Et pour quelques albums sortis en 2021 de plus…

Même s’il est assurément plus porté sur les classiques du 9e art et son patrimoine, BDzoom.com se veut quand même un site assez éclectique : preuve en est cette compilation de quelques livres de bandes dessinées que l’ensemble de nos chroniqueurs réguliers n’avait pas encore, pour diverses raisons, pu mettre en avant, lors de leur sortie dans le courant de l’année 2021.

Commençons par les choix, évidemment traditionnels, de nos plus fervents défendeurs d’un certain classicisme.

« Rio : intégrale » par Corentin Rouge et Louise Garcia 

Éditions Glénat (49 €) — EAN : 978-2-344-05016-3
Parution 3 novembre 2021

Le carnaval des truands : Rouge Brésil !

Après le réussi « Juarez », Corentin Rouge a continué d’explorer le Sud, grâce au scénario de la Brésilienne Louise Garcia, avec « Rio », en quatre tomes parus entre 2016 et 2019. Au milieu d’un univers violent, parfois maléfique, deux enfants dont la mère a été assassinée (Nina et Rubeus) essaieront de survivre. Pris entre petits vols et désespoir, les deux jeunes sont adoptés par un riche couple. Devenus adolescents, ils voient, dans la favela, s’accumuler les règlements de comptes, tueries entre truands et police corrompue, et sont pris dans ce mouvement. L’histoire nous plonge dans une action très physique, sans concession, mais avec souplesse. Malgré sa dimension sociale, hélas véridique, l’histoire est menée de façon trépidante, et l’action ne s’arrête jamais. En bonus, des couvertures nouvelles et une série finale de dessins. « Rio » est la preuve de la progression fulgurante du jeune dessinateur. Avec son aisance, il se place, au-delà de sa filiation, dans la lignée des plus grands. Il n’a pas fini de nous émerveiller.

Patrick BOUSTER

« Rio : intégrale » par Corentin Rouge et Louise Garcia.

« Le Mercenaire : intégrale » T2 par Vicente Segrelles

Éditions Glénat (35 €) — EAN : 978 2 3440 4389 9
Parution 18 août 2021

Une intégrale attendue !

En 1981, le mensuel espagnol Cimoc offre sa couverture à une nouvelle saga fantastique : « El Mercenario ». Chevauchant un dragon volant, revêtu d’une solide armure et accompagné par la belle Nan-Tay, Le Mercenaire survole des régions hostiles noyées dans d’éternels brouillards, dont les populations des cités à l’architecture imposante sont opprimées par des tyrans. Publiée partiellement en France par Circus, cette imposante saga compte 13 albums édités par Glénat jusqu’en 2004. Vicente Segrelles, né en 1940 à Barcelone, est à la tête d’une agence de publicité avant de se lancer dans l’illustration, puis dans la bande dessinée. Son dessin hyperréaliste et fouillé est d’autant plus remarquable qu’il est réalisé sur toile, au format de parution, à la peinture à l’huile. Les éditions Glénat proposent une indispensable version intégrale de l’œuvre en trois parties de 256 pages, dont le second volume est sorti en août dernier.

Henri FILIPPINI

« Le Mercenaire : intégrale » T2 par Vicente Segrelles.

Passons ensuite, avec chaque spécialiste du genre (ou pas, d’ailleurs…), à d’autres formes divertissantes de la bande dessinée : fumettimangas et comics 

« Zardo » par Emiliano Mammucari et Tiziano Sclavi 

Édition Fordis (20 €) — EAN : 979-10-95720-35-5
Parution 17 décembre 2021

Comment dissimuler le corps d’un ex-petit ami ?

Tiziano Sclavi (l’excellent scénariste qui créa le célèbre « Dylan Dog ») écrivit, au début des années 1980, le roman « Nero » qui fut publié en 1992 chez Camunia. Il s’agissait, en fait, d’un projet transmédia, puisque Giancarlo Soldi en fit un film (où Hugo Pratt avait un second rôle), qui sortit en salles la même année. Quelques années après, le réalisateur retrouve un autre scénario basé sur « Nero », conçu cette fois-ci pour la bande dessinée. Une fois relu et corrigé, puis une page rajoutée, le tout est relancé chez les fumetti de Bonelli, en Italie, où il devient « Zardo » (référence au nom du protagoniste de l’histoire), en 2020. Grâce à la flamboyante et dynamique adaptation graphique du dessinateur Emiliano Mammucari, fort bien mise en valeurs par les couleurs adéquates de Luca Saponti, cette cauchemardesque histoire de cadavre qu’il faut dissimuler est sombre et envoûtante à souhait, nous entraînant inexorablement dans le macabre et l’horreur. C’est une superbe résurrection des récits du genre, comme en publiaient les EC Comics pendant les années cinquante, que nous propose ici, dans sa version française, les éditions Fordis, dans leur toute nouvelle collection Tourments. 

Gilles RATIER

« Zardo » par Emiliano Mammucari et Tiziano Sclavi.

« Lupin III : The Third Anthology » par Monkey Punch

Édition Kana (12,70 €) — EAN : 9 782 505 111 207
Parution 17 septembre 2021

La version papier de Lupin arrive enfin en France !

Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, étant passé dans le domaine public depuis janvier 2012, il est enfin possible d’avoir une édition en français de l’œuvre de Monkey Punch inspirée de ce grand classique français.

Lupin, troisième du nom, est un voleur astucieux et soi-disant petit fils du célèbre Arsène. Ces 11 histoires représentatives de la série ne sont pas publiées dans l’ordre de parution initiale, mais comme chaque aventure est indépendante, cela ne gêne en rien la découverte de ce titre. On remarquera juste une disparité dans le graphisme, qui de tout de façon, est plus proche de ce que l’on pourrait trouver dans un fumetti (BD populaire italienne) que dans un manga classique. C’est avec une esthétique très européenne de la fin des années soixante que Monkey Punch a mis en scène ce personnage qui va le rendre célèbre et surtout le suivre tout au long de sa vie. Décédé à l’âge vénérable de 81 ans, le 11 avril 2019, il n’aura jamais eu la chance de voir cette édition française, lui qui aimait pourtant notre pays pour lui avoir emprunté l’un de ses plus grands personnages de fiction. Seuls la série animée et quelques films ont déjà eu les honneurs des écrans français sous le nom d’« Edgar, le détective cambrioleur ». En 1985, date de la première diffusion sur France 3, les droits n’étaient pas encore échus, le personnage a donc dû changer de nom pour s’adapter au marché français. Il existe sept séries télévisées, dont la seconde fut partiellement diffusée en France et la cinquième est récemment apparue sur la chaîne Manga, mais également 28 téléfilms et 11 films : ce qui fait de Lupin, l’un des personnages les plus connus au Japon, depuis plus de 50 ans. Il était temps que le manga de ce fameux voleur soit disponible dans la langue de ses ancêtres : en espérant que le succès sera au rendez-vous et que la série complète puisse, éventuellement, être publiée un jour. Malgré son âge, cette série est toujours aussi fraîche et burlesque, à découvrir d’urgence pour entrevoir une autre facette du manga et constater que ces bandes dessinées japonaises ne sont pas toutes identiques dans leurs graphismes et leurs narrations.

Gwenaël JACQUET

« Lupin III : The Third Anthology » par Monkey Punch.

« Le Tombeau de Dracula T2 : Le Seigneur des morts-vivants » par Gene Colan, Virgilio Redondo, Marv Wolfman, Steve Englehart et David Kraft

Éditions Panini (70 €) — EAN : 979-10-391-0081-6
Parution 27 octobre 2021

Enfin ! L’une des toutes meilleures séries Marvel des années 1970 est disponible en France dans une édition digne de ce nom.

Panini a édité le deuxième omnibus de « Tomb of Dracula » de Marv Wolfman, Gene Colan et Tom Palmer, achevant le run des 70 épisodes de cette excellente série, accompagnée de quelques compléments (Doctor Strange n° 14 et Giant-Size Dracula n° 5) dus à d’autres auteurs. Une bande formidable dans laquelle l’antihéros Dracula se dispute le rôle principal avec ses adversaires (Blade, Hannibal King, Quincy Harker, Frank Drake et Rachel Van Helsing), tout aussi tourmentés que le vampire immortel lui-même par ses méfaits sanguinaires ayant traumatisé leurs propres existences. Une série qui sait habilement raconter une histoire, avec de vrais personnages émouvants, des ambiances gothiques à souhait et une narration et un dessin expressionniste et cinématographique exceptionnels. On est d’ailleurs proche du cinéma de genre de l’époque avec ce Dracula au physique proche de Jack Palance et l’ambiance très Hammerienne des récits. Dracula voyage et se rend aux États-Unis, s’opposant au maléfique Docteur Sun, à des adeptes de Satan et plus étonnamment — continuité Marvel oblige — au Doctor Strange et au Silver Surfer ! Précédemment parue chez Arédit en petit format noir et blanc, puis en format comics en couleurs, la série trouve enfin son écrin et la place méritée sur vos rayonnages. En attendant un troisième tome, avec peut-être les épisodes noir et blanc du magazine et la série parue dans Epic, toujours sous la houlette de Colan.

Jean DEPELLEY

« Le Tombeau de Dracula T2 : Le Seigneur des morts-vivants » par Gene Colan, Virgilio Redondo, Marv Wolfman, Steve Englehart et David Kraft.

« Meadowlark » par Greg Ruth et Ethan Hawke

Éditions Robinson (22 €) — EAN : 9 782 016 291 122
Parution 25 août 2021

Quand un acteur américain devient scénariste de comics

Ce « récit noir et initiatique », comme l’indique d’emblée le sous-titre de l’album, se situe dans une petite ville du Texas. Là, Cooper est un adolescent qui doit supporter les choix calamiteux de son père : Jack, un ancien boxeur qui travaille à présent dans un pénitencier. On comprend vite que l’homme est un raté imprévisible, mais qu’il y a pourtant entre le fils et le père une étonnante solidarité : peut-être parce que l’ado cherche à devenir adulte et qu’il tient ardemment à être admiré par son père. De son côté, ce dernier, qui a toujours peur de décevoir son fils, l’embarque dans un road-movie endiablé. L’adolescent à problèmes, dont les parents ont divorcé, doit alors faire face et tenir bon jusqu’au bout. Au total, 250 planches d’un récit haletant, quelquefois violent, souvent poignant, porté par un dessin réaliste, qui tient du crayonné légèrement teinté, très séduisant.

Didier QUELLA-GUYOT 

« Meadowlark » par Greg Ruth et Ethan Hawke.

BDzoom.com est aussi un site à prétention pédagogique, ce qui explique les mises en avant d’ouvrages éducatifs par certains de nos collaborateurs, qui sont de dévoués enseignants par ailleurs. 

« La Grande Histoire de l’écriture, de l’écriture cunéiforme aux émojis » par Vitali Konstantinov

Éditions La Joie de lire (24,90 €) — EAN : 978-2-8890-8558-3
Parution le 19 août 2021

L’écriture, une histoire passionnante…

Dans ce superbe livre au grand format (37×27 cm), vous en apprendrez beaucoup sur l’histoire de l’écriture : des prémices du paléolithique aux derniers alphabets créés au XXIe siècle. L’Ukrainien Vitali Konstantinov s’est documenté aux meilleures sources pour donner à comprendre le processus de création des systèmes d’écriture ; du son produit par les organes de la parole à l’acte de coder des langues très différentes. Beaucoup de détails sérieux ou amusants sur (presque) tous les alphabets connus, des classiques latin et grec aux méconnus tagalogs ou Ougariques. Les solides recherches bibliographiques de l’auteur, attestées par de riches lexique et bibliographie en fin d’ouvrage, n’empêchent pas quelques touches d’humour. L’auteur évoque par exemple l’alphabet elfique inventé par J.R.R. Tolkien pour sa saga « Le Seigneur des anneaux » ou le klingon : un alphabet imaginé pour la série télévisée « Star Trek ». Ouvrage de vulgarisation scientifique inventif, « La Grande Histoire de l’écriture » vous offre une belle, et même très belle, occasion de voyager dans le temps et sur tous les continents à partir du parcours d’une invention extraordinaire qui marque l’entrée des hommes dans l’Histoire.

Laurent LESSOUS

« La Grande Histoire de l’écriture, de l’écriture cunéiforme aux émojis » par Vitali Konstantinov.

« # J’accuse… ! » par Jean Dytar

Éditions Delcourt (29,95 €) — EAN : 978-2413015864
Parution 1er septembre 2021

L’affaire Dreyfus traitée par les médias et les réseaux sociaux contemporains…

De 1894 à 1906, l’apparente trahison d’un officier juif au profit de l’Allemagne déchire la France… Mais la chronologie de cette affaire d’État aurait-elle été différente avec l’utilisation des médias actuels ? Jean Dytar nous replonge au cœur du dossier… via son écran d’ordinateur ! Convoquant protagonistes et discours officiels, minutes du procès et coupures journalistiques issues de La Libre Parole, de L’Intransigeant ou de L’Aurore, l’auteur redessine en noir et blanc toute une époque polarisée sur l’antisémitisme et le conflit des valeurs. Sous l’hashtag, « J’accuse… ! » se dévoile un travail d’archives colossal. Et sous l’Histoire, la réalité augmentée : chaque page et article étant également enrichi via l’application Delcourt-Soleil. Un ouvrage de 312 pages à classer au rang des incontournables de cette fin d’année, et par ailleurs déjà entré dans la sélection du Prix BD Fnac France Inter 2022.

Philippe TOMBLAINE

« # J’accuse… ! » par Jean Dytar.

Et finissons par des ouvrages peut-être un peu plus novateurs, qui méritent aussi le détour et toute votre curiosité… Et comme Brigh Barber a eu l’idée de cet article, nous l’avons autorisé à nous présenter deux de ces pépites !

« Le Grand Vide » de Léa Murawiec

Éditions 2024 (25 €) — EAN 978-2-901000-70-9
Parution 20 août 2021

« Mais… Manel Naher, c’est moi ! » Qui est donc cette autre Manel Naher qui fait la Une des journaux ?

Finaliste malheureux du Grand Prix de la Critique ACBD 2022, « Le Grand Vide » reste encore l’un des favoris à l’attribution des Fauves angoumoisins, qui seront remis début janvier, du moins en ce qui concerne la révélation. Dans ce récit dystopique d’un monde devenu réseau social, où la survie dépend de la notoriété et où la jeune Manel Naher subit une intégration forcée à défaut de sauter dans Le Grand Vide, Léa Murawiec s’interroge sur la durée mémorielle et l’éternité. L’ensemble est illustré dans un style manga-graphique expressif et bouillonnant, au découpage déstructuré, réalisé en monochrome bleu, auquel s’ajoute parfois une touche de rouge. Toutes ces qualités, dues à cette nouvelle et talentueuse nouvelle venue dans le monde du 9e art, ont logiquement fait de cet enthousiasmant « Grand Vide » l’un des ouvrages les plus remarqués de cette fin d’année.

Laurent TURPIN

« Le Grand Vide » de Léa Murawiec.

 « D.A.C. : la déconstruction de l’analyse constructive » par David Snug

Éditions Même pas mal (16,00 €) — EAN : 978-2-918645-60-3
Parution 16 avril 2021

Entre analyse loufoque du monde moderne et journal intime…

David Snug est un auteur particulièrement intéressant dans la lignée de Gébé ou de Reiser. De Gébé, David Snug a fait ce pas de côté prôné dans « L’An 01 », lui permettant de voir notre société autrement, et de Reiser, il a le regard franc et sans concession sur l’état du monde. « D.A.C. : la déconstruction de l’analyse constructive » est le journal que David Snug a tenu du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Il nous expose ses réflexions sur la culture, son rapport au travail, l’intérêt du DIY (Do It Yourself), l’arrivée de la COVID, la numérisation du monde… : ce dernier thème sera d’ailleurs au centre de son prochain album. « D.A.C » contient également « Boucherie » : un CD du groupe Trotski nautique formé par David Snug et Alda Lamieva.

Brigh BARBER

« D.A.C. : la déconstruction de l’analyse constructive » par David Snug.

 « Revanche » par Alex Baladi

Éditions The Hoochie Coochie (28,00 €) – ISBN 978-2-916049-79-3
Parution 20 août 2021

Un western vengeur qui déconstruit le genre !

Nous vous avions proposé un entretien avec l’auteur suisse Alex Baladi pour la sortie de son récit de pirates « Renégat », publié chez The Hoochie Coochie. Il revient chez le même éditeur, près de neuf ans après, avec « Revanche » qui explore cette fois-ci l’univers du western. Baladi reprend, pour cette nouvelle histoire, le principe narratif de « Renégat » : un prisonnier raconte son histoire à un interlocuteur. Si le pirate narrait sa vie à un écrivain, le tueur à gages captif de « Revanche » échange avec son geôlier. Mais cette fois, Baladi ajoute à son récit de nombreux personnages féminins forts. Vengeance, braquages, massacres… : toute la violence de l’Ouest est présente dans les destins des protagonistes de « Revanche » que certains arriveront à rompre. Le noir et blanc de Baladi apprivoise aussi bien les ambiances de l’Ouest qu’il le fit avec les étendues marines de « Renégat », pour nous offrir un nouveau parcours de l’enfermement vers la liberté.

Brigh BARBER

« Revanche » par Alex Baladi.

 

 

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