Tarantino : « C’est pas moi qui en fait trop, c’est les autres qui n’en font pas assez ! »

Après diverses biographies de cinéastes et d’acteurs parues chez un autre éditeur (1), ainsi qu’un « Martin Scorsese » déjà signé par Amazing Améziane, voici un titre inédit concernant Quentin Tarantino, dans un traitement très décalé. Metteur en scène iconoclaste, boulimique de films, critiqué et encensé, au style personnel fourmillant de références, le réalisateur de « Pulp Fiction » voit sa carrière retracée ici à la manière d’une longue interview (hyper) illustrée. De son enfance à son dernier projet, Quentin se dévoile, via de multiples styles graphiques : pop, horreur, enfantin ou minimaliste. Soit un ensemble hétéroclite et inclassable, passionnant parce qu’il s’agit d’un passionné, proposé dans ce long album d’abord destiné aux amateurs de bandes décalées et alternatives… et bien sûr aux cinéphiles.

Une interview ouvre l’album et servira de fil rouge à l’ensemble pour une série de monologues très illustrés.

On bascule ensuite dans un bar : sorte d’entrée en matière durant laquelle Quentin explique sa force de persuasion, exemple à l’appui. Un père qu’il n’a pas connu, une mère remariée, un goût développé très tôt pour les livres et un fort caractère.

Apparaît au fil des pages un Tarantino cultivé, inattendu, autodidacte, formé en regardant un maximum de films. Un long passage développe la genèse de son premier film (« Reservoir Dogs », en 1992), monté grâce à son culot et son acharnement, son amour du cinéma, des cinéastes et d’acteurs comme Harvey Keitel ; rien n’ayant été facile !

En fin de compte, cependant, ce long-métrage est remarqué, intègre une distribution d’acteurs connus et lui ouvre les portes de la profession.

Suivent neuf autres films (quelques caméos brouillent les compteurs). Citons « Pulp Fiction », « Kill Bill » I et II ou « Boulevard de la mort », au style étincelant, fourmillant des références et d’hommages au cinéma : de Peckinpah à Scorsese, de Kubrick à Leone, ainsi qu’à la pop culture et aux films de genre. On en apprend beaucoup sur sa façon de préparer les films et de raconter.

Plus matures, les suivants (« Inglourious Basterds », « Django Unchained », « Les Huit Salopards » et « Once Upon a Time in Hollywood ») sont aussi plus personnels et plus profonds, moins clinquants, malgré d’autres évidents hommages au 7e art. Tarantino en profite pour créer des images fortes et un rendu graphique déstructuré, qui peut désarçonner son public.

Quentin parle, mais aussi ses acteurs, notamment ceux — fétiches — comme Pam Grier ou Samuel L. Jackson. Tous nous disent leur vérité en face, au fond des yeux, sans langue de bois. Le style graphique change constamment, et c’est le parti pris du dessinateur-scénariste qui s’est fortement documenté. Sa faculté de changer de registre est hallucinante, de simples ombres chinoises aux portraits élaborés, de dessins pleines pages aux dialogues illustrés, éclatés sans case… C’est bien un objet dessiné non identifié, conçu par un autre passionné, ayant déjà réalisé — selon un rythme très productif — de nombreux albums dont la biographie de « Muhammad Ali » (voir « Muhammad Ali » par Amazing Ameziane et Sybille Titeux de la Croix) et une adaptation de « 1984 » (voir « 1984 » de George Orwell : une puissance dystopique élevée au carré !). Ici, il rend compte d’une carrière déjà dense, mais pas encore achevée. Tarantino, qui a toujours proclamé ne vouloir tourner que dix films, s’est d’autre part promis que « lorsque les films seront sur mon phone, je ne ferai plus de films. »

Assurément pas un réalisateur… ni un album… classique !

Patrick BOUSTER 

(1)   Glénat, collection 9 ½.

« Quentin par Tarantino » par Amazing Améziane

Éditions du Rocher (20,90 €) — EAN : 978-2-268107655

Parution 24 août 2022

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