Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
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Sylvain Ricard est un scénariste souvent très convainquant, surtout quand il s’adonne à la reconstitution d’évènements historiques où de conflits contemporains. Dans ces évocations souvent ardues, où la bonne documentation est primordiale, la construction de sa narration, déjà très visuelle, devient particulièrement limpide et assurée ; comme ce fut déjà le cas pour « Fille de rien » avec Arnü West chez Futuropolis, « Les Rêves de Milton » avec Maël aux éditions Dupuis et surtout « Banquise » et « Kuklos » (chez Soleil) ou « Clichés Beyrouth 1990 » (aux Humanos) avec Christophe Gaultier.
Il en est de même pour cette première partie d’un récit légèrement déjanté, où les péripéties et les personnages aux sentiments exacerbés évoluent dans un cadre imposé original : dans le Stalingrad ravagé et fantomatique de la fin 1942, une hétéroclite équipe de tournage, missionnée par Staline lui-même, doit tourner, caméra au poing, un film flatteur à la grandeur de l’armée rouge ! Seulement voilà, le réalisateur est un incapable pistonné par son producteur d’oncle, son assistant est l’ancien directeur du centre cinématographique soviétique passé par les camps de rééducation du régime révolutionnaire avec lequel il a un grave contentieux, le jeune ouvrier qui les guide dans la ville dévastée est un idéaliste et le commissaire politique, chargé de veiller à la bonne marche de cette mission destinée à édifier les masses, a donc fort à faire ; même si la vodka coule à flots… D’autant plus que la pression est lourde : ce film doit voir le jour ou, alors, il est bon pour le peloton d’exécution !

Le dessin, aussi jeté qu’expressionniste, de Franck Bourgeron (déjà remarqué sur « Extrême Orient » chez Vents d’Ouest et l’adaptation d’« Aziyadé » chez Futuropolis) exalte cette ambiance dantesque, à mi-chemin entre le drame et la comédie sociale. Il faut dire que ce graphiste est parfaitement rompu à l’art du cadrage, des changements d’angle et des jeux d’ombre… Car c’est un ancien story-boarder qui a travaillé sur de nombreux dessins animés (dont « Cédric » et « Fantomette ») !
Gilles RATIER
« Stalingrad Khronika » T1 par Franck Bourgeron et Sylvain Ricard
Éditions Dupuis (16,95 €)










