« La Limite n’a pas de connerie » : l’imagination d’Emmanuel Reuzé non plus !

Depuis une quinzaine d’années, Emmanuel Reuzé fait partie de ces auteurs chers aux cœurs d’une poignée de lecteurs amoureux d’humour aussi noir que décalé. Il lui faut attendre 2019 — et la parution du premier opus de « Faut pas prendre les cons pour des gens » — pour que le petit cercle des initiés se transforme en une véritable armée comptant des dizaines de milliers de lecteurs. Futé, en attendant la publication du quatrième tome annoncé pour la rentrée, son éditeur propose un album tout aussi déjanté, réunissant une sélection de quelques savoureux péchés de jeunesse.

L’excellent Psikopat de Paul Carali et le non moins irrespectueux Écho des savanes ont hébergé les premiers travaux d’Emmanuel Reuzé. Au fil de courtes histoires délirantes, le futur spécialiste en conneries en tous genres s’est penché avec délice sur quelques figures incontournables de l’imagerie populaire (Billy the Kid, Tarzan, Louis Blériot, Texas Bill, les serials killer…), mais aussi sur la télévision, les sectes, les Jeux olympiques, les desperados, les joueurs de crottes de nez, les bigornophiles… L’humour décapant de ce spécialiste en détournements de la culture populaire est redoutable et implacable : d’une absurdité tellement logique que l’auteur fait mouche à tous les coups. Peu importe que son dessin ne soit pas vraiment au top, selon les critères des amateurs de belles images, la force du texte fait oublier les faiblesses graphiques.

Comme le dit fort justement le titre de l’album, la limite n’a pas de connerie et chez Reuzé « limite » est un gros mot qui n’existe pas dans son vocabulaire. Inconditionnel de Buster Keaton et du « Monty Python’s Flying Circus » dont il apprécie le non-sens anglo-saxon, il puise son inspiration chez ces maîtres de l’absurde.

La vingtaine de courts récits réunis dans cet album (bien qu’anciens) ne décevra pas ceux qui suivent le travail de cet observateur sans concession d’un monde dont il s’approprie avec gourmandise les travers. Dérision toujours, en guise d’entrée en matière il imagine dix préfaces que l’on dévore avec gourmandise, prêtées par des écrivains célèbres : de Rabelais à Houellebecq. Notons que certains scénarios ont été peaufinés avec la complicité de ses amis Nicolas Rouhaud, Jorge Bernstein et Vincent Haudiquet. 

Né à Châtellerault le 19 avril 1969, Emmanuel Reuzé étudie aux Beaux-Arts de Poitiers, puis aux Arts déco de Limoges. Il devient photographe, tout en se passionnant pour la bande dessinée. Ses premiers travaux sont publiés par Le PsikopatGorgonzola aux éditions L’Égouttoir, L’Écho des savanes, enfin Fluide glacial à partir de 2010. Dès 2002, il réalise plusieurs albums pour les éditions Emmanuel Proust, dont la trilogie « Ubu roi », puis signe « La Vraie Vie de Didier Super » chez Delcourt, « Les Métiers secrets de la bande dessinée » avec Jean-Luc Coudray chez la Boîte à bulles… Parmi ses premiers albums édités chez Fluide glacial, il publie « L’Art du 9e art », avant de se lancer dans « Faut pas prendre les cons pour des gens » en 2019 : série dont les ventes dépassent les 100 000 exemplaires.

Il vit à Rennes avec sa compagne : la photographe Muriel Bordier.

Henri FILIPPINI 

« La Limite n’a pas de connerie » par Emmanuel Reuzé, Nicolas Rouhaud, Jorge Bernstein et Vincent Haudiquet

Éditions Fluide glacial (12,90 €) — EAN : 979 1 0382 0408 9

Parution 6 avril 2022

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