L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...Clap de fin pour l’hexalogie culte d’Alex Alice !
Sixième et dernier volume de la série : « Le Château des étoiles » où nous retrouvons une dernière fois nos héros dans un univers uchronique : un XIXe siècle qui aurait découvert le moyen de voyager jusqu’à Mars et Vénus, à partir du mystérieux éther. Heureusement, la série parallèle « Les Chimères de Vénus » d’Alain Ayrolles et Jung se poursuivra encore sur au moins deux volumes.

Cette très belle série est à la croisée de plusieurs registres ; steampunk d’aventures à la Jules Verne, aventures aériennes dignes des meilleurs dessins animés de Miyazaki, romantisme du récit d’initiation d’un jeune garçon en terre inconnue, le tout animé par un humour toujours sous-jacent.

Alex Alice a entièrement réalisé à l’aquarelle les planches, dont les tons sont atténuée par un blanc dominant, de cette bande dessinée aux décors époustouflants, des cieux proches de l’éther à la folie douce d’une exposition interplanétaire dans le Paris de 1875.
La superbe couverture qui évoque ouvertement celles des romans de Jules Verne, édités par Hetzel, est une aimable mise en bouche, tant le lecteur suit avec ravissement, toujours surpris par les rebondissements du récit, les aventures de Séraphin : jeune candide étonné par les agissements des hommes et qui ne rêve que de voyager dans les cieux de l’éther.

« Le Château des étoiles » a su retrouver le goût et la force créatrice des grands feuilletons du XIXe. Concept original, cette uchronie esthétique est devenue, au fil de ces six volumes, un incontournable de la bande dessinée jeunesse.
Comme à chaque fois, l’édition classique est accompagnée d’un tirage de luxe en grand format. Les 16 pages supplémentaires comprennent entre autres 8 pages de croquis des véhicules et les différents pavillons de mars et vénus.
Il existe donc 3 versions du même album : la première, sous forme de prépublication en feuilleton dans une version rappelant les journaux des années 1900, une seconde édition classique à la couverture rehaussée d’un vernis sélectif brillant et un troisième plus luxueux et plus grand avec des dorures en plus du cahier graphique de fin. Autant dire que le choix est large et, quel que soit le format, le plaisir reste le même.

Laurent LESSOUS (l@bd) et Gwenaël JACQUET
« Le Château des étoiles T6 : L’Exposition interplanétaire de 1875 » par Alex Alice
Éditions Rue de Sèvres (14,50 €) – EAN : 978-2-81020-475-5











