Mali, Thaïlande, Vietnam… avec Joël Alessandra !

Joël Alessandra est un dessinateur amoureux ! Amoureux de ce qu’il voit et dessine compulsivement, partout, tout le temps… Amoureux tout court d’une femme également artiste, artiste-peintre et autrice de tableaux abstraits. Dès les premières lignes de son récit autobiographique, Alessandra semble considérer que ces tableaux sont autrement plus importants que des planches, des cases…

Il y a à l’évidence de sa part une humilité, une modestie devant ce qu’on ne sait pas faire et qui vous impressionne : ces lignes, ces couleurs, ces œuvres non figuratives qui semblent pourtant vouloir dire quelque chose de soi, mais quoi ? Des émotions ? Du bonheur ? Du mal-être ? Comment savoir ? C’est si mystérieux une femme qu’on aime, artiste ou pas…

Et si Marijah se décidait enfin à lui parler de ses origines. C’est qui, c’est où, ce peuple Tai-Dam (ce qui signifie « les Taïs noirs ») qui vit au nord du Vietnam ? Et si l’on remontait le cours de l’histoire indochinoise à travers l’histoire familiale ? Et si tout simplement, on allait sur place pour mieux comprendre ?

Marijah ne souhaite pas y revenir, puis, finalement, y consent. Et c’est tout un voyage qui se construit, via la Thaïlande et l’étourdissante Bangkok, puis l’étonnante Ayutthaya ; enfin Loei, l’un des derniers villages tai-dam de Thaïlande, avant le Viêt-Nam (Hanoï, la baie d’Ha-long…).. Ce récit à la gloire de l’art pictural (et par le biais d’un art graphique non moins glorieux) est donc un retour aux sources, à travers notamment les pérégrinations d’un père qui quitte sa région natale, puis revient en Asie, pour s’installer au Laos où Marijah est née.

Belle déclaration d’amour à une culture, à des origines, au métissage, à la femme et ses mystères, à la « représentation » abstraite qui « représente » peut-être plus qu’on pense le réel, ou des réalités intérieures, voire intériorisées… ce que va révéler également ce périple, cette quête existentielle pour se reconnecter avec les siens, comme il est écrit.

En adaptant en bande dessinée « On la trouvait plutôt jolie » publié peu auparavant, le roman éponyme de Michel Bussi, Joël Alessandra continue évidemment de bourlinguer : de Marseille au Mali. On pense évidemment, en lisant le titre, à la chanson de Pierre Perret, datant de 1979, d’autant que l’héroïne se nomme Leyli ; mais, l’histoire, certes sur l’immigration, est d’une tout autre veine.

Dans ce polar à succès, Bussi met en effet en scène l’enquêteur Jules Flores chargé d’élucider le meurtre de François Valioni : membre influent d’une association d’aide aux réfugiés, retrouvé vidé de son sang dans un hôtel. L’enquête le mène à Leyli Maal : mère célibataire de trois enfants, d’origine malienne, installée à Port-de-Bouc, près de Marseille et qui fait des ménages dans des hôtels. Au fil de l’intrigue, on s’aperçoit que la jeune femme, pleine de charme, cache un lourd secret.

Alessandra a choisi de traiter de façon très particulière « le récit de Leyli » qui, chapitre après chapitre, évoque la vie de l’héroïne à Ségou : ville mythique située à 200 km de Bamako. Ce sont des pages couleur sable et café, dévoilant le désert sahélien, le fleuve Niger, les villages maliens et des personnages en difficultés. Son sens du paysage y est particulièrement à l’œuvre…

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Tai Dam » par Joël Alessandra

Éditions Steinkis (23€) – EAN : 9782368465059

Parution 13 octobre 2022

« On la trouvait plutôt jolie » par Joël Alessandra et Michel Bussi

Éditions Michel Lafon (22,95 €) – EAN : 9782749946344

Parution le 22 septembre 2022

 

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