Smala macaroni et tutti quanti…

Baru nous a habitués depuis longtemps à puiser dans ses souvenirs de jeunesse. De « Quéquette blues » à « Villerupt 1966 », en passant par « La Piscine de Micheville » ou « Les Années Spoutnik », rares sont les albums sans souvenirs personnels nourrissant des récits plus ou moins inventés. La trilogie qu’il a entamée en 2020 avec « Bella Ciao » ne déroge pas à la règle : ce que confirme le tome 2 qui vient de paraître…

Dès le premier opus, « Bella Ciao » réunit des histoires courtes, indépendantes et plus ou moins autobiographiques. Baru racontait alors cet épisode de 1893 où la population locale d’Aigues-Mortes s’en était prise aux travailleurs italiens : 10 morts ! Il faisait également un sort (historique et documenté) à la célèbre chanson « Bella Ciao » : chanson partisane ou pas ? Mais surtout, il racontait, se racontait, à travers des épisodes de sa « smala macaroni », comme il la désignait lui-même. Joli métissage verbal, d’ailleurs, puisque que le terme smala (pour famille), est d’origine algérienne.

Dans ce premier volume, donc, les souvenirs personnels remontaient à la surface avec leurs corollaires essentiels : l’immigration de sa famille ouvrière avec documents de naturalisation à l’appui, mais également les motivations politiques (chemises rouges communistes contre chemises brunes fascistes) et des anecdotes (les pantalons courts pour exhiber de belles chaussures)… Dans ce deuxième tome, Baru, Grand Prix d’Angoulême en 2010, revient à nouveau à l’évocation des années d’immigration et au regard porté sur l’étranger. Lui, plus « fils d’ouvrier » que « fils d’Italien » comme il le dit lui-même, tient par-dessus tout à témoigner d’une conscience de classe et de la volonté de ses ascendants à s’intégrer coûte que coûte… sans cesser pour certains de rêver du ritorno : le retour au pays. Mais le ritorno n’est pas simple d’autant que l’accueil de ceux qui reviennent se passe souvent mal !

Très belles pages également sur la tradition familiale du Saint-Lundi qui résonne étrangement dans les souvenirs du tout jeune Baru, ou l’évocation mouvementée et mémorable de sa communion. C’est probablement ces trajets entre l’histoire personnelle et l’Histoire tout court (les volontaires italiens en 1914 ou les gamins subissant l’endoctrinement de cet « abruti de Duce ») qui donne toute sa force à ces albums.

Puisqu’on parle de l’Italie, signalons pour finir « Amore : amours à l’italienne » réalisé par Zidrou et David Merveille (chez Delcourt) : un recueil de neuf histoires d’amour drôles et sensuelles toutes situées en Italie. Ces nouvelles –  car ce sont là des « nouvelles » tant la part de texte en voix-off est importante – sont souvent tendres, voire passionnées. Certaines finissent mal – normal pour des histoires d’amour ! -, mais toutes sont joliment écrites – normal pour du Zidrou ! -, notamment « Pietro et Ada », très touchante, ou « Santo Desiderio », un peu cynique.

Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/

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« Bella Ciao T2 : (Due) » par Baru

Éditions Futuropolis (20 €) – EAN : 9782754831420

Parution 3 novembre

 

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