« Batwoman » par J. H. Williams III et Greg Rucka

Elle est belle. Elle est fascinante. Elle est inquiétante. Batwoman revient, sublimée par une équipe artistique de tout premier ordre. À regarder et admirer sans modération.

« Batwoman : Élégie pour une ombre »

J. H. Williams III fait partie des rares artistes assez talentueux pour rendre tout ce qu’ils touchent passionnant. Je n’ai eu de cesse ici même de vous chanter ses louanges à propos de son extraordinaire travail sur « Promethea » ou « Desolation Jones », par exemple. Lorsqu’il aborde un personnage, il réussit à le transcender par des ambiances étonnantes et audacieuses qui révèlent d’autres dimensions de sa nature, ce que nous avions pu constater il y a quatre ans avec un personnage aussi emblématique que Batman. En effet, Williams III avait une nouvelle fois fait des merveilles en nous proposant un Batman assez génial où il se servit du scénario de Grant Morrison pour expérimenter des styles graphiques très différents selon les temps de l’action (« L’Île de Monsieur Mayhew »). Un très bel hommage à ce monument DC où son association avec le coloriste Dave Stewart fut aussi fusionnelle que sensationnelle, utilisant teintes classiques, peintures, couleurs tramées à l’ancienne : un bel éventail ! Et toujours les mises en pages inventives de Williams III qui cisèle parfois ses cases selon les formes de la cape de Batman… C’est ce duo que nous retrouvons dans cet album de Batwoman scénarisé par Greg Rucka : « Élégie pour une ombre ». Nouvelle excursion dans le monde de Gotham, et nouveau coup de maître, puisque cet album est une vraie merveille de graphisme, de couleurs, d’esthétique contrastée. Greg Rucka connaît bien l’univers de Batman (n’oublions pas son impeccable « Gotham Central »), mais même si son scénario est honnête, il n’est pas exceptionnel, et c’est bien le spectacle visuel que nous offrent Williams III et Stewart qui donne à cette œuvre sa magnificence.

« Élégie pour une ombre » se trouve dans la vraie continuité graphique de « L’Île de Monsieur Mayhew », mais sans être une redite. Au contraire, Williams III pousse plus avant ses recherches sur les atmosphères propres au batpeople. Toujours les cases en formes d’ailes de chauve-souris, mais aussi les cadres en éclairs, oscillant du noir au rouge, incisifs et électriques, dans des mises en pages éclatant l’espace de la planche pour donner toute sa force aux personnages. Williams III et Stewart font feu de tout bois ; selon les époques et les actions, nous passons de la peinture au travail numérique, du style simple et contrasté à la Michael Lark à la préciosité d’un Tony Harris, alternant les univers visuels sans jamais rendre l’œuvre hétérogène. Miraculeusement, ce patchwork reste cohérent et puissant, créant même une spirale qui participe au rythme et à l’expression de la psyché. C’est un vrai petit chef-d’œuvre graphique, passionnant à découvrir, à explorer, à admirer sans fin. Soyons clairs : Williams III est un artiste plus que brillant, mais son génie vient aussi du choix remarquable de ses coloristes. Ici, Dave Stewart explose littéralement. C’est sublime. Des cheveux rouges de l’héroïne qui éclatent dans l’obscurité jusqu’au travail de son costume si près du corps qu’on y voit les tétons (nous sommes clairement dans la vision d’une Batwoman proche d’Emma Peel) en passant par des phosphorescences et des matières peintes très subtiles, Stewart réalise là une pure merveille chromatique. Au-delà de Rucka, au-delà de Williams III, au-delà de Batwoman, c’est bien Dave Stewart le héros de cet album. C’est assez rare qu’on puisse dire cela d’un coloriste pour le souligner. En conclusion, et même si je ne vous ai rien dit de l’histoire (où vous ferez mieux connaissance avec la nouvelle Batwoman et où vous vibrerez de peur face à cette psychopathe d’Alice), je vous conseille vivement d’ouvrir cet album et d’admirer le spectacle. Beautiful.

Cecil McKINLEY

« Batwoman : Élégie pour une ombre » par J. H. Williams III et Greg Rucka
Éditions Panini Comics (22,00€)

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