Ce que Mickey doit à Romano Scarpa…

Si Hugo Pratt est le plus connu des auteurs vénitiens de bande dessinée, tout le monde a lu du Romano Scarpa, même sans le savoir, car c’est l’un des plus grands dessinateurs de l’univers Disney. Il a écrit et dessiné de grandes histoires parues dans les années 1950–1960 dans Topolino en Italie et Mickey parade en France. On peut (re)découvrir son œuvre dans une belle intégrale qui paraît aux éditions Glénat.

Déjà le douzième volume de l’intégrale Romano Scarpa. Celui-ci : « Deux têtes pour un turban et autres histoires » est consacré à l’année 1965. L’époque de l’acmé de la production disneyenne du bédéaste vénitien.

Né en 1927 au bord de la lagune, Romano Scarpa se passionne pour l’œuvre de Disney dès son plus jeune âge : avec la découverte du long-métrage « Blanche-Neige et les Sept Nains » et la lecture de l’hebdomadaire Topolino. Après-guerre, il fonde son propre studio d’animation, puis travaille dans la bande dessinée italienne.

En 1953, il rejoint l’équipe de Topolino pour dessiner des histoires de Mickey et Donald, sur un scénario de Guido Martina. Puis, très vite, il est le seul auteur de récits plus longs.

Il excelle autant dans l’univers des canards de Donald et Picsou que dans celui des souris autour des aventures de Mickey. Il n’hésite pas à mêler les deux mondes, à créer des récits originaux aux ambiances parfois sombres, voilées de mystère.

Ainsi, avec lui, Mickey adopte souvent un style de détective de film noir et le comportement de ses personnages est parfois ambivalent.

Efficace, avec un trait fin et dynamique, Romano Scarpa modernise ainsi un univers créé outre-Atlantique.

Son travail est reconnu aux États-Unis, puisque dès les années 1960, il dessine de courtes histoires d’après des scénarii états-uniens pour le marché mondial et, en 1988, il est le premier auteur italien à être publié aux États-Unis par l’éditeur Gladstone.

Après les intégrales Carl Barks et Don Rosa, les éditions Glénat publient l’intégrale de près de 500 histoires de Romano Scarpa (1927- 2005) : 25 volumes sont donc prévus, avec un appareillage critique de fort bonne qualité.

Le douzième volume de cette belle intégrale est constitué de 14 récits (principalement situés dans le monde des canards de Donald et Picsou, parfois inédits en France) et de focus intéressants : par exemple sur le travail scrupuleux de Scarpa pour dessiner sa ville de naissance.

Il donne notamment une représentation fidèle pour leur structure et leur localisation des cabanes de pêcheurs et d’éleveurs de coquillages, de crabes et d’huitres de la lagune de Venise.

Une cabane de pêcheur de la lagune vénitienne.

Le Grand Hôtel représenté dans la case ci-dessous possède une structure architecturale conforme à celles de différentes constructions que l’on retrouve autour de la lagune. L’auteur prétend même y avoir vécu ! On retrouve de la même façon une belle représentation réaliste du rio San Marcuola dans une case dessinée par Scarpa.

La maison où Romano Scarpa a vécu enfant.

Le rio San Marcuola.

Romano Scarpa a enrichi l’univers Disney de personnages haut en couleurs comme Gédéon Picsou, Brigitte Mac Bridge, Phil Ature ou Felix (le fils adoptif de Genius, le corbeau rusé). Ainsi, en fin d’ouvrage, après un portfolio sur la carrière d’animateur pour le dessin animé de l’auteur vénitien, les éditions Glénat proposent de faire mieux connaissance avec un personnage réinterprété par Scarpa : Genius, justement à qui il donne un fils adoptif, faire-valoir de Mickey dans plusieurs récits.

C’est un plaisir rare de se plonger dans un volume de l’intégrale Scarpa, véritable madeleine au goût de l’enfance perdue pour ceux qui dévoraient leur Mickey parade, il y a déjà… quelques années.

Mickey & Mickey vénitien.

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Les Grandes Aventures Disney : intégrale Romano Scarpa T12 : 1965 – Deux têtes pour un turban et autres histoires » par Romano Scarpa

Éditions Glénat (29,50 €) – EAN :  978-2-344-05208-2

Parution 23 novembre 2022

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5 réponses à Ce que Mickey doit à Romano Scarpa…

  1. Dunyre dit :

    Collection remarquable, avec des récits de qualité qui offrent des histoires denses et des graphismes réalistes. On retrouve peu de courtes histoires humoristiques (nombreuses et inégales chez Barks, pourtant le grand maître disneyen de l’univers des canards), ce qui est plaisant.

    En espérant qu’elle puisse aller jusqu’au bout et que les ventes suivront… Aussi bien pour les petits que pour les grands enfants, qui aiment les scenarii d’aventure et les polars ! Un dernier genre que Barks et Rosa ont peu utilisé, et que Gottfredson a utilisé davantage mais dans des récits moins touffus et denses.

    Article intéressant en tout cas, les éléments sur Venise sont tout à fait symboliques de la minutie que Scarpa mettait dans son travail.

  2. Olivier Northern Son dit :

    Barks est célébré, Don Rosa loué, mais à mon avis, le top du top de Picsou est là!

  3. roro34 dit :

    Il n’y a pas une erreur sur le nombre total de volumes ? A partir du moment où il s’agit d’une traduction de l’édition italienne en 50 volumes pour le même nombre de pages par volume, j’espérais le même nombre. Sinon il s’agira d’une « demi » intégrale…

    • Laurent Lessous dit :

      Bonjour,

      D’après nos sources, la collection française reprend en un seul volume deux tomes de la collection italienne. Il y a donc bien 25 tomes de prévus. Nous en sommes donc à la moitié de la publication du travail de Romano Scarpa.

      Bonne journée,

      L. Lessous