Joseph Kessel, l’écrivain aventurier voyageur…

Il y a des écrivains dont la vie explique en grande partie l’œuvre et, quelque part, la dépasse. Par sa diversité, ses parcours, ses excès, celle de Joseph Kessel en fait partie. L’homme, en soi, a eu une vie tellement romanesque – et cet album le démontre à l’envi – que certains y voient un mythe. Alors replongeons dans la vie tumultueuse de cet écrivain reporter hors normes avec « Kessel : la naissance d’un lion » : un volume qui n’est qu’un tome 1, tellement il a à raconter sur Kessel !

L’album est construit en chapitres BD thématiques, non chronologiques, précédés d’une présentation où l’on rappelle qu’il a déjà beaucoup voyagé avec sa famille. Son père lituanien et médecin s’installe en France, puis en Argentine, enfin sur les rives de l’Oural où grandit Joseph, avant un retour en France. Pendant la Grande Guerre, Kessel s’engage comme infirmier dans les hôpitaux parisiens, deviendra artilleur, puis « observateur » à bord d’avions.

Après New York et son « rêve d’Amérique », en 1918, en tant que soldats célébrés comme des héros, avec à la clé vie amoureuse et vie d’ivresse, le voilà à Vladivostok en 1919, où tout le monde l’appelle Jef… C’est tout le sujet du chapitre « Ubu en Sibérie », mais également celui de « Aime-moi noire » et la passion de Kessel pour la musique tsigane, les bouges, les femmes… qu’on retrouve dans son récit « Les Temps sauvages ».

On le retrouve également à Paris en 1923 avec déjà de très bons livres derrière lui et la création d’un journal :Gringoire. Il devient la coqueluche de la vie parisienne et vit sans compter, une « vie d’excès », dit-on… L’aéropostale est évidemment au rendez-vous avec le séjour marocain de Kessel et le vol Toulouse-Casablanca-Dakar qu’il décrira dans « Vent de sable ». Ce voyage en avion, à la fin des années 1920, aurait pu être ennuyeux, s’il s’était concentré sur le vol, le bruit du moteur, les odeurs d’huile, les incertitudes de la navigation ou la crainte des Maures hostiles qui rançonnent les aviateurs obligés de se poser en catastrophe. Dans « Vent de sable », le lecteur est heureusement entraîné dans d’autres scènes :celles des escales et des rencontres humaines, auxquelles elles sont propices.

Les auteurs de « Kessel : la naissance d’un lion » ne pouvaient passer sous silence son reportage sur l’esclavage dans la Corne de l’Afrique (relatée dans « Fortune carrée »). Avec le chapitre intitulé « La Caravane des esclaves », c’est Djibouti, la Mer Rouge, Henry de Monfreid, Rimbaud…

Le tout est dessiné par Jörg Mailliet dans un style très Pratt par moments – en plus lâché cela dit -, impression que les couleurs d’Émilie Rouge renforcent d’ailleurs. Autant dire qu’on se laisse facilement emporter par les aventures vécues par Kessel.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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NB – À part deux extraits adaptés dans Je bouquine (« Les Cavaliers » dans le n°64 de juin 1989 et « Le Lion » dans le n°139 de septembre 1995), rien de Kessel n’a été adapté jusque-là en BD.

« Kessel : la naissance d’un lion » par Jörg Mailliet et Cyrille Charpentier

Éditions Les Arènes (23, 90 €) – EAN : 9791037506290

Parution : 28 avril 2022

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