« Amatsuki » T1 par Shinobu Takayama

Sur fond de mythologie et de mélange de technologie présente et passée,  » Amatasukii  » transporte le lecteur dans un monde qui n’est pas si lointain, mais tellement différent du nôtre : le grand Édo.


Être un cancre à l’école peut conduire à visiter une expo grandeur nature. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

Le jeune Tokidoki Rikugoa a de grosses lacunes en histoire. Il est envoyé, avec d’autres élèves de sa classe, dans un musée sur le Japon ancien. Celui-ci a la particularité de reconstituer la période d’Édo à l’aide des dernières technologies et offre une immersion totale lorsque l’on porte des lunettes spéciales permettant de simuler certaines parties comme le ciel ou des artisans au travail.


L’explication sur le fonctionnement des lunettes. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

Alors qu’il cherche son chemin, Tokidoki est attaqué par un animal surnaturel. Cette rencontre le fera basculer du XXIe vers le XIXe siècle. Blessé à l’œil gauche, il est recueilli par un moine qui l’hébergera tout comme il abrite Kon Shinonome, un autre étudiant qui est pour sa part prisonnier de ce monde depuis deux ans.

 » Amatasuki  » est le premier manga publié en recueil de Shinobu Takayama (1). Et pour une première œuvre, c’est un coup de maître. Rapidement adapté en animation pour une série de 13 épisodes produite par le studio Deen en 2008. Cette version sera un peu décevante contrairement au manga. L’animé reprenant plus les mauvais côtés de l’intrigue, tout en ne suivants pas fidèlement l’intrigue originale. De plus, le graphisme est banal et beaucoup moins travaillé que dans le manga.


Galerie des personnages principaux en version SD. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

Il est difficile de rentrer dans l’histoire d’ » Amatasuki « . La construction narrative un peu confuse cache pourtant de bonnes idées. Les passages de combats sont expédiés rapidement et la multiplication des intervenants rend leurs suivis compliqués. De même qu’il est difficile de situer les personnages dans leur environnement, les décors n’étant présents que lorsqu’ils sont strictement nécessaires. Shinobu Takayama fait le minimum syndical, que ce soit en matière du scénario comme de dessin. Pourtant, ces défauts se font rapidement oublier. Le graphisme général est particulièrement agréable et les personnages sont bien typés. Ils ont chacun leurs caractéristiques propres, on ne peut pas les mélanger. Les attitudes générales, que ce soit dans la posture ou dans les expressions du visage, sont extrêmement bien rendues. On sent que tout ce petit monde pourrait être vivant. Les variations de plans sont nombreuses : plongé, contre plongé, face, dos, plans d’ensemble, etc. Shinobu Takayama maîtrise parfaitement son dessin afin d’éviter la monotonie.





La rencontre de Toki et du Yokai qui le fera basculer dans l’autre monde. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

Loin de la science-fiction pure, le passage dans le passé se fait tout en douceur. Le lecteur est orienté vers la mythologie ancienne et Shinobu Takayama s’est visiblement bien documenté sur cette période de transition au Japon. L’avantage d’être un homme venant du futur est évidemment d’avoir des connaissances bien supérieures par rapport aux autochtones de l’époque. Si les leçons de physique de Tokidoki lui servent de temps en temps, il ne met pas vraiment à profit son savoir et c’est bien dommage. Il se laisse porter par ce monde comme il le faisait dans le présent. Ce comportement peut sembler décalé, surtout lorsque l’on imagine le changement de confort qu’il doit subir. L’histoire aurait mérité un petit approfondissement supplémentaire. Le déroulement des événements est assez lent, mais cela correspond bien au ressenti concernant le mode de vie de l’époque ou certaines personnes, plutôt haut placées, se laissaient vivre.


Coincé dans le passé, autant essayer de s’entendre avec les autres. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

Le héros est capable d’apercevoir les Yokai, créatures mythologie japonaises, contrairement à la plupart des protagonistes. Ce pouvoir apporte un peu de piment supplémentaire à l’histoire et offre son lot de situations incongrues. Le sujet est peu exploité dans ce premier volume, mais devrait s’approfondir par la suite. Par contre, n’espérez pas, en tant qu’occidentaux, en apprendre beaucoup plus sur la culture japonaise d’il y a deux siècles, tout est traité de manière superficielle et l’Histoire n’est pas le sujet. L’auteur prend d’ailleurs de grosses libertés par rapport à ça. Petit plus, le traducteur a multiplié les notes de bas de casse afin d’expliquer la plupart des spécificités historiques présentes dans ce manga. Excellent point, à la fois culturellement parlant et pour la compréhension générale de l’histoire. Ces anecdotes étant souvent évidentes pour les Japonais.


Extrait des illustrations couleur des trois premières couvertures. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.

 » Amatasuki  » reste un bon manga. Les dessins séduiront les jeunes garçons et l’histoire, facilement abordable, le met à la portée d’un large public. Un bon titre, bien plus intéressant dans sa version papier que dans sa version animé. De plus, les couvertures sont de toute beauté. À la fois sobres avec leurs fonds blancs, et travaillées avec des jeux de lumière et de nombreux détails sur les étoffes. Un vrai régal. Shinobu Takayama est une auteure dont on devrait entendre parler.

Gwenaël JACQUET

 » Amatasuki  » T1 par Shinobu Takayama

Édition Kaze Shônen up ! (7,50€)

ISBN : 978-2-82030-065-2

(1) Elle a commencé sa carrière avec deux histoires courtes :  » Enra enra  » et  » Kagome no tori haima doko he  » toutes deux parues en 2003, juste avant  » Amatsuki « .

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