« Frenchman » par Patrick Prugne

En un seul album (« Canoé Bay », scénarisé par Tiburce Oger), Patrick Prugne s’est imposé comme l’auteur phare des éditions de la galerie Daniel Maghen ! Deux ans après, il confirme cette position, plutôt enviable, en récidivant avec un album dans la lignée du précédent, mais dont il assume aussi le scénario.

Donc, côté graphique, c’est le même enchantement : car depuis qu’il utilise l’aquarelle directe, c’est-à-dire depuis la trilogie de « L’Auberge du bout du monde » également scénarisée par Tiburce Oger, notre talentueux graphiste (dont le trait se dégage de plus en plus de l’influence Loiselienne, encore très présente sur ses précédentes œuvrettes) a énormément progressé. Là encore, il multiplie les belles images, tout en variant les prises de vues et les décors ou en déployant une étonnante palette de trognes inoubliables : et si vous en voulez encore plus, qu’à cela ne tienne ! L’éditeur vous gratifie d’un conséquent dossier graphique de vingt-six pages supplémentaires, inclus dans l’album !

Après l’Acadie de 1755, voici donc la Louisiane du début du XIXe siècle ! On y retrouve cette même atmosphère qui nous fait évoquer les romans épiques du style « Le Dernier des Mohicans », ou encore « L’Île au trésor », et cette même volonté de communiquer, au mieux, une évidente passion pour cette période cruciale à la construction du Nouveau Monde…

Trop occupé à conquérir l’Europe, Napoléon 1er a cédé l’immense territoire de la Louisiane aux États-Unis d’Amérique. Un Normand de vingt ans, qui a cru pouvoir être exempté d’armée mais dont les parents ont vendu le ticket gagnant au comte de la région, se retrouve embarqué pour la Nouvelle Orléans. Or, le bénéficiaire de son immunité guerrière, le fils du riche nobliau, n’était pas au courant de la transaction ; comme il est épris de la sœur de ce jeune paysan, il promet à sa douce de lui ramener son frère… Seulement, à peine arrivé, le jeune enrôlé, encore imprégné des idéaux de la Révolution, ne peut s’empêcher de s’opposer à un colon esclavagiste qui maltraite un esclave noir, et il va le tuer… Heureusement, il est sauvé de l’échafaud par un étrange trappeur français qui l’emmène avec lui pour une expédition mouvementée, dans une contrée plus que sauvage. ..

Et, au final, en refermant la dernière des soixante-quatorze planches, époustouflantes sur le plan graphique, de ce récit assez initiatique, le lecteur ne pourra qu’être convaincu, qu’aujourd’hui, Patrick Prugne peut, aisément, se passer de scénariste…

Gilles RATIER pour bdzoom.com

« Frenchman » par Patrick Prugne
Éditions Galerie Daniel Maghen (19 €)

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