« L’Ami colocataire » : une belle BD sur l’éco-anxiété…

L’éco-anxiété est un trouble de plus en plus fréquent chez les jeunes qui ont peur de l’avenir, tout en ressentant à la fois de la culpabilité et de la solitude. Angoissés par l’étendue des problèmes atmosphériques, le réchauffement climatique, la déforestation…, les éco-anxieux refusent souvent de faire des enfants, pour ne pas les voir grandir dans un monde en proie à d’extrêmes phénomènes environnementaux. D’après les spécialistes, cette anxiété — fort bien mise en cases et en bulles dans cet abordable et poétique roman graphique de 120 pages — risquerait même de détériorer durablement la santé mentale des générations futures.

Ana est une étudiante un peu en marge, qui fuit tout contact humain et éprouve des difficultés à se nourrir. Atteinte d’éco-anxiété, elle confie à sa psy que ses crises reviennent de plus en plus souvent. Aujourd’hui, elle ne pense plus qu’aux problèmes que pose l’épuisement des ressources naturelles, lesquelles mèneront à terme à l’effondrement de notre civilisation. Elle est surtout angoissée par le fait que tout le monde s’en fout et continue de consommer comme si de rien n’était : « Même la covid ne nous aura pas servi de leçon… »

En dehors de ces séances thérapeutiques où elle est allongée sur un divan et de ses cours à la fac, elle passe tout le reste de son temps à discuter avec Olm, son ami imaginaire : un être protéiforme qui peut aussi prendre une apparence humaine. C’est le seul avec qui Ana arrive à communiquer, car cet étrange colocataire qui squatte sa vie connaît bien toutes ses blessures…

Avec désormais plus de 60 titres à son catalogue, Marabulles est un label de la maison d’édition Marabout (qui dépend de Hachette) qui a été créé en 2009. Très vite portée par le succès des ouvrages de Margaux Motin, Marabulles a développé une ligne de BD humoristiques signées par des blogueuses en vogue comme Diglee. Depuis 2016, cette structure évolue vers le biopic féminin et les romans graphiques d’autrices traitant des problèmes de société, à l’instar de cet « Ami colocataire » sur l’éco-anxiété.

Ayant eu une enfance bercée par les dessins animés japonais des années 1980 — et plus tard par ceux d’Hayao Miyazaki —, lesquels lui donnent envie de raconter des histoires, Séverine Lefebvre entreprend assez tôt la réalisation de ses premières pages de bandes dessinées. Après avoir parcouru une partie du globe jusqu’à ses 18 ans, elle intègre l’Atelier 510 TTC de Jean-David Morvan en 2001, participant aux « Chroniques de Sillage » et illustrant « Les Aventures de Tom Sawyer » et « Les Aventures d’Huckleberry Finn » pour Delcourt, entre 2005 et 2011. On lui doit également « Journal d’une Femen » au Lombard en 2014, « L’Étrange Boutique de Miss Potimary » ou « Tara, un été zéro déchet » chez Jungle de 2017 à 2021.

Elle travaille ici avec Olivier PoG, un autre auteur-illustrateur touche à tout qui a publié bon nombre de livres pour enfants et qui s’est fait remarquer en BD avec la série jeunesse « Trappeurs de rien » aux éditions de la Gouttière (signée avec le dessinateur Thomas Priou et le coloriste Johann Corgié, de 2016 à 2019), mais aussi avec « Mulo » qu’il met lui-même en images chez Dargaud, depuis 2017.

Gilles RATIER

« L’Ami colocataire » par Pog et Séverine Lefebvre

Éditions Marabulles (20,95 €) — EAN : 978-2-501-14689-0

Parution 29 juin 2022

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