Disparition de Claude Dubois : Sylvain et Sylvette perdent l’un de leurs pères adoptifs !

Pierre Tranchand nous apprend le décès du dessinateur Claude Dubois, qui a eu lieu le 21 décembre dernier. Pendant près de 30 ans, Claude Dubois a animé les aventures de Sylvain et Sylvette dans Fripounet et Marisette,mais aussi celles de Perlin et Pinpin dans le journal éponyme. La signature de ce discret successeur de Maurice Cuvillier — le créateur des personnages — a fait rêver plusieurs générations de jeunes lecteurs catholiques, mais pas seulement.

Première BD publiée dans La Vie du rail (20/10/1952).

Né le 15 décembre 1934, Claude Dubois nous a quittés le 21 décembre dernier, dans sa ville natale de Vandœuvre-lès-Nancy, à l’âge de 88 ans.

Très tôt passionné par le dessin — qu’il étudie aux Beaux-Arts de Nancy —, il publie ses premiers dessins d’humour dans L’Est républicain en 1947.

Il devient professionnel en 1950, réalisant de nombreux dessins d’humour pour la presse et plus particulièrement pour La Vie du rail où il signe la bande dessinée « Dany Clic et Alain » en 1956.

Claude Dubois entre à Fleurus presse en 1958, signant illustrations, jeux, bricolages et récits complets dans Cœurs vaillants, Âmes vaillantes, Fripounet et Marisette ou Perlin et Pinpin.

Après le décès de Maurice Cuvillier en 1957, plusieurs dessinateurs sont testés sur les séries « Sylvain et Sylvette » et « Perlin et Pinpin » : notamment Jean Dupin, Pierre Chéry, Michel Gellens, Jean-Louis Pesch et Claude Dubois.

En 1959, Dubois reprend seul — pour Fripounet et Marisette — les aventures de Sylvain, de sa sœur Sylvette et de leurs animaux : Jean-Louis Pesch réalisant — pour les albums de la collection Fleurette — des récits inédits dans le journal.

Ce système se poursuit jusqu’à la disparition de l’hebdomadaire en 1986. Les histoires de Claude Dubois, parfois écrites avec le concours de Robert Génin, ont été réunies dans une centaine d’albums de la collection Fleurette, de 1959 à 1979, dans un format à l’italienne.

Au cours des années 1950-1970, le succès est énorme, certains albums dépassant les dix retirages.

Collection Fleurette.

Si Jean-Louis Pesch demeure fidèle à l’esprit traditionnel de Maurice Cuvillier, dont il entretient aujourd’hui encore la mémoire — à 94 ans ! —, Claude Dubois modernise l’esprit de la série, tant du point de vue graphique que scénaristique.

Dès le lancement en 1956 de l’hebdomadaire Perlin et Pinpin, il réalise des couvertures représentant le duo de lutins jusqu’ici présent dans Âmes vaillantes, alors repris par Michel Gellens, puis par Jean Dupin jusqu’en 1962.

Claude Dubois succède à ce dernier, accordant de plus en plus d’importance au singe Congo — rebaptisé Kiligolo — qui, au fil du temps, remplace les deux héros d’origine, quelque peu démodés.

La série, désormais titrée « Kiligolo », se poursuit jusqu’en 1986, alors que Fleurus presse — en déconfiture — transforme ses journaux.

Licencié, comme bien d’autres dessinateurs de l’éditeur catholique en difficulté, en 1986, il se tourne vers la publicité,tout en illustrant des livres pour la collection Quintessence International et pour CLE International chez Nathan. À partir de 1970, il réalise des peintures présentées au fil d’une trentaine d’expositions personnelles ou de groupe.

On lui doit aussi la création de quelques personnages de son cru, héros de récits complets publiés par Fripounet et Marisette : Onésime Poinsurli à partir 1957 et Ornicar à partir de 1960.

Notons un bref passage à l’hebdomadaire Nade de la Bonne Presse — titre qui succède à Bernadette — au milieu des années 1960.

La microédition lui donne l’idée de créer, en 2006, les éditions Bonnet bleu, dont le but est de réunir en albums les épisodes de « Sylvain et Sylvette » demeurés inédits sous cette forme.

Il vend ces ouvrages — aux tirages limités à quelque 200 exemplaires — au cours de séances de dédicaces organisées dans sa région.

C’est un plaisir pour lui de rencontrer pour la première fois ses vieux lecteurs, ce qu’il n’avait jamais eu l’occasion de faire du temps de Fleurus.

Passionné par Internet, il proposait régulièrement sur claudeduboisbdetc.blogspot.com des dessins inédits dans l’univers de Sylvain et Sylvette.

Les derniers — au trait pétant de jeunesse — datent du printemps 2022.

Claude Dubois était un homme modeste et discret, que la vente de ses albums n’a pas enrichi, malgré des tirages totalisant plusieurs millions d’exemplaires, à faire rêver bien des auteurs plus connus que lui.

Un original de « Perlin et Pinpin ».

Projetant la réalisation d’un ouvrage sur « Sylvain et Sylvette », qui n’a pas vu le jour, j’avais eu l’occasion de dialoguer par téléphone avec lui pendant de longues heures. J’en conserve un souvenir à la fois nostalgique et émerveillé.

À son épouse Huguette, à ses enfants et petits-enfants, BDzoom.com présente ses plus sincères condoléances.

Henri FILIPPINI

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4 réponses à Disparition de Claude Dubois : Sylvain et Sylvette perdent l’un de leurs pères adoptifs !

  1. vincent dano dit :

    Sniff!
    Son dessin a bercé ma petite enfance.
    je souhaitais l’année dernière lui acheter une planche de « Sylvain et Sylvette », mais c’est vrai qu’il ne m’a jamais répondu. Je comprend mieux maintenant pourquoi.

  2. MIRMAND dit :

    bonjour,
    je voudrais savoir s’il est possible de retrouver les coordonnées des héritiers de Michel Gellens, merci !!!

  3. Manu dit :

    C’est possible. Je peux demander aux héritiers s’ils acceptent de communiquer avec Jean-Luc Mirmand.
    Avec cette page comme CV : http://opalebd.com/festivals/details/11/trombinoscope

  4. Je me permets de déposer ici, avec beaucoup d’émotion, le message que j’avais adressé à Claude sur son blog en août dernier. Quelques lignes qui resteront mon hommage personnel.
    C’était sous le tout dernier dessin qu’il y avait posté (daté du 14 mars 2022), la « case-épisode » n° 155 d’un étonnant feuilleton improvisé qu’il continuait de créer autour de Sylvain & Sylvette – le bien nommé « Episode Inconnu », démarré le 31/08/2020… Il le faisait librement et avec une fraîcheur folle, transmettant au passage un goût invincible pour le trait vif et le « dessin joueur ». Et ce d’autant plus qu’il avait su se renouveler au fil des années, en étirant largement sa palette.

     » Bonjour à vous, Claude (et aux lecteurs de passage, sages ou pas sages). C’est la 1ère fois que je dépose un commentaire sur votre blog – et pourtant, j’en aurais des choses à vous dire, cette fois encore, car vous avez beaucoup contribué non seulement à enchanter mon enfance mais aussi à m’indiquer le chemin professionnel, artistique, culturel (et chaotique !) sur lequel je persiste à avancer. J’avais déjà découvert votre épatante évolution graphique, vos dessins d’humour, en même temps que votre plaisir communicatif à (re)créer en toute liberté nos chers « S et S ». Mais ce n’est qu’aujourd’hui que je tombe sur les cases les plus récentes de « L’épisode inconnu » ; je vais donc remonter le fil depuis le tout début, je sens que je vais adorer ça !
    (…) J’espère que la suite viendra. Autrement dit, j’espère surtout que : « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?! » en ce qui vous concerne.
    A bientôt, cher Claude Dubois ! :) Quelle joie simple et belle, aujourd’hui, que de s’adresser directement à un de ses « auteurs-héros » d’enfance ! « …

    « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles »… Quelle maladresse d’avoir eu recours à cette formule idiote… J’étais si loin du compte. Plus jamais je n’emploierai ces mots improbables, car la seule nouvelle que j’ai reçue par la suite c’est celle qui est tombée lorsqu’Henri Filippini a partagé son article sur le site : « Disparition »…

    Hervé / Thark