Et si la Terre était plate, que serait devenu l’équipage de Christophe Colomb ? Serait-il tombé dans un fascinant entremonde ?

1492 : année charnière ; les temps obscurs du Moyen Âge se terminent et s’annonce une belle Renaissance en Europe. Un homme symbolise ce moment de bascule : le Génois Christophe Colomb qui découvre l’Amérique, en octobre de cette année. Mais si cette inspiration de génie n’était que douce folie ? Et si l’océan se terminait par une immense chute d’eau ? La fin du monde ? Pas tout à fait, l’abîme laisse place à un univers cosmopolite parallèle. C’est cet entremonde que découvre Ana : une jeune fille entreprenante dans « Ana & l’entremonde » une bande dessinée tout public ambitieuse et rafraichissante.

Les trois caravelles de l’amiral Christophe Colomb quittent le port de Palos en Espagne le 3 août 1492. Elles font une longue escale à Las Palmas dans les îles Canaries du 9 août au 6 septembre. C’est dans ce port que deux jeunes orphelins, Ana et Domingo, aident à charger vivres et eaux dans les cales des navires. Emoustillés par la renommée de l’amiral et la dangerosité d’un voyage vers l’inconnu, les pré-adolescents s’empressent de travailler sur la Santa Maria, malgré les quolibets de certains membre de l’équipage. Profitant d’une pause, ils explorent les soutes du bateau avant que, par maladresse, Ana ne se retrouve coincée derrière quelques tonneaux. Le temps de la délivrer, il est trop tard, l’expédition est partie, impossible d’opérer un demi-tour. Ana et Domingo doivent s’intégrer au premier équipage qui réussira la traversée de l’Atlantique.

« Ana & l’entremonde T1 : Par l’Ouest, vers les Indes » page 6.

Mis à part quelques remarques misogynes à l’encontre d’Ana, le voyage se passe bien… Jusqu’au moment où la vigie croit apercevoir une terre ferme. La joie de l’équipage est de courte durée, car à la place d’un nouveau continent ce sont d’immenses vagues, puis un véritable précipice que doit affronter la petite flottille.

Les navires sont projetés dans les fonds marins, chacun s’accroche à ce qu’il peut puis c’est le trou noir.

Quand Ana s’éveille au milieu des débris maritimes sur une plage de sable fin, elle hurle en voyant une gueule de loup juste au-dessus d’elle. Elle tombe à la renverse et finit par sympathiser avec Melvin : un personnage anthropomorphe à tête canine, mais finalement fort avenant.

« Ana & l’entremonde T1 : Par l’Ouest, vers les Indes » page 8.

Guidée par Melvin, Ana part à la découverte de l’entremonde, à partir d’une taverne de Port-Départ sur l’île de Kawa-Qawa. Il lui explique qu’elle vient d’un surmonde : des terres entourées par d’immenses chutes d’où s’écoulent les océans.

La plupart des gens meurent lors de leur chute, les survivants sont appelés des naufragés.

L’entremonde est un véritable archipel avec une population cosmopolite : humaine ou non. On y croise de terribles pirates comme le capitaine perroquet Barbe-Taupe, des claudins, fantômes à tête blanche ou la terrible et mystérieuse organisation de la Main qui pourchasse Ana pour découvrir l’hypothétique trésor transporté par les caravelles de Colomb.

Ana, elle, veut survivre pour retrouver Domingo et retourner dans son monde.

Le premier volume de cette tétralogie annoncée nous a véritablement charmé. On y retrouve tous les éléments qui, réunis, font le succès d’une très belle série grand public ; appréciée autant par les jeunes lecteurs dès dix ans que par un lectorat plus ancien à la recherche d’aventures, d’humour et surtout d’un excellent récit bien mené et bien dessiné. Auteur de bandes dessinées à l’humour caustique comme « Start-up génération » ou « Le Président est une noix de coco », Marc Dubuisson a su contenir son ironie mordante habituelle pour bâtir un récit original et toujours surprenant, en mêlant les qualités de la fantasy à ceux des récits de pirates ou des feuilletons du XIXe siècle.

C’est son amie l’autrice Cy (Cyrielle Evrard) qui a mis en images à l’encre et en couleurs directes ce scénario foisonnant. Elle met en valeur les rebondissements de l’intrigue en jouant sur les couleurs chaudes de l’entremonde, opposées aux couleurs froides du voyage océanique. Elle, si sérieuse dans ces précédentes bandes dessinées « Radium Girls » ou « Le Vrai Sexe de la vraie vie » laisse son imagination guidée son trait inventif pour les costumes, les machines steampunk et les décors foisonnants de l’entremonde.

« Ana & l’entremonde » est notre coup de cœur de la rentrée 2022. C’est une aventure bien construite avec ce qu’il faut d’humour et d’émotions qui bascule soudainement du récit historique en une quête initiatique et fantastique. La bande dessinée traite avec légèreté de thématiques profondes sur les questions de genre, l’acceptation de la différence, la solidité de l’amitié, la peur du rejet et la nécessité de la tolérance.

Nous ne pouvons que vous encourager à vous plonger dans ce voyage bien au-delà des confins du monde au charme intemporel.

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Laurent LESSOUS (l@bd)

« Ana & l’entremonde T1 : Par l’Ouest, vers les Indes » par Cy et Marc Dubuisson

Éditions Glénat (16,95 €) – EAN :  978-2-344-04797-2

Parution 21 septembre 2022

« Ana & l’entremonde T1 : Par l’Ouest, vers les Indes » page 48.

 

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