« Mon Pépé est un fantôme » T4

Napoléon Tran a dix ans, une mère corse et un père vietnamien. Pas facile, toujours, de concilier cette double culture dont il est issu ! Les pépés corses disent de lui : « C’est le petit Napoléon, le fils de Marie-Ange, celle qui a épousé le pinzutu qui mange le figatelli avec les baguettes. »

Au moment où l’on fait sa connaissance dans la première saison parue en septembre 2008, Napoléon vit une période difficile. Son Pépé Tran adoré vient de mourir d’un cancer et ses parents, préoccupés par leur divorce, ne sont guère disponibles pour aider Napoléon à traverser ce moment douloureux. Aussi, Pépé Tran décide-t-il de revenir de l’autre monde pour accompagner son petit-fils. Il devient donc un fantôme que seul Napoléon voit et entend. Ils peuvent ainsi partager les bons moments et les fêlures de la vie.

Dans ce nouvel épisode, on retrouve Napoléon, sa maman, Marie-Ange et deux de ses copains, Amadeus et Miguel, en partance pour la Corse. Bien sûr, Pépé est du voyage, mais seul Napoléon le sait. Pépé a revêtu la panoplie du parfait touriste : chemise à fleurs, bermuda, tongs, chapeau et appareil photo. Et, lorsque le mal de mer (plus dérangeant que la chimio, dit-il) le laissera enfin en paix, il est bien décidé à profiter pleinement de son mois de vacances, sur cette île si pittoresque et exotique !
La petite troupe arrive enfin dans la montagne, au village de Mezzavoce : « 250 âmes et 3 français », indique le panneau ! C’est là que vivent les grands-parents de Napoléon. Celui-ci retrouve les amis du village et initie Amadeus et Miguel à la rude gastronomie corse : la polenta, la purée de châtaignes, le figatelli, et le fameux fromage, si odorant …
Napoléon pense toujours à son amie Joséphine, dont il est si amoureux qu’il en perd l’appétit. Mais il y a aussi Clara, la jolie Corse, à laquelle il s’est fiancé officiellement deux ans auparavant, et qui ne cesse de le lui rappeler. Ange, le frère aîné de cette dernière, y veille également et il serait bien capable de déclencher une vendetta si Napoléon se défilait. Car Ange est un nationaliste pur jus, portant cagoule lorsqu’il s’agit d’aller taguer les maisons des continentaux. Miguel va l’apprendre à ses dépens !
Sous le regard goguenard des pépés du village, qui observent la vie, du banc où ils sont éternellement assis, Napoléon et ses amis s’agitent, jouent, discutent. Miguel et Amadeus découvrent les coutumes locales, qu’ils ont parfois du mal à bien saisir. Marie-Ange retrouve un ancien ami pilote et prend un peu de hauteur, tandis que Pépé Tran prend du bon temps et des bains de soleil.
Mais bientôt, Napoléon se sent mal : comment concilier l’amour qu’il porte à Joséphine et le serment qu’il a fait à Clara ? Un serment se respecte sur l’île de Beauté et les insulaires ne badinent pas avec le code de l’honneur ! Une seule solution pour Napoléon : prendre la poudre d’escampette et le maquis …

Voici un quatrième album très réussi, porté par une histoire intelligente, et des dialogues ciselés et percutants. Pour la première fois, l’album raconte une histoire complète, où il est question de découvertes, d’amour, de serment et de trahison. Ces questions essentielles, auxquelles Napoléon est confronté, sont abordées de manière très fine, sans pesanteur aucune, où l’humour affleure toujours au bon moment. On sent aussi que le jeune héros évolue, qu’il grandit, qu’il aborde certaines expériences avec davantage de recul. D’ailleurs, le personnage de Pépé Tran est moins présent que dans les trois premiers albums. Il est en vacances, inaugurant une nouvelle période de son après-vie, que Napoléon appelle le R.E.P.A.S., c’est-à-dire « Reposer En Paix Et Au Soleil » ! Ce n’est sans doute pas un hasard. Le petit-fils a moins besoin de son grand-père.
Décidément, cette série, concoctée par deux grands de la bande dessinée, est une excellente bande dessinée pour la jeunesse, à recommander chaudement, aux enfants continentaux comme aux insulaires !

Catherine GENTILE

Et il se trouve que cet album a également suscité des envies de voyages à Didier Quella-Guyot qui en aurait bien fait aussi le sujet de sa rubrique  » BD Voyages  » : alors laissons lui la place…

Juillet approche, c’est le moment d’envoyer les enfants chez les grands-parents. C’est sûrement ce que sont dits les auteurs de la série jeunesse  » Mon pépé est un fantôme  » en invitant leur héros en Corse. Après tout, il s’appelle… Napoléon !

Le quatrième volet ne résiste donc pas à l’exotisme culturel de l’île de Beauté où l’on retrouve, par le biais d’une bande de gosses qui se chamaillent, les « travers » habituels sur l’importance de la lignée et une certaine façon de gérer les conflits (honneur et vendetta, évidemment !), mais également les beautés du maquis et des plages et l’importance des spécialités (châtaignes et fromage avec les vers !). Avec humour et une évidente tendresse, les auteurs distillent, avec quelques clichés, certes (mais peut-on les éviter?), humour et piques, voire des remarques que seuls les adultes sauront apprécier.

Il faut tout de même indiquer que cette série qui est pré-publiée dans l’hebdomadaire Spirou, sous couvert de divertissement jeunesse, nous avait habitués à des sujets autrement plus sérieux. Quand on rencontre le petit Napoléon Tran, dans le tome 1, il vient de perdre son grand-père bien aimé au moment même où ses parents sont plus occupés à divorcer qu’à prendre soin de lui. C’est alors que Pépé Tran, d’origine vietnamienne, décide de jouer les fantômes. Suivent alors des épisodes où le grand-père, qui n’est visible que par Napoléon, compose avec son petit-fils un véritable duo de larrons en foire… Dans le tome 2, comme Napoléon prétend que son grand-père est revenu, ses parents consultent un psychologue. Pour le soigner et l’aider, ils lui achètent un iguane, Iggy, qui constitue une totale réussite tant graphique que « caractérielle ». Mais, très vite, le grand-père est jaloux de cet animal de compagnie et préfère quitter la maison… Enfin, dans le tome 3, Napoléon tombe amoureux et aimerait bien se confier à quelqu’un mais son psy, sa famille ou sa grand-mère qui perd la mémoire, sont mobilisés par leurs propres problèmes…

La vie de famille est ainsi abordée sans complaisance, ni mièvrerie, puisqu’on y évoque avec fantaisie et intelligence des thèmes très actuels : divorce, adultère, couples mixtes, maladie d’Alzheimer, identité sexuelle… C’est plein d’humour et de pédagogie puisque le tome 3 comptera même un dossier final pour les parents sur le décès d’un proche, le divorce, le regard des autres, « l’animalothérapie », la vieillesse, les émois amoureux, la maladie…

Par conséquent, avec ce tome 4, c’est vraiment le dépaysement qu’on peut prolonger en relisant « Astérix en Corse » ou « L’Enquête corse » de  » Jack Palmer « .

Un petit aperçu en musique et en images.

Alors, bon voyage.

Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)

« Mon Pépé est un fantôme » T4 («Saison corse ») par Nicolas Barral et TaDuc
Éditions Dupuis (10,45 €)

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