« Lord Gravestone » : la chasse aux vampires est ouverte !

Des vampires, une ambiance gothique et un héros prêt à tout pour venger son père ? Amateurs de « Dracula » ou de « Van Helsing », ce nouveau « Lord Gravestone » est indéniablement fait pour vous ! Dans cet opus démarrant un premier cycle en trois actes, Jérôme Le Gris et Nicolas Siner s’inscrivent en amont de l’incontournable chef-d’œuvre de Bram Stoker (1897) : affrontant une nemesis féminine incarnée par la strige Camilla von Holbein, John Gravestone devra se hisser à la hauteur de son héritage familial. Un combat dans lequel les coups seront rendus à sang pour sang…

De l'art gothique ! : planches 1 et 2 - Glénat 2022.

Avec un tel synopsis, les auteurs savent parfaitement où ils mettent les pieds. Le thème vampirique entre dans la littérature avec la longue nouvelle « Le Vampire », écrite par John William Polidori en 1819, et prend pleinement son essor avec « Carmilla » de Sheridan Le Fanu en 1872. Présentant le monstre comme la victime de son propre état de mort-vivant, en quête d’une innommable soif d’éternité, « Carmilla » a également le grand mérite de placer au centre de l’intrigue un personnage féminin sensuel et venimeux. Énigmatique, dangereuse, exaltée, sombre, tourmentée… et incarnation de l’homosexualité féminine, l’exquise beauté inconnue est littéralement d’une ambigüité sans nom ! Abraham Van Helsing, savant hollandais qui sera d’un grand secours pour Jonathan Harker dans sa lutte contre le comte Dracula, est quant à lui… l’anagramme du mot english tout autant qu’un double de Bram Stoker lui-même, comme l’indique le rapprochement des prénoms. Autant dire que les thématiques du sang, du patrimoine héréditaire, du double, du miroir, de l’altérité et de la monstruosité font tout le sel des intrigues du genre, ce jusqu’à Anne Rice (« Entretien avec un vampire », 1976 ; film en 1994) ou à la saga « Twilight » (Stephenie Meyer, 2005-2020 ; films de 2008 à 2012).

Un loup pour l'homme... : planches 3 et 4 - Glénat 2022.

L’action gothique du « Van Helsing » de Stephen Sommers (2004) ou d’ « Abraham Lincoln : Chasseur de vampires » (Timour Bekmanbetov, 2012), une époque prévictorienne (l’intrigue de « Lord Gravestone » démarre pleinement en 1823) et d’amples références à d’autres univers gothiques (dont « La Légende de Sleepy Hollow » par Washington Irving en 1820) irriguent les planches – doublement crépusculaires et spectaculaires ! – du présent album. Comment ne pas songer en outre à des séries aussi diverses que « Le Chant des Stryges », « D », « Le Prince de la nuit », « Le Troisième testament » et « Ulysse 1781 », dont les fils conjugués auraient aussi pu aboutir à « Lord Gravestone » ? Cherchant naturellement à innover dans un registre passablement encombré, les auteurs introduisent la notion de « Baiser rouge » : soit une phase préalable au basculement entre le statut humain et le statut vampirique, sorte de stase permettant (dans de terribles souffrances) le passage vers la mutation maléfique. Dès lors, la vie et le destin du héros ne tiendront plus qu’à un fil, toute confrontation avec les forces du mal risquant de transformer à jamais le personnage, rebondissements et cadavres nombreux étant placés sur sa route ou dans son sillage.

Dynamique, porté par un graphisme solide et par le souffle (incertain) de l’aventure, « Lord Gravestone » ne déçoit guère tout au long de ses 56 pages. Érotisme et cruauté s’y succèdent dans la tradition du genre : vivement les épisodes suivants, annoncés pour les 23 septembre 2022 et 1er avril 2023.

Philippe TOMBLAINE

« Lord Gravestone T1 : Le Baiser rouge » par Nicolas Siner et Jérôme Le Gris

Éditions Glénat (19,99 €) – EAN : 978-2344018774

Parution 9 mars 2022

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