« Sylvain et Sylvette : La Belle Aventure » : la boucle est bouclée !

Tout juste 81 ans après leur naissance, Jean-Louis Pesch nous propose l’ultime aventure de Sylvain et Sylvette : deux jeunes enfants ruraux qui ont fait rêver des générations de petits lecteurs des villes et des campagnes. Un dernier album qui permet de retrouver la plupart des protagonistes de cette œuvre riche de plusieurs centaines d’histoires publiées sans interruption, avec un succès qui ne s’est jamais démenti.

Première page de BD avec Sylvain et Sylvette.

Premier dessin de Sylvain et Sylvette au n° 8 de l’édition rurale de Cœurs vaillants/Âmes vaillantes, le 17 août 1941.

Deux jeunes enfants débarquent, imaginés par Maurice Cuvillier en huitième et dernière page du n° 9 de l’édition rurale de Cœurs vaillants/Âmes vaillantes, datée du 31 août 1941. La modeste feuille catholique est conçue en zone libre à Lyon où s’est réfugiée la rédaction de la presse Fleurus. En l’absence de leur maman, un frère et sa sœur — baptisés Sylvain et Sylvette — partent avec leurs paniers cueillir des champignons dans la forêt mystérieuse proche de leur ferme. À la tombée de la nuit, les deux héros se perdent, dorment dans un arbre creux avant de trouver refuge dans une chaumière abandonnée. La solide bâtisse devient leur maison, où ils sont rejoints par une kyrielle d’animaux : Cui-Cui, Raton, Barbichette, Gris-Gris, Poulette, Moustachu… Dans une grotte voisine résident les Compères, plus bêtes que méchants : Renard, Sanglier, Loup et Ours qui harcèlent les nouveaux venus. Lorsqu’ils pensent enfin à rejoindre leur maman, Sylvain et Sylvette constatent que la maison est vide… Ainsi débutent ces aventures champêtres, au thème à première vue simpliste, décliné à l’infini. Bien qu’évoluant le plus souvent dans la forêt, le duo voyage, croise la route de personnages hauts en couleur.

Malade, Maurice Cuvillier (il décédera le 23 décembre 1957) cède son univers bucolique dès 1956 à une nouvelle équipe de dessinateurs : principalement Claude Dubois, qui réalise les pages destinées à l’hebdomadaire Fripounet et Marisette, et Jean-Louis Pesch, qui dessine plus particulièrement les albums. Claude Dubois se retire en 1986, alors que Jean-Louis Pesch poursuit la série avec une belle régularité, parfois remplacé par Bérik (Frédéric Bergèse). Plusieurs centaines d’albums sont publiés par les éditions de Fleurus dans les fameuses collections Fleurette et Séribis, puis aux éditions du Lombard, enfin par Dargaud.

 Jean-Louis Poisson, qui signe Pesch (1), est né le 29 juin 1928 à Paris. Après avoir tâté de l’animation et du dessin sur tissus, il devient un dessinateur publicitaire très demandé. Il aborde la bande dessinée en 1953 dans Capucine. De nombreux personnages voient le jour : Yoyo, Oscar, Panchito, Père Lipopette, Couic, Couinou, Bec-en-fer… Pour « Sylvain et Sylvette », depuis 1956, Jean-Louis Pesch apporte une touche personnelle, tout en respectant la ligne bonne enfant de Cuvillier, et considère Sylvain et Sylvette comme ses propres enfants. Il ajoute de nouveaux compagnons : Cloé la tortue, Olga la corneille, Croa le corbeau, Sidonie l’oie, Alfred le chien…

 Officiellement responsable du destin de la série, il décide avec le présent album de mettre un point final aux aventures de ses héros, ne souhaitant pas qu’elle perde sa pureté originelle en d’autres mains. Un scénario astucieux et nostalgique lui permet de revenir aux origines de la série. Grâce à leur ami Isidore Tartalo, Sylvain et Sylvette partent pour l’Afrique à bord du Neptune, le bateau du capitaine Laboussole. Ils abordent l’île des Cocotiers où ils espèrent retrouver Amélie, leur maman partie à leur recherche. L’occasion de revoir leurs amis Zimbo et Zimba, Bouboule l’éléphant, Miss Gratte-ciel la girafe, Dame autruche… Pendant ce temps, dans la chaumière les animaux confiés par les enfants aux bons soins des ours, Bastien et Léocadie livrent un ultime combat face aux Compères, plus maladroits que jamais… à 94 ans, Jean-Louis Pesch propose une histoire délicieusement nostalgique où la plupart des protagonistes des aventures de Sylvain et Sylvette apparaissent avant que le rideau du petit théâtre campagnard ne se referme pour la dernière fois… Après 81 ans d’aventures tour à tour drôles, émouvantes, cocasses.

 Les albums réalisés par Maurice Cuvillier sont disponibles aux éditions du Triomphe qui rééditent la série Fleurette à l’identique. Depuis décembre 2021, Hachette collection propose les 72 albums dessinés pour Séribis, puis pour Le Lombard et Dargaud par Jean-Louis Pesch et Bérik. Les adhérents à cette collection, publiée à raison de deux volumes par mois, bénéficient en cadeau de bienvenue de la réédition en deux intégrales de la série « Bec-en-fer » (www.collection-sylvainsylvette.com).

 Roselyne Bachelot remettra à Jean-Louis Pesch les insignes de commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres le 17 septembre prochain au château de La Haye à Cotigné en Anjou, région chère au dessinateur qui y réside depuis de nombreuses années. Une distinction bien méritée pour un auteur aussi talentueux que discret, qui aura œuvré pour la bande dessinée pendant 70 ans. Encore une œuvre destinée à un lectorat populaire, dont les ventes se comptent par millions d’exemplaires, mais quasi ignorée des médias.

Henri FILIPPINI

(1)  Concernant Pesch, il faut rappeler l’existence de la monographie écrite par Julien Derouet (L’Apart édition), et encore trouvable… en occasion ; voir Ouvrages de référence de fin d’année ou https://stripologie.com/les-ouvrages/112-jean-louis-pesch-et-ses-heros-de-papier-9782360320455.html.

« Sylvain et Sylvette T67 : La Belle Aventure » par Jean-Louis Pesch

Éditions Dargaud (11,50 €) — EAN : 978-2-2052-0316 5

Parution 2 septembre 2022

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