe !). Non, ce que nous retenons, c’est l’intention de la doctoresse de suivre ses malades, de les soigner, la réelle inquiétude qu’elle ressent, son besoin de ne pas laisser l’autre dériver, la non-acceptation d’un système inhumain qui broie, et même… l’amour. Un certain amour, oui, entre Jessica et son patient fou dangereux, ce malade otage de son délire aussi lumineux que sanguinaire, percevant malgré tout l’intention sincère de cette femme. Il ressort de la lecture de cet album un drôle de sentiment. D’abord, on se dit que Templesmith aurait peut-être pu éviter d’immiscer cette dimension amoureuse et humaniste à peine voilée qui pourrait être perçue comme trop hollywoodienne. Mais juste après, on ne peut que ressentir un certain trouble, sorte de compassion triste nous faisant dire que ce sont justement ces subtilités de propos qui font toute la valeur de cette œuvre, et qu’on ne peut qu’être touché par cela. Car au sein de l’horreur se cache encore la lumière…

Cecil McKINLEY

« Bienvenue à Hoxford » par Ben Templesmith
Éditions Delcourt (14,95€)

Galerie

Les commentaires sont fermés.