Disparition de Jacques Nicolaou : Placid et Muzo pleurent leur père adoptif !

Le dessinateur Jacques Nicolaou s’est éteint le 30 mai 2022 : un nom qui ne dira pas grand-chose aux lecteurs d’aujourd’hui. Pourtant, Jacques Nicolaou a dessiné pendant plus de 40 ans les aventures de Placid et Muzo : un duo animalier qui a accompagné l’hebdomadaire Vaillant, puis Pif gadget, tout au long de l’histoire de ces périodiques.

Jacques Nicolaou est né le 7 octobre 1930, à Châtenay-Malabry.

Un brevet de dessinateur industriel en poche, il s’oriente vers le dessin qui le passionne.

À l’exception d’un gag publié en 1954 dans le Coq hardi de Marijac, il fera quasiment toute sa carrière aux éditions Vaillant où il entre en 1953, en proposant des jeux et des bricolages dans le mensuel Pif le chien, puis dans l’hebdomadaire Vaillant.

Avec quelques bouts de ficelle, un bouchon, une boîte de camembert vide…, il était capable de mettre au point des objets aussi incroyables que farfelus.

À la même époque, il tente cependant sa chance à la Société française de presse illustrée (SFPI), en campant de façon éphémère le professeur Nitrate et son assistant Trinot, entre autres, dans le format de poche Caramba.

En 1958, la rédaction de Vaillant lui propose de reprendre les gags de la série « Placid et Muzo », présents dans l’hebdomadaire depuis 1946.

Leur créateur, José Cabrero Arnal (1), souffrant des conséquences de son internement en camps de concentration, ne parvenait pas à fournir ses livraisons hebdomadaires.

Tout en laissant Arnal livrer quelques épisodes à son rythme, Nicolaou anime le duo avec une belle régularité, jusqu’en 1993, proposant gags en une planche et récits complets.

Ne cherchant pas à plagier la poésie chère Arnal ni les textes en vers de mirliton de Pierre Olivier, il opte pour une version plus simpliste, tant au niveau du trait que du scénario. Les jeunes lecteurs adoptent avec enthousiasme cette transformation plus à leur portée : le renard rusé et l’ours gaffeur devenant ainsi des personnages incontournables.

À partir de février 1964, Jacques Nicolaou a proposé 100 gags inédits dans le mensuel Placid et Muzo poche qui poursuit sa publication jusqu’en décembre 1993, totalisant 283 numéros et plusieurs spéciaux (Placid et Muzo super).

De 2004 à 2008, les deux joyeux lurons vivent de nouvelles facéties dans la version mensuelle de Pif gadget.

Nicolaou a notamment créé le personnage de Tib : intellectuel cool, neveu éloigné de Placid, et héros de quelques histoires.

Un seul album est proposé par les éditions du Kangourou en 1974, sous le titre « Les Inventions de Placid et Muzo ».

Il faut attendre 2009 pour que débute, jusqu’en 2016, l’édition intégrale en 12 volumes et deux hors-séries des pages publiées dans Vaillant puis Pif gadget.

Ces ouvrages sont disponibles à faibles tirages chez le micro éditeur Le Coffre à BD.

Souvent injustement moqué par des confrères bien moins populaires que lui auprès de leurs jeunes lecteurs, Jacques Nicolaou était un homme sympathique qui n’a jamais abandonné ses personnages, tout en consacrant sa retraite à l’aquarelle.

En 2021, il a organisé un mini musée Placid et Muzo dans une ancienne boucherie de Saint-Georges-de-Didonne où il résidait depuis plusieurs décennies.

C’est dans cette ville de Charente maritime, près de Royan, qu’il nous a quittés le 30 mai dernier, à l’âge de 91 ans.

BDzoom.com présente ses sincères condoléances à sa famille.

Henri FILIPPINI

Relecture, corrections, rajouts, compléments d’information et mise en pages : Gilles RATIER 

Autoportrait de Jacques Nicolaou dans Placid et Muzo poche n° 26.

(1) Sur Arnal, voir Pif le chien : histoire d’une tragédie éditoriale.

Galerie

Une réponse à Disparition de Jacques Nicolaou : Placid et Muzo pleurent leur père adoptif !

  1. Drouard dit :

    Quelle tristesse cette disparition, depuis la crise du covid j’attendais son retour au festival BD de Rochefort cette année. Un grand de la BD populaire qui disparait.