« Chaabi » T3 par X. Delaporte et R. Marazano

Le récit se situe de nos jours, province de Samastipur, dans l’état de Bihar au nord de l’Inde, un état densément peuplé, peu développé sur le plan économique où la pauvreté est très importante. Dans le premier tome (paru en 2007), nous y rencontrions Mayome Banerjee, une journaliste de Calcutta et son chauffeur arrivant chez les Pindharis, des bandes de brigands fédérés en armé…

Elle y apprenait que deux de ses partisans, Chaabi et Sondeep, deux figures emblématiques de la révolution, avaient été tués dans une embuscade. Chaabi, qu’elle avait rencontré avant sa disparition, menait depuis plusieurs années une révolte populaire contre le gouvernement de la région, un combat pour la dignité de ses frères d’esclavage : les enfants. Dès lors, Mayome interroge, enquête, s’attachant à découvrir qui était vraiment l’idéaliste Chaabi et ses frères d’armes : le vieux Basu, ex-assassin de grands chemins, Sondeep, une vie de bidonville et un destin de meurtrier, ou Sanjay, fils d’un brigand des montagnes… Tous, autant qu’ils sont et parce que leur passé les leste lourdement, luttent pour changer la vie, la leur et celle de tous les autres, aux côtés de Chaabi, personnage charismatique, certes, mais un gosse !

Qu’est-ce qui a pu permettre à cet enfant d’emporter l’adhésion et de mener se troupes ? Mayome Banerjee veut tout savoir de lui, de ses origines, de ses parents qui, en manque d’argent, l’ont vendu à l’âge de 5 ans, faisant de lui un esclave dans une mine de souffre, travaillant dans des conditions inhumaines et humiliantes. En d’incessants allers-retours entre présent et passé se construit un portrait, mieux, un destin de combattant, de chef de guerre, loin de la non-violence d’un Gandhi. Les causes de son engagement et de sa révolte sont alors évidentes, légitimes, celles d’une Inde acculée, où les castes sont par trop immuables et où la religion adoucit bien des ambitions terrestres. Richard Marazano brosse là une évocation sans concession de l’Inde d’aujourd’hui, mise en images par le dessin assez sec, réaliste et classique, de Xavier Delaporte, dessinateur qui s’est bonifié au fil de ces trois albums, et que les couleurs d’Isabelle Cochet « relancent » bien, il faut le souligner.

Les amoureux de l’Inde seront portés par cette histoire de chef rebelle de 12 ans et d’enfants soldats, pas de ceux qui sont manipulés par des adultes sanguinaires, mais de ceux qui veulent sauver leur peuple. Pourtant, alors qu’une victoire décisive se profilait pour les insurgés, ce troisième et dernier tome révèle comment, suite à une traîtrise, Chaabi fut tué lors d’une embuscade fatale…

Alors, bon voyage ? Pas si sûr ! Cette Inde-là n’incite guère à la rêverie…

Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)

« Chaabi » T3 par Xavier Delaporte et Richard Marazano

Éditions Futuropolis (15 €)

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