Bosch et Goya, ces visionnaires…

Il y a des peintres visionnaires dont les tableaux font encore terriblement voyager nos esprits. Le Hollandais Jheronimus Bosch et l’Espagnol Fransisco de Goya en font incontestablement partie. C’est d’autant plus évident que les deux albums qui leur sont consacrés s’intéressent précisément à leurs dérives mentales mises en scène par des dessinateurs aux personnalités graphiques incontestables…

Jheronimus Bosch est né vers 1450/1455 à Bois-le-Duc aux Pays-Bas (où il est mort en 1526). Si sa vie est remplie de zones d’ombre, en revanche, l’état de la ville et de la pauvreté au XVe siècle est une évidence. Marcel Ruijters a donc tenu compte de ce que pouvait observer Bosch autour de lui, dans la rue. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il réalise là une fresque des pires horreurs du temps.

La violence entre les habitants ou envers les mendiants extrêmement nombreux est omniprésente jusqu’au « divertissement » d’individus qui se battent contre des porcs pour le plaisir des autres. Alors que bossus, pestiférés et êtres difformes trainent les rues, mendient pour survivre, ailleurs, la foule assiste à des pendaisons innommables et banalisées, à des mutilations publiques. Le décor est posé ! Tout est là, semble-t-il, autour de Bosch pour nourrir ses visions.

Lui qui a connu un terrible incendie, obsessionnel, il ne lui reste plus « qu’à » créer ses chefs-d’œuvre fourmillant de pauvres hères maltraités, de figures dégénérées, de monstres fantastiques, là, dans cet atelier où il travaille en famille pour satisfaire les désirs des bourgeois et les caprices des religieux, si possible en générant des « visions de l’enfer » (cf. « Le Jugement dernier » ou le « Jardin des délices », triptyques célèbres).

Le plus étonnant dans cet album bien dialogué et parfaitement scénarisé, c’est que le dessin de Marcel Ruijters est lui-même incroyablement expressif et créatif.  Son sens de la caricature, l’épaisseur de son trait, le choix de ses couleurs construisent un univers graphique tout à fait digne du peintre qu’il honore, sans jamais lui ressembler (même s’il reprend ici ces là ces créatures improbables qui peuplent les tableaux de Bosch).

Un dossier très documenté complète l’ouvrage, expliquant notamment dans « Bosch et ses interprètes » le succès qu’il a connu au XVe siècle. Le « Goya » par Fran Galan et El Torres comporte lui aussi un tel dossier final consacré au « Maitre de l’horreur », joliment illustré qui plus est.

Sous-titré « Le Terrible Sublime », le « Goya » publié chez Glénat est lui complètement dévolu aux visions du maitre espagnol, qu’on retrouve à Cadix en 1793, en proie à un cauchemar. Ce ne sera pas le dernier. Lui, peintre qui se reconnait « des Lumières » est de plus en plus sujet à des crises qui le tourment, l’effraient. Fièvres, migraines, surdité… les maux s’accumulent.

Si d’un côté ces visions abominables vont finalement nourrir ses fresques à venir, de l’autre, elles le terrifient au point par moments de le rendre mystique. Un comble pour ce cartésien ! Ses amis l’aident à passer ce cap, à le rassurer, notamment son amie et confidente duchesse d’Alba.

Là encore, la réalisation graphique est époustouflante, cette fois réaliste et subtilement colorée. Les décors extrêmement travaillés alternent avec des visions fantastiques de haute volée. Un travail magnifique au service d’une tranche de vie complexe et passionnante.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Jheronimus Bosch » par Marcel Ruijters

Éditions Nouveau Monde Graphic (19,90 €) – EAN : 9782380943153

Parution 21 septembre 2022

« Goya » par Fran Galan et El Torres

Éditions Glénat (18 €) – EAN : 9782344039557

Parution 21 septembre 2022

 

 

 

 

 

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