DAVID PASCAL EST DÉCÉDÉ, A NEW YORK, LE 3 MARS 2003,

David Pascal est né en 1918. Il suit des cours à l’American Artists School. Il publie des cartoons et des illustrations dans les grandes publications aux Etats-Unis et à l’étranger. Il a illustré de nombreux ouvrages. Dans The Silly Knight, il emploie un rapport séquentiel de texte et image

Ses peintures et dessins ont été exposés par la Society of Illustrators dans à plusieurs musées dont le Museu de Arte à Sao Paulo au Brésil, en la Chapelle de l’École des beaux arts à Paris. Professeur en journalisme graphique à The School of Visual Arts de New York. Il représentait la National Cartoonist Society comme membre délégué à l’étranger. Il organise pour la partie américaine, à New York, en avril 1972, le plus importante rencontre de dessinateurs et éditeurs (Plus de 1000 professionnels), manifestation reconduite en 1976 et 1983.. Membre d’Imagine organisateur du Salon International des Comics de Lucca puis d’Expocartoon, C’est lui qui fait découvrir en Europe, lors de soirées de projections de diapositives dans les caves de l’Hôtel Napoléon, a Lucca, les premiers dessins underground de Lynch, Moscoso et de Crumb.Correspondant pendant de longues années de la SOCERLID et de la SFBD.

Coauteur de Comics chez Graphis, il publie chez Glenat et chez Dargaud deux ouvrages où l’on retrouve ses recherches graphiques. Par ses articles il a contribué d’une manière décisive à la recherche mondiale de la bande dessinée.


Nous publions en souvenir de notre ami David, la préface qu’il avait écrite pour l’ouvrage Comics, ouvrage essentiel pour sa contribution à la reconnaissance de la bande dessinée comme un moyen de communication de masse, où l’on retrouvait les signatures de Pierre Couperie, Alain Resnais, Umberto Ecco, Claude Moliterni, Archie Goodwin Les Daniels, Jules Feiffer, Robert Weaver et Milton Glaser


 


La bande dessinée est un art du vingtième siècle.


Ce n’est pas par hasard que la photographie, le cinéma et la bande dessinée se sont développés simultanément et fournissent chaque année des milliards d’images à la consommation de millions d’êtres humains. Ils constituent des sources nouvelles d’information qui brisent le monopole de fait, plusieurs fois centenaire, du texte imprimé. Mais ils consti­tuent aussi un puissant levier de démocratisation.


C’est Marcel Duchamp qui a observé que la peinture est le dernier des arts manuscrits, puisqu’un tableau ne se transforme plus une fois qu’il est sorti de l’atelier du peintre. Les manuscrits livrés par les autres arts sont transformés en films, pièces de théâtre, romans, émissions télévisées ou enregistrements sonores. La distribution de masse d’une société industrielle avancée produit un art massifié.


L’invention des rotatives à grande vitesse et les changements radicaux qui en ont résulté pour la diffusion planétaire de l’information ont forcément influencé la forme et le contenu de la bande dessinée, qui est une technique imprimée. Les bandes dessinées viennent souvent atterrir sur la table familiale ou les sièges d’un moyen de transport collectif.


La bande dessinée a recours au texte et à l’image. Pourtant, elle n’est pas illustration, mais autre chose, quelque chose de complètement indépendant et spécifique. Dès ses débuts, la bande dessinée a prévu et annoncé par son unité intégrée texte-image la transformation en profondeur de notre environnement sous l’impact de la révolution visuelle qui, un demi-siècle plus tard, devait ébranler les assises de la littérature écrite.


La bande dessinée a pour support une armure de langage-image suivant laquelle se tissent en chaîne et en trame des romans pictographiques, en un jeu temporel, spatial et diégétique que n’atteint aucun autre art, pas même le cinéma, qui doit planter des décors, engager des acteurs de chair. Alors que le même artiste peut dessiner une collision de mondes ou le gros plan d’une larme intensément dramatique. Les bulles et les procédés de narration enferment le lecteur dans des niveaux de compréhension permanents au sein d’une page donnée. L’art de la bande dessinée caractérise notre époque comme l’art rupestre celle du néolithique.


La documentation existante n’a pas encore été exploitée en fonction des besoins du professionnel et de l’étudiant des arts visuels. C’est ce que se propose de faire GRAPHIS dans l’intérêt de ses lecteurs, en explorant par-delà la «banalité» de surface de la B.D. sa signification en profondeur et les arcanes de la création d’un moyen d’expression artistique encore peu étudié en tant que tel. Des créateurs contemporains ont accepté de se pencher sur l’histoire et la dynamique de la B.D. pour constituer un cadre de référence révélateur de la place de la B.D. parmi les arts narratifs.


Au fil des jours, les bandes dessinées ont sécrété de nouvelles mythologies à l’usage de ce 20e siècle déconcertant où le temps se comprime et la machine étend son règne. Le miroir familier des comic strips a reflété fidèlement les guerres mondiales, les mutations morales, les cataclysmes individuels et sociaux d’un âge nouveau régi par une dynamique nouvelle. Les B.D. inspirées des classiques édulcorés de la littérature n’ont jamais eu de succès. La bande dessinée produit ses propres mythes, ses propres héros, qui varient avec les générations, comme dans les autres arts. C’est ainsi que se révèle l’identité des textes courants d’un journal et des mots et images «imaginés» de la page de B.D.


Le journal est réel.


La bande dessinée est un art.


 David Pascal


1972

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