Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Stalingrad Khronika » T1
Sylvain Ricard est un scénariste souvent très convainquant, surtout quand il s’adonne à la reconstitution d’évènements historiques où de conflits contemporains. Dans ces évocations souvent ardues, où la bonne documentation est primordiale, la construction de sa narration, déjà très visuelle, devient particulièrement limpide et assurée ; comme ce fut déjà le cas pour « Fille de rien » avec Arnü West chez Futuropolis, « Les Rêves de Milton » avec Maël aux éditions Dupuis et surtout « Banquise » et « Kuklos » (chez Soleil) ou « Clichés Beyrouth 1990 » (aux Humanos) avec Christophe Gaultier.
Il en est de même pour cette première partie d’un récit légèrement déjanté, où les péripéties et les personnages aux sentiments exacerbés évoluent dans un cadre imposé original : dans le Stalingrad ravagé et fantomatique de la fin 1942, une hétéroclite équipe de tournage, missionnée par Staline lui-même, doit tourner, caméra au poing, un film flatteur à la grandeur de l’armée rouge ! Seulement voilà, le réalisateur est un incapable pistonné par son producteur d’oncle, son assistant est l’ancien directeur du centre cinématographique soviétique passé par les camps de rééducation du régime révolutionnaire avec lequel il a un grave contentieux, le jeune ouvrier qui les guide dans la ville dévastée est un idéaliste et le commissaire politique, chargé de veiller à la bonne marche de cette mission destinée à édifier les masses, a donc fort à faire ; même si la vodka coule à flots… D’autant plus que la pression est lourde : ce film doit voir le jour ou, alors, il est bon pour le peloton d’exécution !

Le dessin, aussi jeté qu’expressionniste, de Franck Bourgeron (déjà remarqué sur « Extrême Orient » chez Vents d’Ouest et l’adaptation d’« Aziyadé » chez Futuropolis) exalte cette ambiance dantesque, à mi-chemin entre le drame et la comédie sociale. Il faut dire que ce graphiste est parfaitement rompu à l’art du cadrage, des changements d’angle et des jeux d’ombre… Car c’est un ancien story-boarder qui a travaillé sur de nombreux dessins animés (dont « Cédric » et « Fantomette ») !
Gilles RATIER
« Stalingrad Khronika » T1 par Franck Bourgeron et Sylvain Ricard
Éditions Dupuis (16,95 €)









