Pif gadget : un hebdomadaire d’obédience communiste !

Pendant 20 ans, les ventes de Pif gadget ont caracolé au sommet de la presse pour jeunes. Mieux, il a contribué à la lente érosion de Spirou et Tintin : les deux hebdomadaires belges qui, après-guerre, avaient taillé des croupières au journal Vaillant dont il est issu. S’il était bien connu que Vaillant était lié au Parti communiste français des années 1950/1960, rares étaient ceux qui se souciaient de l’appartenance de Pif gadget au parti de Georges Marchais. L’ouvrage passionnant de Maël Rannou revient sur cette histoire où tous les coups étaient permis.

Descendant du Jeune Patriote, feuille issue de la Résistance lancée en 1942 par le Parti communiste clandestin, l’hebdomadaire Vaillant, tout comme son concurrent Coq hardi (lancé avec le concours de la Résistance gaulliste), n’a jamais caché les liens étroits qu’il entretenait avec le PCF.

Dans la foulée de mai 1968, puisqu’apparu un an plus tard, Pif gadget profite de ce souffle de liberté pour faire oublier Vaillant en changeant de nom et bouleversant sa formule sous l’impulsion de son rédacteur en chef Georges Rieu.

Quelques années plus tard, ce dernier sera viré, remplacé par des personnalités de plus en plus proches du PCF : la rédaction ayant de moins en moins de pouvoir.

Il faut dire que Vaillant, journal idéologique fort bien fait, n’était pas toujours rentable. À l’inverse, Pif gadget devient rapidement une mine de revenus pour le PC… qui n’hésitait pas à y puiser : une histoire qui se terminera toutefois par un désastre financier, après une lente agonie, ceci jusqu’au rachat du titre voici peu par Frédéric Lefebvre, ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

Le travail sérieux de Maël Rannou, après un rappel historique de l’histoire de la presse communiste au cours des années d’après-guerre,évoque avec force de documents la période Pif gadget. D’anciens témoignages de Roger Lécureux, Hugo Pratt, Georges Rieu… ou des entretiens récents avec Claude Gendrot, Mircea Arapu, Louis Cance, Claude Gendrot… éclairent les différents chapitres de l’ouvrage : « De la Résistance à Pif gadget », « La Place du PCF », « Regards vers l’Est », « Rahan héros communiste ? », « Un humour anti-idéologique ? »… On peut cependant regretter que le rôle capital joué par Georges Rieu dans ce retour du PC aux commandes ne soit pas plus longuement évoqué. L’ensemble est illustré de documents rares, l’auteur ne se contentant pas de reproduire quelques pages extraites des séries phares. Une approche passionnante sur l’histoire d’un hebdomadaire pas comme les autres, dont le titre est sans cesse évoqué avec nostalgie par des personnalités issues des milieux les plus divers.

Né en 1989, Maël Rannou est le fondateur du fanzine Gorgonzola. Bibliothécaire, il réalise un master de Lettres consacré à la transmission idéologique dans Vaillant et un second sur le fanzinat en France. Il est directeur de la lecture de la Cité internationale de la BD et de l’image d’Angoulême depuis 2021.

Notons que l’excellente collection Mémoire vive, qui accueille cet ouvrage, a également vu publier en mai dernier « Cosey raconte des histoires ».

Éécrit par Ralph Doumit, cet essai propose un voyage au cœur de l’œuvre du créateur de « Jonathan », avec le concours de Gilles Ciment, Jean-Luc Cornette et Jean-Pierre Grandjean (104 pages, 15 € ; EAN : 978-2917837450)

Henri FILIPPINI

« Pif gadget et le communisme » par Maël Rannou 

Éditions P.L.G (15 €) — EAN : 978-2-9178-3741-2

Parution 10 juin 2022

              

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