« Indians ! » : une chronique de l’Ouest amérindien !

Fort du succès de l’album « Go West Young Man » sorti en novembre 2021 (1), « Indians ! » est le pendant de ce premier opus qui retraçait la conquête de l’Ouest américain du côté des colons européens. Sous-titré « L’Ombre noire de l’homme blanc », ce nouvel album évoque, avant tout, le destin des peuples amérindiens durant cette même colonisation.

Dimitri Armand.

Nouvel hommage au western, mais sans manichéisme, car vues par le prisme de la face cachée du rêve américain, ces 120 pages retracent la conquête de l’Ouest en 16 histoires courant de 1540 à 1889. Autant d’épisodes sombres de cette colonisation de l’arc nord-américain, synonyme de racisme, d’oppressions, de guerres, de massacres et — finalement — d’un véritable génocide des peuples autochtones : 16 récits complets, chronologiques et basés sur des faits et personnages réels, et autant de dessinateurs aussi !

Laurent Astier.

Car cet album collectif, magistralement concocté par Tiburce Oger au scénario, convoque la fine fleur de la BD réaliste largement hexagonale. Une fine fleur littéralement passionnée par ce genre, tels les Astier, Bazin, Bertail, Blasco-Martinez, Jef, Hirn  et autres Rossi. Naturellement, lecture achevée, chacun est enclin à se prêter au jeu des comparaisons entre les dessinateurs de ce talentueux florilège. Tous travaillent dans une même veine graphique, chacun avec leur personnalité, conférant son homogénéité à l’ensemble.

Laurent Hirn.

 Si les grands anciens, dont l’œuvre personnelle a marqué le genre, de Michel Blanc-Dumont à Derib, livrent ici de somptueuses planches ou marquent le style de plus jeunes, tel Corentin Rouge, les jeunes générations ont parfaitement pris la mesure de ce collectif dont l’exigence est le maître-mot.

Derib.

Comme Laurent Hirn, Mathieu Lauffray fait ici une première incursion dans le genre. Il brille notamment par son si dynamique trait réaliste — quelle magnifique couverture aussi ! — tout comme Dimitri Armand, Hugues Labiano ou Ronan Toulhoat pour n’en citer que quelques-uns.

Mathieu Lauffray.

Sans parler du réalisme bonhomme de Félix Meynet — le petit pas de côté de l’ensemble sur le plan visuel — et de la minutie du dessin du trentenaire Paul Gastine — révélé par l’album « Jusqu’au dernier » en 2019, dont la courte participation initiale et finale encadre le fil des histoires. Car, maline astuce scénaristique, le symbolique aigle sacré des Indiens sert de fil conducteur à ces 16 récits.

Paul Gastine.

Édition luxe en n. & b.

Édition limitée de la librairie Bulle.

Une nouvelle fois, le plaisir de lecture est à la mesure de l’attente suscitée dans le lectorat depuis la sortie de « Go West Young Man », dû aux deux mêmes chefs d’orchestre : Tiburce Oger et Hervé Richez.

Indéniablement, « Indians ! » s’inscrit parmi les grandes réussites du label Grand Angle, amplement marquées par le devoir de mémoire.

À noter qu’est également proposée une édition luxe en noir et blanc, enrichie de huit pages de recherches et de croquis (couverture de Paul Gastine) et que la librairie Bulle publie une  édition  limitée dotée d’une couverture alternative par Michel Blanc-Dumont.

Christian Rossi.

Un nouvel opus est en perspective, visant cette fois-ci les hors-la-loi, mais aussi les shérifs : vivement l’automne 2023…

Jean-François MINIAC 

(1) Voir « Go West Young Man » : casting de rêve pour un western BD !.

Hugues Labiano.

« Indians ! » par collectif et Tiburce Oger

Éditions Grand Angle (19,90 €) — EAN : 978-2-8189-9822-9

Parution 16 novembre 2022

Corentin Rouge.

Galerie

Une réponse à « Indians ! » : une chronique de l’Ouest amérindien !

  1. J’ai commencé à lire cette belle BD cette semaine. J’aime le découpage en petites histoires indépendantes qui permet de lire en plusieurs fois, par petites doses. C’est très intéressant de suivre le point de vue des indiens par l’oeil de l’aigle, fil rouge de la BD.
    Finalement c’est presque dommage que chaque dessinateur n’ait pas gardé son propre style. Certes ça donne une cohérence graphique à la BD, mais au final quel est l’intérêt d’avoir autant de bons dessinateurs si le dessin est le même?