Drolatique ou sans divertissement ?

Les Brizzi reviennent en force avec l’adaptation de quelques « Contes drolatiques » d’Honoré de Balzac. On connait à présent ce duo dynamique, travaillant ensemble dans le film d’animation (l’un aux décors, l’autre plutôt aux personnages) : deux frères qui écrivent cependant à quatre mains (si l’on peut dire) et ont déjà signé plusieurs albums remarquables chez Futuropolis…

On les a découverts avec la surprenante « Cavale du Docteur Destouches » sur scénario de Christophe Malavoy, en 2015. Le scénariste s’y intéressait à un épisode trouble et pitoyable de la vie de Céline, et Paul et Gaëtan Brizzi en faisaient un personnage granguignolesque dont la cavale emportait totalement son lecteur. Puis ce fut « L’Automne à Pékin » en 2017 avec la brochette de personnages déjantés inventés par Boris Vian : Amadis Dudu, fonctionnaire zélé ; Cornélius Onte, ingénieur à la Wacco et responsable d’un chantier ; le professeur Mangemanche, fou de modélisme et accessoirement médecin ; le curé Petitjean ; un égyptologue, Athanagore Porphryrogénète ; la jolie Rochelle… Tout ce petit monde se retrouvait plus ou moins (mais plutôt plus) par hasard, en Exopotamie, les uns explorant des tombeaux, les autres travaillant ardemment pour l’installation d’une ligne de chemin de fer, tous logeant dans un petit hôtel du désert fort mal placé…  Une adaptation exceptionnelle !

Autant dire que la littérature est au centre de leurs préoccupations graphiques et scénaristiques. De fait, on n’est pas surpris par l’adaptation en bande dessinée de quatre des « Contes drolatiques » de Balzac, à l’époque illustrés par Gustave Doré. Au menu : « La Belle Impéria », « Le Péché véniel », « L’Héritier du diable » et « La Connétable » : quatre contes parmi les 30 écrits à partir de 1832. Changement d’univers pour les auteurs, puisque ces récits mettent souvent en jeu, voire en joue, curés et religion, mais également des amours de châtelains très instables.

Balzac lui-même est mis en scène pour faire les raccords entre ces contes volontiers licencieux et truculents, voire burlesques, où le plaisir des yeux est à la hauteur du plaisir littéraire avec un travail au crayon qui caricature allègrement les personnages, surtout masculins, car les femmes y sont gracieuses, voire très sensuelles. Les Brizzi réalisent en outre, ici et là, avec un sens du raffinement appuyé, des décors spectaculaires : villes médiévales et intérieurs de châteaux…

Puisqu’on parle des adaptations littéraires proposées par les éditions Futuropolis, signalons, sorti quelques semaines auparavant, « Un roi sans divertissement », récit de Jean Giono situé dans le Vercors pendant l’hiver 1843. Un capitaine de gendarmerie s’y installe pour enquêter sur de mystérieuses disparitions. Un an après avoir résolu l’affaire en tuant le coupable, il y revient pour organiser une chasse au loup et s’installe finalement au village. Le personnage de Langlois, quelque part secret et insondable, et, plus généralement, le texte de Giono, tragique et percutant, retrouvent ici toute leur énergie et leur étrangeté. Le dessin très réaliste de Terpant contribue fortement à la redoutable efficacité de cette histoire, voire à sa froideur (les paysages enneigés y contribuent également). Le tout est complété par une postface du scénariste sur « Giono indispensable ».

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Les Contes drolatiques » par Gaëtan Brizzi et Paul Brizzi et Balzac

Éditions Futuropolis (21 €) – EAN : 9782754827812

« Un roi sans divertissement » par Jacques Terpant, Jean Dufaux et Jean Giono

Éditions Futuropolis (17 €) – EAN : 9782754829717

 

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