« Blake et Mortimer » : huit heures qui pourraient bien changer le monde…

Après l’album « L’Onde Septimus », publié voici neuf ans, Antoine Aubin nous revient avec une troisième aventure des héros d’Edgar P. Jacobs. Une troisième fois (après « S.O.S. météores » en 1959 et « La Machination Voronov » en 2000), Francis Blake et Philip Mortimer sont confrontés aux heures sombres de la Guerre froide : un épisode où les deux héros se frottent à la grande Histoire, au fil d’un scénario malin et rigoureusement documenté, signé José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental.

L’histoire a retenu que, le 26 juin 1963, le président américain John Fitzgerald Kennedy a passé huit heures à Berlin-Ouest et prononcé un discours historique, marquant pour l’avenir de l’humanité. En coulisses, le capitaine Francis Blake — chef des services du contre-espionnage militaire de sa Gracieuse Majesté — et son ami, l’éminent professeur Philip Mortimer, crapahutent au péril de leurs vies : ceci afin de déjouer un complot tramé contre le président US, qui porte le nom de code Prince. Une fois encore, l’inévitable colonel Olrik est à la tête d’une diabolique machination, dont le but est de remplacer le président par un double qui, manipulé par ses soins, lui permettra de devenir le maître du monde. Commencé comme une mission de routine, le séjour berlinois des deux amis vire au cauchemar. Tous les ingrédients qui font le succès de la série sont au rendez-vous d’un riche scénario, entre thriller et espionnage : un site archéologique situé au cœur de l’Oural, un chirurgien allemand spécialiste des manipulations du cerveau, un révolutionnaire argentin devenu espion du MI-6 à Berlin, un sanatorium abandonné au cœur de l’Allemagne de l’Est, un souterrain creusé entre Berlin-Ouest et Est… Voilà de quoi alimenter les 62 pages de ce récit ultra-classique aux multiples rebondissements, qui devrait faire saliver plus d’un inconditionnel de la série.

 Jean-Luc Fromental, ancien rédacteur en chef de Métal hurlant, directeur d’écriture, responsable du label Denoël Graphic et auteur d’une biographie dessinée d’Hergé, rejoint son ami José-Louis Bocquet, auteur de romans noirs, éditeur chez Dupuis, scénariste de bio-graphiques pour Catel, pour réaliser à quatre mains leur premier « Blake et Mortimer ». Un coup de maîtres ! 

 Antoine Aubin, né en 1967 en Normandie, aborde la bande dessinée en 2000 en travaillant pour Hachette-Disney sur les séries « Winnie l’ourson » et « Tic et Tac ». Après l’album « Sur la Neige », publié aux Humanoïdes associés, il succède en 2010 à René Sterne et Chantal de Spiegeleer en signant le second épisode de « La Malédiction des trente deniers », écrit par Jean Van Hamme. Il récidive en 2013 avec l’album « L’Onde Septimus », écrit par Jean Dufaux. Attaché au style ligne clair jacobsien jusqu’au bout des ongles, il est l’un des plus fidèles continuateurs de la série,n’hésitant pas à faire part de ses observations à ses scénaristes. Notons qu’il a été assisté à la fin de l’ouvrage par son fils Colin, étudiant aux Arts déco. Sans oublier les couleurs délicates de Laurence Croix.

Une édition bibliophile de l’ouvrage est proposée chez Dargaud, avec une couverture différente (28 €). Préfacée par Hubert Védrine, l’auteur d’« Olrik » chez Pluriel, elle est tirée à 10 000 exemplaires.

Une édition avec le DVD « By Jove ! Blake et Mortimer ont 75 ans » – tirée à 5 000 exemplaires – est également disponible (22 €), tout comme le coffret Canal BD proposant en sus l’édition en noir et blanc avec un cahier graphique de huit pages et une inédite couverture alternative d’Antoine Aubin  (40 € pour un tirage à 4 000 exemplaires) .

Signalons aussi le dossier de presse de 16 pages en couleurs qui propose des entretiens avec les auteurs : cela devrait titiller la convoitise des collectionneurs compulsifs.

Henri FILIPPINI 

« Blake et Mortimer T29 : Huit heures à Berlin » par Antoine Aubin, José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental

Éditions Dargaud (16,50 €) — EAN : 978-2-8709-7236-6

Parution 25 novembre 2022

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10 réponses à « Blake et Mortimer » : huit heures qui pourraient bien changer le monde…

  1. Philippe Wurm dit :

    Comment être classique et faire un chef-d’œuvre en même temps ?
    « Huit heures à Berlin » est une réponse éclatante et contemporaine à ce paradoxe.
    Il me semble que la même question s’était déjà posée lors de la sortie de « l’Affaire Francis Blake », avec le recul du temps nous avons la réponse positive !
    Profitons de livres de si grande qualité, scénario, dessin et couleurs, et souhaitons en d’autres.

  2. Michel Schetter dit :

    Un ensemble de grosses ficelles reliées l’une à l’autre tant bien que mal. Un capitaine Blake qui ressemble de plus en plus à une tête de bouchon échappée d’une bouteille de Brandy. Un massacre de plus pour nourrir les épiciers du marché. Lamentable !!!

  3. Jean-Michel Vernet dit :

    C’est toujours consternant de voir comment, en quelques lignes assassines, des lecteurs s’érigent en censeurs impitoyables et démollissent d’un revers de main et sans pitié le travail dans lequel des auteurs ont mis tout leur temps et toute leur énergie !
    Non, selon moi, « Huit heures à Berlin » n’est pas « un massacre de plus » dans la reprise difficile des aventures de Blake et Mortimer !
    C’est même tout le contraire !!!
    Après plusieurs épisodes mal ficelés et surtout laborieusement dessinés, voici un album exemplaire, bien mené du point de vue de l’intrigue, et surtout excellemment dessiné par un Antoine Aubin inspiré et impeccable !
    Sa ligne claire épurée nous rappelle le regretté Ted Benoit et son excellente « Affaire Francis Blake » au niveau de laquelle se hisse ce nouvel épisode !
    C’est un bonheur de lecture et un plaisir pour les yeux !
    Chapeau l’artiste Aubin et bravo à Fromental et Bocquet !!

  4. BOX OFFICE STORY dit :

    Nous attendons de voir de magnifiques planches de Blake et Mortimer dessinées par ces critiques assassins.

  5. Henri Khanan dit :

    Michel Schetter n’est pas un simple lecteur , c’est aussi un des collègues des auteurs de B&M qui me semble à moi plutôt réussi. Un comble!

  6. Erik A. dit :

    Je crois qu’on a le droit d’exprimer son avis sans être repris par la patrouille. « Collègue » est un mot qui n’a pas trop de sens en bd, vu qu’on n’est pas dans l’administration, alors Michel est lapidaire et un peu court en l’occurence… mais c’est son opinion et pour avoir failli moi-même travailler sur une de ces « reprises » destinées aux épiciers, je la comprends et la respecte sans la partager nécessairement !

  7. Thark B. dit :

    Tout dépend ce qu’on qualifie d’un « ensemble de grosses ficelles »… ;)
    Pour être franc, et avec tout mon respect, quand je lisais par exemple « Cargo » de M. Schetter (dans Circus, excellent magazine parti trop tôt… et dont j’ai gardé les numéros), j’aurais bien aimé qu’à défaut de ficelles il y ait un fil rouge addictif et une efficacité narrative plus évidente.
    Ceci dit, il y avait une vraie singularité, un contexte et un ton plutôt rares à l’époque, ainsi que des audaces troublantes… (… surtout pour les yeux effarouchés d’un ado qui baignait jusque-là dans un environnement culturel plutôt tourné vers Bayard, Fleurus et – un peu – le Lombard).

    Quant à la blague sur la « tête de bouchon » de Blake, je ne vois pas. (Sauf peut-être quand il est dessiné de dos, et que son cou est un peu long et épais).

  8. Thark B. dit :

    Quoiqu’il en soit, je « plussoie » ;) aux commentaires de Philippe Wurm et de Jean-Michel Vernet, surtout pour l’intense investissement graphique et cré’Actif d’Antoine Aubin.
    A tel point que j’aimerais beaucoup qu’un scénario plus audacieux encore, imprégné de fantastique et de ce « merveilleux scientifique » si cher à Jacobs, lui permette à l’avenir d’explorer librement des parti-pris expressionnistes.
    Et de réactiver plus ouvertement les visions les plus insolites, les plus inquiètes et les plus folles qui nourrissaient en profondeur l’oeuvre du « Rêveur d’apocalypses » – comme l’ont si bien qualifié P. Wurm et F. Rivière dans leur splendide bio-graphique…

  9. ECHO dit :

    Je n’ai pas encore lu l’ouvrage mais je vais évidemment le faire un jour ou l’autre. Mais je m’étonne que personne n’évoque la couverture – qui est quand même le signal « d’appel » d’un livre, et qui me semble assez ratée avec les deux personnages les jambes écartées, d’allure peu naturelle – Blake surtout, au premier plan, paraissant raidement dessiné, avec une allure OSS 117 de parodie !
    Les planches reproduites ici sont très correctes et on s’étonne (enfin, je m’étonne) que la couverture ait été si mal choisie parmi certainement d’autres possibilités …

  10. Thark B. dit :

    À ‘ÉCHO’ :
    … et que pensez-vous des couvertures « alternatives » créées par A. Aubin pour l’édition bibliophile (la fuite de Mortimer) ou pour l’édition Canal BD (Blake embusqué dans le parc d’une mystérieuse clinique) ? ;)