« J’ai embrassé́ une fille » : la renaissance de Jaap de Boer !

Alors qu’il n’a pas encore 16 ans, Bruno Bouteville — qui signera plus tard, la plupart du temps, ses bandes dessinées du pseudonyme Jaap de Boer (1) — va connaître ses premiers émois, au milieu des années soixante-dix, à la Garette : lieu de villégiature situé dans le marais poitevin, où il passe les vacances d’été avec ses parents. Après un dévastateur coup du sort survenu l’année dernière, notre auteur, tel le phénix, renaît aujourd’hui des cendres qui auraient pu le détruire complètement avec cette émouvante BD — au format franco-belge, mais avec des relents de roman graphique — où il se souvient de la première fois où il a embrassé une fille…

Il s’agit donc du récit de l’une de ces universelles premières fois où un adolescent tombe amoureux, où tout son corps, en plein chamboulement, bouillonne à la vue d’une jeune femme… : une pâmoison mêlée d’appréhension pour un garçon totalement inexpérimenté en ce domaine.

Accompagnant sa famille qui passe régulièrement ses congés dans un camping des Deux Sèvres, près de Niort, Bruno, qui aura 15 ans et demi en août, tente de profiter de cette période de détente : son père disparaissant toute la journée pour aller pêcher, tandis que sa mère s’occupe de toutes les harassantes tâches ménagères. C’est ainsi qu’un beau matin, à la sortie des douches, il croise la jolie Sylvie qui, elle, vient juste d’avoir 14 ans : « La petite peste aux grands yeux bleus et aux cheveux sombres déglingua tout ce qui était raisonnable et structuré en moi. »

            En 50 belles et grandes pages sépia, ce dessinateur au trait habituellement beaucoup plus classique se découvre, pour l’occasion, un style plus libéré qui rend parfaitement hommage à toutes ces filles qui ont fait basculer la vie de jeunes garçons et qui ont, en quelque sorte, forgé les hommes que ces derniers vont devenir.

Cette touchante histoire sur un ado pubère, située dans une région couverte de marais, où les promenades en barque sur les conches sont quasi obligatoires, est principalement évoquée avec de sensibles récitatifs, ponctués de quelques phylactères contenant les dialogues ; lesquels sont habilement enluminés à, l’aide d’une représentation graphique naviguant entre BD et suite d’illustrations.

Il faut aussi savoir que ces souvenirs furent d’abord écrits sous la forme d’une nouvelle nostalgique publiée, l’an passé, aux éditions Posidonia, sous le titre « Mémoires fugitives » ; sans qu’il soit question, à l’époque, d’en tirer une bande dessinée.

Or, c’est aussitôt après que le drame survint ! Un terrible incendie ravagea la maison de Jaap de Boer, les flammes détruisant tout de ce qu’il possédait : ses livres, ses dessins, ses photos… Bref, toute sa vie était partie en fumée : il n’avait même plus de matériel pour dessiner ! Heureusement, une belle solidarité s’orchestre très vite autour de lui et de nombreuses personnes bien intentionnées lui envoient crayons, sanguines, charcoals, fusain, plumes tachikawa, et autres pierres noires, afin qu’il puisse reprendre le collier. Seulement, voilà, ces outils n’étaient pas ceux qu’il utilisait habituellement. Notre infortuné dessinateur a donc dû prendre en main ce nouvel équipement et s’est ainsi que se forgea une véritable renaissance de son trait…

Parallèlement, tout en ressassant la catastrophe matérielle subie, Jaap retombe toutefois sur quelques clichés de son adolescence, gravés sur un disque dur sauvé des flammes par on ne sait quel miracle. C’est ainsi que l’envie de raconter à nouveau cette période, désormais partie en fumée, va s’imposer. Un peu comme un besoin de se la réapproprier, avec des ustensiles qu’il n’avait pour ainsi dire jamais utilisés : son trait rondouillard s’adaptant alors à merveille à son ressuscitant propos qui, curieusement, plonge ses racines dans son passé…

Chapeau l’artiste !

Gilles RATIER

(1)  C’est dès 1982 que Bruno Bouteville aborde la bande dessinée, notamment sous le pseudonyme de Jaap de Boer, dans divers périodiques généralistes ou spécialisés comme La Vie ouvrièrePif gadgetSuper HerculeÉpyderm, ainsi que pour la presse Fleurus. Il travaille aussi un temps en tant que coloriste (sur la série « Percevan », puis sur « Nathalie, la petite hôtesse » en 1985, un collectif sous le label Jaap de Boer qui a été ensuite la marque pour qu’il puisse continuer aux éditions D6) ou assistant-photographe, tout en publiant quelques poésies. Il dessine donc ensuite d’autres charmantes parodies gentiment érotiques, chez D6, qui lui permettront de se faire mieux connaître dans le milieu du 9e art : « Magali, la petite infirmière » (1988) et « Stéphanie, la petite duchesse (1989) scénarisée par Jean Léturgie, avec qui il propose « Bambou », une BD tout public publiée aux éditions Glénat en 1990. Il continue toutefois à produire diverses BD — très souvent sensuelles et destinées à un lectorat adulte —, en participant à différents magazines français ou étrangers comme Hot VidéoGlamourIntrepidaFuriosoPulsions, Love PartyX MagBD’AdultBD X, Rooie Ohtres, Klin Deuil, CircusYéti… Il a même dessiné du manga hentai sous le pseudonyme d’Obi Yamoto. 

À partir de 1995, abandonnant la BD coquine, il réalise des illustrations à thématique médiévale pour des revues (Histoire médiévale et Templarium) ou des structures spécialisées, telles Celtik ou Deirdre. Les éditions Ouest France lui commanderont aussi une biographie BD sur Guillaume le Conquérant, publiée en 2007.

« J’ai embrassé́ une fille : La Garette, 1974 » par Jaap de Boer 

Éditions Papelards & Gribouillis (25 €) — EAN : 978-2-9571374-2-8

Parution 12 mai 2022

Afin de soutenir Bruno Bouteville, commandez-lui directement son livre (jaap@wanadoo.fr) ou via l’association Papelards & Gribouillis (papelardsetgribouillis@gmail.com). Dans les deux cas, pour 42 € (en comptant les frais de port), votre album vous sera alors envoyé personnellement dédicacé avec un dessin en deux tons, sanguine et crayon gris, auquel seront jointes quatre jolies cartes postales inédites.

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2 réponses à « J’ai embrassé́ une fille » : la renaissance de Jaap de Boer !

  1. Vincent dit :

    Nathalie la petite hôtesse n’est pas de lui ! C’est renaud qui en est l’autre l’auteur? Bruno a récupéré le speudonyme plus tard

    • Gilles Ratier dit :

      Bonjour Vincent et merci pour votre précision !
      Bruno Bouteville vient de nous confirmer que « Nathalie » fut un collectif sous le label Jaap qui a été ensuite la marque pour qu’il puisse continuer chez D6. Ainsi, sur cet album (« Nathalie »), il s’est occupé des couleurs sous le pseudonyme de Bert Boetviel. En revanche, il a bien réalisé les dessins, seul, de « Magali » et de « Stéphanie ».
      On corrige donc dans ce sens…
      Bien cordialement